Marianne publie sur son site un extrait du novel ouvrage de Jacques Sapir, Le Monde d’après l’Amérique dans lequel il argue à la Emmanuel Todd (cependant avec moins de vehemence) que l’Amérique est en déclin. Morceaux choisis :
À partir de 1999, le couple États-Unis/Grande-Bretagne devient le pivot d'une politique plus militarisée, au détriment de la capacité à constituer une large alliance. Par dessein ou par constat, les États-Unis abandonnent de fait leur stratégie d'hégémonie globale au profit d'un système d'alliance qui est incontestablement plus réactif, mais politiquement beaucoup moins significatif et surtout beaucoup plus orienté vers la logique militaire. Quant au gouvernement de Tony Blair, peut-être fit-il à l'époque le pari qu'un «empire» sans expérience ni traditions impériales aurait besoin de la Grande-Bretagne, et de sa connaissance particulière de ce mode d'exercice du pouvoir. C'est donc moins dans une logique de solidarité «atlantique» que dans celle d'une volonté de cogestion impériale qu'il faut lire le tragique alignement de Londres sur Washington à partir de cette période, processus qui mentalement rejette de fait la Grande-Bretagne hors de l'Europe pour plusieurs années.
Cette évolution de la politique américaine a donc commencé avant l'arrivée au pouvoir de George W. Bush et des neocons. Elle a été mise en place par le personnel de la même administration qui avait tenté de construire le cadre d'une domination hégémonique à travers les instruments du soft power. On peut donc penser qu'elle traduit une première réaction devant l'érosion de l'hégémonie exercée entre 1991 et 1997. (…)
Les attentats de 2001 ont été ici à la fois un détonateur et un instrument. Leur dimension spectaculaire a certainement joué un rôle majeur dans la diffusion au sein de la population américaine du sentiment d'une nouvelle vulnérabilité qui habitait les élites depuis la crise de 1998. En même temps, l'instrumentalisation de ces attentats par l'administration Bush et la mise en scène de la «psychose de l'anthrax» dans les semaines qui suivent, en dépit de doutes qui se firent rapidement jour sur le lien entre l'Irak et les lettres contaminées qui ont entraîné la mort de onze personnes, ont permis de justifier et de faire accepter un basculement politique majeur.
Je ne crois pas au déclin américain, je crois plutôt qu’il était impossible et dangereux pour les Etats-Unis de rester la seule superpuissance au monde et que le fait que d’autres puissances telles que la Chine et l’Inde sont sur le point de devenir des superpuissances ne peut qu’être bénéfique pour notre planète. Maintenant que l’ère Bush s’achève, l’Amérique est à la croisée des chemins et elle est maître de son destin. Ce qui fait peur à des personnes comme moi qui pensent qu’il faut quasiment tout rejeter du Bushisme est que l’opposition est trop égocentrée pour créer une véritable alternative qui serait basée sur des idées et non sur une image. Il suffit de constater le fait que les Démocrates n’arrivent pas à choisir leur candidat pour une élection aussi importante que celle de Novembre et qu’ils trouvent le moyen de se déchirer entre eux pour se rendre compte que le Parti Démocrate est le Parti Socialiste Français. Guillermo de Radical Chic arguait que Barack Obama c’était Ségolène Royal, il avait tort. Ségolène Royal avait des idées mais pas de temps et de parti, Barack Obama a du temps, presque le parti, mais pas d’idées qu’il serait prêt à défendre au risque de perdre son statut de Jésus Superstar parce que pour lui la politique c’est la religion et que le président est un prestidigitateur qui doit faire des sermons pour inspirer (endormir à mon avis les foules). Hillary c’est Ségolène en moins sexy (politiquement) et en plus mature, on reprochait à Ségolène d’être preuve et ne pas savoir, à Hillary on reproche de pas exciter et surtout de savoir cogner où ça fait mal pour gagner.
Revenons à Sapir et à sa thèse, c’est vrai que l’Amérique ne va pas bien mais je ne crois pas qu’elle soit condamnée à accepter de finir comme l’Empire Romain en acceptant que ses plus beaux jours soient derrière elle. Je pense qu’au contraire que ce qui peut et va sauver l’Amérique est la réalisation que la politique qu’elle soit locale, nationale ou internationale est capitale pour un pays et qu’avoir une population apolitique, sans éducation et sans culture est un danger pour une démocratie qui veut servir d’exemple au monde.