Maître Eolas se moque dans son billet de ce matin de Christophe Barbier et de son édito approuvant la reforme de la carte Judiciaire :
Grand seigneur, le journaliste admet que l'on puisse « ergoter » sur sa méthode et sur son style, mais bon, que voulez-vous, il y a toujours des « rouspétances » quand on veut réformer, comme disait... Pierre Mauroy, promu autorité en la matière et figure tutélaire du garde des Sceaux, qui appréciera.
Pour le journaliste, c'est là toute la critique qu'il consentira à émettre. Rassurez-vous, je me permettrai d'ergoter un peu de rouspétance à la fin de cet article.
Le journaliste développe ensuite deux clichés arguments à l'appui de son approbation béate, ou plutôt contre les deux arguments qui seuls, selon lui, peuvent expliquer qu'on puisse être mécontent de cette réforme. Au cas où un lecteur froncerait encore les sourcils pour se faire une opinion, l'auteur a la gentillesse de lui montrer la voie : il s'agit de lutter contre deux "démons". Bref, ce n'est plus une réforme, c'est un exorcisme.
Le premier démon est LE cliché dont on peut faire l'économie si on parle de la justice : le corporatisme. Il n'est qu'anecdotique comparé au second où l'auteur fait montre de tout son art. Afin de vous éviter un baillement d'ennui, je vous propose un petit jeu. Cherchez la démonstration de Christophe Barbier. La réponse est ci-dessous, c'est le passage en gras.
Le premier démon, c'est celui du corparatisme : les avocats, les magistrats, tous ceux qui en vivent, de la justice, évidemment, se sont ligués pour qu'on ne tape pas dans leur gâteau.
Techniquement, cela s'appelle décrédibiliser l'adversaire pour réfuter tout argument de sa part. Peu importe ce que je pourrai dire : je suis avocat, donc tout ce qui sortira de ma bouche sera du "corporatisme" pour protéger "ma part de gâteau" (car je comptais sur mes affaires au tribunal d'instance de Bourganeuf pour me payer une Aston Martin, et son regroupement avec le tribunal d'instance de Guéret est une catastrophe économique pour moi).
Je suis d’accord avec Eolas mais hélas, je crois que le fait qu’il est possible pour Christophe Barbier de faire ce genre d’éditos montre à quel point le gouffre qu’il existe entre nos sociétés et la justice s’est approfondi et combien les avocats et les juges sont incompris et détestés parce qu’ils ont d'eux les uniques responsables des disfonctionnements de la justice et parce qu’une grande majorité de gens pense qu’ils ne sont pas du côté des victimes. Je crois que Rachida Dati s’en sort bien à cause de cette méfiance, j’allais dire de ce mépris, contre ceux dont elle se sent la patronne.
Aux Etats-Unis, le même problème existe et je dirais même qu’il est plus grave parce que les Américains tolèrent de moins en moins que les victimes ne reçoivent pas leur kilo de chair. A la télévision Américaine, des magistrats acceptent de faires les clowns en tranchant emboitement des affaires mises en scènes devant les caméras parce qu’ils savent que se donner en spectacle est plus facile que d’être un bouc émissaire. Ils donnent ainsi raison à ceux qui pensent que le rôle de la justice est d’être du côté non seulement des victimes mais aussi de la foule qui demande toujours plus afin d’avoir sa soif de sang et son besoin d’exhibitionnisme satisfaits. Barbier donne raison à Dati parce qu’il ne sait rien de tout cela et parce qu’il croit que réformer veut toujours dire supprimer ou réprimer. Dati, elle, veut montrer aux Français que les tribunaux ne sont que des machins bureaucratiques et que les avocats et les juges sont trop égocentriques pour penser à ceux qui souffrent et qui justement ont besoin d’être protégés par la justice. Tout ceci est évidement trop compliqué pour des journalistes Français qui s’américanisent sans complexe.
Les commentaires récents