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jeudi 25 juin 2009

La réponse du berger

Alain Duhamel répond à Rama Yade:

Rama Yade est une jeune femme intelligente, assez brillante même, avec de l'ambition, de l'aplomb, du tempérament, elle est très populaire, elle est ravissante, ce qui n'est pas négligeable, elle a un peu tendance à être amoureuse de sa propre image, elle fait des caprices de star, mais surtout elle a un caractère cabochard. Et alors de temps en temps, elle pique des colères, et les colères ne sont pas toujours fondées.
Par exemple, hier, à l'occasion de la passation de pouvoirs, - la passation de pouvoirs, c'est une circonstance solennelle, avec un protocole bien précis, - elle m'a brusquement mis en cause, en disant que j'avais expliqué que son déplacement d'un poste à un autre était une sanction, une punition. L'ennui c'est que je ne l'avais pas dit. J'avais dit que ça n'était pas une promotion, c'est vrai que ce n'est pas une promotion, mais je n'avais pas dit que c'était une sanction. Et donc, elle aurait mieux fait de se renseigner un peu plus précisément. Bref, d'être, ce qui ne lui arrive pas toujours, plus professionnelle. Première chose.
Deuxième chose : si j'avais dit que c'était une sanction, ce n'était pas un drame. On n'est pas en Corée du Nord. Un secrétaire d'État est modifié, change de poste, passe d'un poste à un autre, si on considère que c'est une sanction, on a le droit de dire que c'est une sanction.
Et troisièmement, et surtout, elle termine par l'apostrophe: "taisez-vous monsieur Duhamel", qui rappelle Marchais: "taisez-vous monsieur Elkabach". En fait, elle a la nostalgie de cette période de la 5ème République, pendant laquelle les journalistes se prosternaient devant les ministres, enlevaient leur chapeau, faisaient trois révérences, disaient : "permettez-moi, excusez-moi, est-ce que par hasard je pourrais vous poser une question", et même, "est-ce que je pourrais faire une réflexion sans vraiment me faire mettre en prison".Bref, elle s'est prise pour Marie-France Garaud, et elle s'est vieillie de 40 ans.

Quelle condescendance!

mardi 23 juin 2009

Islamo-gauchisme et Internet

Hummmmmmmh:

Marianne a toujours combattu l’islamo-gauchisme qui, in fine, vise à absoudre les pires exactions ; Marianne est fière d’avoir accompagné, soutenu, les luttes des musulmans démocrates, précisément disqualifiées par les islamo-gauchistes au prétexte d’être des «suppôts de l’impérialisme» ; Marianne n’a jamais voulu confondre islam et islamisme.
C’est précisément pour cela que notre voix a pu porter en France quand nous avons, parmi les premiers, dénoncé la folle équipée de Bush en Irak. C’est pour cela que nous pouvons en appeler inlassablement à la création d’un Etat palestinien sans pour autant négliger la sécurité d’Israël. Cette déplaisante affaire nous rappelle une nouvelle fois qu’il est indispensable d’appliquer à Internet - formidable outil de liberté, de débats, d’échanges - les mêmes règles qu’aux «vieux» journaux papier.


Je ne me pose qu'une question: qu'est que l'Islamo-gauchisme?

mercredi 17 juin 2009

Un enfant de la télé

Alexandre Lévy sur l'obsession de Youssouf Fofana pour la télévision:

Depuis l'ouverture du procès dit du «gang des barbares», le principal accusé cache mal sa frustration, les débats se déroulant à huis clos ce qui le prive d'une tribune exceptionnelle, tant attendue depuis trois ans. Quel écho ont ses provocations régulières? Là aussi, à peine son forfait accompli, Youssouf Fofana se précipite sur son écran de télévision pour en constater l'impact. Il surfe entre chaînes françaises et internationales; il demande à regarder Al Jazeera, et regrette que son nom, ainsi que celui de son avocat, Me Ludot (qu'il aurait récemment révoqué), ne soit pas davantage connu par le public de cette chaîne pan-arabe.
Youssouf Fofana est, à sa façon, lui-aussi un enfant de la télé. Avec ses camarades, c'est la génération «astucieuse», celle des séries télévisées, d'Internet et de jeux vidéos, comme l'expliquera le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, peu après le démantèlement de la bande. Commentant les mises en scène accompagnant les photos de l'otage, le magistrat évoquera alors des scènes «connues par ailleurs dans le monde»: l'Irak, l'Afghanistan, le Parkistan, en référence aux prises d'otages d'Occidentaux, notamment celle, dramatique, du journaliste américain Daniel Pearl, à Karachi...
Des images qui ont fait le tour de la Toile. Tout comme, plus récemment, celles du journaliste irakien balançant ses chaussures à la figure de George W. Bush lors d'une conférence de presse à Bagdad. Des images que Youssouf Fofana a certainement vu parce qu'il va répéter ce geste dans ces moindres détails, le 11 juin, en envoyant en pleine audience du tribunal ses baskets en direction des parties civiles. «Il y a tous les juifs du monde dans le box, ce sont mes ennemis. C'est un attentat arabe à la chaussure piégée», a-t-il crié.

J'ai du mal à lire les articles d'Alexandre Lévy sur Fofana parce que je me pose une question qui je crois mérite d'être posée, doit-on tout savoir sur Fofana? Je n'oserais pas dire que c'est indécent de savoir autant de choses sur lui mais il me semble que le piège dans ce genre de situations c'est de ne pas faire du bourreau et de sa vie, un cas particulier, le symbole de quelque chose, même quand cette chose est ordinaire. Je me souviens du livre du frère de Moussaoui qui décrivait ce dernier comme un homme normal devenu islamiste, puis terroriste à cause de nombreuses humiliations et félures. Je me souviens aussi de sa mère qui affirmait que son petit-garçon en bon musulman ne pouvait pas lui mentir lorsqu'il clamait son innocence. Ce que j'essaye de dire est que nous avons tous vécu des choses, vu des abominations qui nous tenteraient de nous transformer en bourreaux pour ne pas subir, pour ne plus être faibles, humiliés, ou brutalisés. Je crois que comme le disait Camus que le but doit rester de refuser de devenir un Dieu décidant arbitrairement que certaines personnes n'ont pas le droit de vivre, d'être pour demeurer un être humain.

samedi 06 juin 2009

L'élitisme et les clichés

Je suis d'accord avec ça:

Pauvre Arlette, une vieille routière de la politique qui n’a jamais vu ça  ! Et visiblement notre grande journaliste professionnelle n’a pas vu grand chose et n’est jamais beaucoup sortie de son microcosme politico-parisien..Les clichés ont vraiment la peau dure, surtout quand ils sont entretenus par les soit disant professionnels de l’information, qui malheureusement propagent et entretiennent vers la plus grande audience ces clichés. Oser dire quand un débat politique mal maîtrisé tourne à l’affrontement verbal que c’est la « culture de banlieue » qui se manifeste, c’est ahurissant, au point de ne pas trouver de qualificatif : discrimination, stigmatisation, élitisme, égoïsme, ignorance et pour finir bêtise et inculture. Arlette Chabot, le plus minable dans cette histoire, c’est votre commentaire.

jeudi 04 juin 2009

Culture Banlieue

Les phrases qui...:

Je n'ai jamais vu ça [ ...] C'est la culture banlieue qui entre dans le débat politique. Tous les coups sont permis.

mercredi 03 juin 2009

Le journalisme niais

Il est toujours déplaisant et surtout inquiétant de lire ceci parce qu'alors on se rend compte que les journalistes aiment tomber amoureux des politiques, ils aiment être séduits pour ensuite être déçus quand ils se rendent compte qu'ils n'ont pas vu l'inmanquable parce qu'ils étaient sous le charme, épris.

mardi 02 juin 2009

Silence, info, et indignité

Sans commentaires:

Comme disait l’autre, c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’on doit fermer sa gueule… C’est à voir… En tout cas, c’est ce qu’on n’aura pas vu et pas entendu après la catastrophe aérienne d’hier. Depuis sa disparition des écrans, le vol Rio-Paris monopolise nos écrans.
Personne ne niera que cette abominable tragédie en soit une. Ni même que ce soit une information capitale. Alors, on en parle et, depuis 24 heures, on ne parle même que de cela. Le seul problème, c’est qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, on ne sait pour ainsi dire rien. Donc on en parle. Où plutôt, on meuble, pour occuper l’antenne de la radio ou de la chaîne d’info en continu. Je ne sais rien, mais je dirai tout.
Depuis hier midi, l’aéroport Charles-de-Gaulle est devenu l’endroit où il faut être quand on est un journaliste chaud sur l’info. Et faire chauffer du rien, c’est raide. Alors on scrute le néant, on sonde l’affliction des « gens ». Ceux qui ont vraiment perdu quelqu’un dans l’Airbus sinistré ont hélas autre chose à faire que de répondre à l’envoyé spécial de RTL ou France Info. Alors on met en route le grand huit de l’angoisse du voyageur lambda, la peur de ceux qui montent dans un avion pour Sao Paulo. Lequel doit passer juste au-dessus de la zone ou l’AF 447 a disparu. Puis une jeune fille qui descend d’un Pékin-Paris et fond en larmes en apprenant de la bouche d’un touriste américain qu’elle ne connaît pas “l’horrible nouvelle”. Le journaliste – mais peut-être faut-il dire “le grand reporter” – nous décrit ensuite par le menu l’ambiance “étrange” qui règne à Roissy. Etonnant, non, vu le nombre de caméras, de nagras et de crétins avides de témoignages anxieux ?

dimanche 10 mai 2009

L'apôtre Bayrou

Bayrou dans cette vidéo est au meilleur de sa forme et cela peut faire penser qu'il est probablement le seul vrai recours possible contre le Sarkozysme. Mais nous savons que les choses changent vite en politique et qu'un apôtre ne peut pas combattre tout seul une armée. Heureusement pour Bayrou que les Socialistes sont des cons.


jeudi 30 avril 2009

Lynchage et omnipotence

Julien Martin sur Rue 89 affirme que Dati n'est pas victime d'un lynchage médiatique, je veux bien mais ce n'est plus la question. Il y a longtemps que les journalistes ne jouent plus leur rôle en France et ailleurs puisqu'ils sont désormais acteurs dans le sens où ils participent aux évènements sans se poser de questions, sans se demander r si dans des cas comme ceux de Dati, Sarkozy, et Royal, la presse peut avoir tort sans cesse les montrer du doigt en disant tels des gamins de 6 ans pour justifier l'injustifiable ou des acts douteux, "c'est eux qui ont commencé" ou "ils nous ont utilisés alors on peut bien se les payer."

lundi 27 avril 2009

Payer pour tout le reste

Daniel Schneidermann sur les emballements médiatiques autour de Sarkozy et Dati:

Considérés individuellement, ces emballements sont injustes. Sarkozy n’a pas voulu offenser Zapatero, et visait plutôt les socialistes français en général, et Jospin en particulier. Dati participait à un jeu innocent avec les jeunes UMP. Elle n’est pas la première responsable politique à partager un moment de détente avec de jeunes militants. Mais collectivement, ces deux étranges objets médiatiques tombent trop bien pour passer inaperçus. Ils viennent trop parfaitement illustrer, incarner la désinvolture sarkozyste à l’égard des fonctions, des élections, des institutions en général, pour qu’on les laisse passer. Oui, le pouvoir (comme tous les partis politiques français, d’ailleurs) considère le Parlement européen comme un garage à disgraciés. Oui, Sarkozy se voit en maître du monde. Oui, accessoirement, la désinvolture de Sarkozy à l’égard du langage a contaminé une partie de son entourage. Surviennent ces lapsus : on leur saute dessus par réflexe, on les surinterprète, c’est injuste mais compréhensible. Innocents ? Oui, comme tous les lapsus, mais ils paient pour tout le reste. Il en va de la surexploitation de ces bavures comme des séquestrations de cadres et de patrons : on ne peut les approuver, mais on ne peut que les comprendre.

Les médias en France ou ailleurs aiment les cibles faciles, les stéréotypes, les lieux communs parce qu'ils savent qu'ils n'ont plus le temps d'informer un lecteur qui zappe rapidement en ne faisant attention qu'au sensationnel et au bruit.

vendredi 10 avril 2009

La racialisation prévenante

Encore un signe que la France se racialise comme pour se fragmenter sans changer et sans s'accepter telle qu'elle est aujourd'hui. Enfin que doit-on penser du fait que le Point fait un hors-série sur la pensée noire et le justifie comme ceci:

Un hors-série du Point sur la pensée noire ? Certains s'en étonnent. Pourquoi ? Parce que la pensée noire n'existe pas ? Il est vrai que les textes (une trentaine), présentés dans ce vingt-deuxième numéro de la collection Les Textes fondamentaux , n'ont rien à voir avec un traité de Spinoza : ce sont des récits autobiographiques d'anciens esclaves, des discours politiques contre l'esclavage, le racisme, la ségrégation ou la colonisation, des essais sociologiques, des romans, des poèmes... Ce sont des cris de douleur ou de rage, des appels au pardon et des réflexions sur le problème racial, des textes qui parlent avec les tripes plus que des traités métaphysiques. C'est que la pensée noire, c'est d'abord se penser noir, et affronter le regard du Blanc. Mais penser en couleur, n'est-ce pas nécessairement penser de manière raciste ? Non, même si certains auteurs noirs soutiennent des thèses dignes des programmes de l'extrême droite. Pas question, ici, de faire de l'angélisme : le racisme n'est pas seulement de couleur blanche, et M. Le Pen n'aurait pas osé prononcer les discours de Farrakhan, chef du mouvement Nation of Islam.

J'ai une idée: le Point devrait faire un hors série sur la pensée pygmée, handicappée, gauchère, ou tout simplement sur la pensée idiote juste pour nous rappeler la différence ne crée pas une identité et surtout ne justifie pas la segmentation.

mercredi 01 avril 2009

La tyrannie du spectaculaire

La citation du jour est de Pierre Jourde, c'est une lamentation fréquente mais indispensable:

[...] de combien d'affaires, de mouvements sociaux, de livres, n'aurons-nous qu'une image fausse, complètement dénaturée par la tyrannie du spectaculaire, du préjugé ou du cliché?C'est de cette manière, petite touche par petite touche, qu'on nous construit une bulle virtuelle, un monde imaginaire que nous finissons par croire être le nôtre. C'est de cette manière que nous nous construisons, des autres, une image de plus en plus rudimentaire. J'ai bien conscience de répéter un peu toujours la même idée, mais comment ne pas se répéter lorsqu'on tente de résister au martèlement d'une machine à déréaliser? Encore une fois, si la littérature a une fonction [=> A quoi sert la littérature], c'est de nous conduire à nous interroger sur une réalité qui n'est pas si simple, pas si accessible. C'est de crever la bulle d'illusion.

mardi 31 mars 2009

Peut-on analyser la panse pleine ?

Sylvain Besson, le correspond en France du Temps, nous apprend que les journalistes qui suivent Sarkozy mangent bien:

Les journalistes qui ont le privilège de suivre Nicolas Sarkozy dans ses tournées en province sont vraiment gâtés. A l'issue de chaque discours, ils ont droit à un copieux buffet payé par le contribuable. Mais sa composition est tellement étouffe-bougre qu'il fait figure de danger public dans cette époque en principe soucieuse de santé, de bien-être et d'environnement.
Qu'on en juge: des jattes de mayonnaise, un régime presque exclusivement carné - jambon, rosbif, pâté - avec, en guise de légumes, quelques cornichons et du céleri rémoulade dans une sauce bien lourde. Sans oublier les caisses de bouteilles de rouge pour faire passer le tout.


En cette période de Bouc-émissairisation, je me demande pourquoi les journalistes qui prennent un malin plaisir à taper sur les patrons et autres salauds (en flattant sans honte et surtout sans esprit critique le peuple qui les soupçonne toujours de ne pas être avec lui) ne dénoncent pas cette pratique. Il est légitime et nécessaire de s'interroger au moins pour savoir si le fait d'avoir de gras repas, de tutoyer le president, donc en somme d'entretenir des relations assez étroites et surtout sans distance avec le pouvoir peut permettre de faire des analyses pertinentes sans suivre le vent et attendre que le peuple avec ses humeurs et ses coups de gueule montrent la voie à suivre.

Vie publique sans vie privée

Je me demande après avoir vu des extraits du show Rachida Dati/Mireille Dumas, s'il sera encore possible de faire de la politique sans se faire aimer par son électorat, sans se déshabiller, sans s'exhiber. Aux Etats-Unis, ce ne sera plus possible parce que les Américains détestent irrationnellement la politique et croient toujours que connaître le coeur et des qualités personnelles d'un politique peuvent leur éviter la corruption et autres pièges. Ce qui me gêne n'est pas tant le fait de savoir mais le fait que l'exhibitioniste sait/croit que son exhibition est utile. Si les électeurs ne deviennent plus que des voyeurs, ils seront toujours dominés par des exhibitionistes et leur capacité à satisfaire l'appétit toujours plus grandissant de leurs victimes consentantes.

lundi 16 mars 2009

Le retour de la morale

Raphaël Enthoven sur Stéphane Guillon:

Le fait de brandir la "liberté d'expression" pour justifier les sketchs de Guillon n'a aucun sens; autant invoquer la liberté de mouvement pour se donner le droit de taper sur son voisin. On dit, à juste titre, que la liberté d'un individu s'arrête où commence celle de l'autre. Mais ce qui est vrai de la liberté d'entreprendre ne l'est pas moins de la liberté d'expression: de même qu'un libéralisme sans limite ressemble à la liberté du renard dans le poulailler, l'outrance de Guillon ressemble à la liberté du sniper à l'abri derrière sa meurtrière.
(...) Pis, c'est le retour de la morale. Si, pour ne citer que lui, le directeur du FMI avait été mis en cause pour abus de pouvoir ou harcèlement sexuel, l'ironie serait légitime. Mais, en l'absence avérée de toute confusion des genres, de la part de DSK, entre la sphère publique et la sphère privée, la chronique de Guillon relève du jugement de valeur sur un adultère. L'Amérique avait le procureur Kenneth Starr, au temps de l'affaire Clinton-Lewinsky. La France a désormais Stéphane Guillon. Ce sont deux versions de la censure: l'une est officielle et inquisitoriale ; l'autre, plus sournoise, plus drôle, moins identifiable et donc plus dangereuse, porte le masque grimaçant d'un clown.

Je ne suis pas d'accord. Enthoven se trompe de cible. Le fait que tant de monde tire sur Guillon qui est un humoriste dont l'humour, je l'avoue, ne me fait pas rire, montre qu'en France, comme aux Etats-Unis d'ailleurs, l'impertinence n'est permise que lorsque justement elle ne dérange personne et qu'elle est propre. Le pouvoir et les autres n'aiment pas la confrontation, ou pire la contradiction surtout lorsqu'elle met mal à l'aise des personnes qui ont des intérêts communs et tiennent avant tout à leur comfort. Kenneth Star avait le pouvoir de l'état et de l'argent puisqu'il investiguait ce qu'il considérait comme des faits en cherchant "la vérité." Les médias étaient avec lui parce qu'il leur permettait de satisfaire leur curiosité malsaine. Guillon n'est personne et n'a pas le pouvoir. C'est terrifiant de penser que la pensée contrariante et dérangeante est désormais transmise par des gens comme lui. Le hic est que trop de journalistes s'identifient à DSK et aux autres soi-disantes victimes de Guillon qui trouble l'union contre-nature entre les politiques et la presse.

samedi 14 mars 2009

Deux erreurs

Les deux erreurs politiques de la semaine qui m’ont le plus frappée sont les suivantes :

  1.  La décision de Nadine Morano de porter plainte (pour injure publique) contre ceux qui font des commentaires insultants à son égard sur Dailymotion et YouTube : c’est une erreur parce que cette démarche ne résout pas le problème et va même bien au contraire l’accentuer en attirent l’attention sur le fait que Morano est sensible à ce qu’on dit d’elle sur Internet et qu’il est donc possible pour ceux qui ne l’apprécient guère de la heurter en commentant sur des sites et des blogs. Je crois que les politiques ne devraient jamais utiliser la loi pour résoudre des problèmes qu’elle ne peut résoudre et surtout pour se protéger de fléaux qui sont inévitables.
  2.   La décision de Ségolène Royal de porter plainte pour atteinte à la vie privée contre Paris Match et autres journaux : Le problème ici est le même que celui de Nadine Morano. La question pour Ségolène Royal n’est pas de savoir si légalement elle a raison ou non mais plutôt de savoir si elle a envie de se mettre à dos la presse et les journalistes (il n'est possible de differencier presse people et presse soi-disant respectable). Elle n’a pas encore pesé le coût politique de toujours passer pour une victime ou d’attaquer la presse en justice alors qu’il est évident que cette démarche ne protégera jamais sa vie privée. Le génie est hors de la bouteille et il n’y retournera pas. Elle est condamnée à vivre exposée et même surexposée tant qu' elle fera vendre. Ségolène Royal donne encore, hélas, l’impression de croire naïvement qu’elle peut contrôler sa vie privée et que celle-ci  ne sera jamais utilisée par ses amis, ennemis, ou même ses partisans à des fins politiques. Elle va devoir accepter qu’il n’y a des choses qu’il ne faut pas faire ou dire même lorsqu’on a raison. Le pire qui puisse lui arriver est de passer pour une hypocrite ou pour une femme qui ne sait pas ignorer les chiens qui aboient.

jeudi 12 mars 2009

Quand je serai grande, je serai Bernie Madoff

Quelque chose sent mauvais dans la fin (temporaire) du feuilleton Bernard Madoff. Il y a peu d'explications de texte pour comprendre pourquoi l'Etat choisit de le laisser aller en prison sans au moins une défense convenable des principes que Madoff a bafoué en se croyant au dessus des lois. Il me semble que ce criminel génial s'en tire beaucoup trop facilement et qu'il va emporter avec lui non seulement en prison mais dans sa tombe, ses secrets. Il doit en avoir beaucoup car il n'est pas possible qu'il ait agi tout seul. Les médias (toujours eux) nous ont décrit son escroquerie comme celle du siècle mais nous ne saurons rien car Madoff n'a plus besoin de parler, d'expliquer, de tout dire puisqu'il s'est confessé et que L'Etat, tel un prêtre, lui a offert une sorte d'absolution. Madoff aura 70 ans. Il passera certainement 15 ans en prison. Chiche pour plus de 50 milliards de dollars, cela rend son crime profitable puisque les plus belles de sa vie ont été vécues dans le sur-luxe avec l'argent des autres. Ill passera juste sa retraite en prison en espérant avoir sauvé l'essentiel en plaidant coupable: l'avenir de ses enfants et leurs enfants. Il vaut mieux être une grosse crapule qu'une minuscule parce qu'alors on est certain d'avoir des avocats excellents et ambitieux et de devenir un symbole ce qui rendra toujours possible la réception d'un traitement particulier et de faveur. Quel bel exemple de discrimination positive !

samedi 01 novembre 2008

Les sondages et l'Apocalypse

Tous les sondages donnent Obama vainqueur et nous savons que les sondages ont toujours raison sauf évidement lorsqu’ils ne sont pas des sondages mais des instruments de propagandes. Je crois également sans en être persuadée qu’il va gagner même si sa victoire sera moins nette qu’on ne le pense (elle ne sera pas de 10 points). Obama va gagner parce qu’il a plus d’argent, une meilleure équipe et organisation que McCain et surtout il est au cœur de l’élection. Ceci veut dire que les Américains voteront pour ou contre lui. En dépit de ce que je croyais, je ne pense pas qu’il y a suffisamment de personnes anti-Obama pour faire gagner McCain parce qu’Obama est un nouveau produit très bien marketé et enveloppé et qu’il faut du temps pour que l’illusion et le bruit disparaissent et que la mode se focalise sur autre chose. Il y a des électeurs qui ont des doutes sur Obama mais la crise financière et le fait qu’Obama semble symboliser juste par sa personne le changement, le rêve, le rose, et le sucré les pousseront à voter tout de même pour lui.

Les sondages ont eu un effet désastreux sur cette longue campagne parce qu’ils ont influencé non pas les électeurs mais les medias qui sont obsédés par l’audience et le gain. Les journalistes se sont comportés comme de mauvais bloggeurs en ayant un parti pris qu’ils cachaient mal et surtout en renonçant à leur première responsabilité qui est d’informer et non de choisir un camp qu’ils défendront ensuite contre vents et marées parce que pour eux la politique est devenue manichéenne.

mardi 21 octobre 2008

Scandale sexuel et vie privée

La question que je me pose en lisant la presse française ces derniers jours est la suivante : quand est-ce qu’une affaire sexuelle ou plutôt un "scandale" qui a avoir avec la vie privée d’un politique peut-il devenir un scandale politique ? J’ai l’impression que la réponse semble être quasiment même si les politiques français usent de plus en plus de leur vie privée comme leurs homologues américains pour se faire élire et surtout si le politique en question est « sympathique ». En transformant tout scandale sexuel ou plutôt indiscrétion mal cachée en Lewinskygate, c’est-à dire une chasse aux sorcières, sans au minimum forcer les politiques à ne plus user de leurs couples comme d’un argument pour se faire élire, les journalistes et les électeurs contribuent à l’américanisation de la vie politique française. Dans un pays où on prétend respecter la vie privée les journalistes et les autres ne devraient pas souffrir de Carlatine. Il n’y a rien de plus dangereux que de laisser aux journalistes le pouvoir de décider quand ils doivent l’ouvrir ou pas pour livrer ou non des détails croustillants sur des politiques qui qu’on le veuille l’admettre ou non aura toujours des conséquences sur leur vie publique.

lundi 20 octobre 2008

Le journalisme à l'eau de rose

La description de Schneidermann de cette fameuse émission d’Arlette Chabot sur Rachida Dati qui explique pourquoi elle était, à bien des égards, honteuse :

Tout naturellement, Chabot glisse ensuite à l’intime. «Est-ce que vous allez médiatiser ou pas la naissance de votre enfant ? […] Est-ce qu’il y aura des photos ? […] Vos sœurs qui sont là partagent la joie ? C’est vraiment un événement familial important, parce qu’on se dit Rachida, il y a eu la réussite professionnelle, il y a la réussite politique, et il y a la réussite personnelle. […] C’est plus important que la réussite politique, avoir un enfant ? […] C’est pas pareil de poser pour Paris Match que d’exposer sa politique ! […] Une fille, dit-on. On peut au moins savoir si c’est une fille ou pas ?»

[…] Enfin sonne l’heure du débat politico-judiciaire. Le plateau accueille Elisabeth Guigou, ancienne ministre de la Justice. Tout commence bien : Guigou condamne fermement les attaques machistes contre Dati, évoque son propre fils adolescent, le futur enfant de Dati. Parfait. On discute entre mères, entre femmes. Tout va bien.

Mais très vite, ça dérape. Guigou commence à parler budget. Chabot : «Est-ce qu’on peut penser un tout petit peu à ceux qui nous regardent ?» Les débatteuses insistent, tentent de parler centres éducatifs fermés. Chabot : «Non, non, non, ça c’est le truc gauche droite, c’est plus supportable. C’est plus supportable.» Dati à Guigou : «Vous avez voté contre au Parlement.» Chabot : «Non, non, non. C’est indigne d’un débat de femmes de votre qualité.»

Une petite parenthèse : Il est intéressant que Guigou condamne les attaques machistes contre Dati sans condamner celles contre Ségolène Royal et surtout sans se rappeler qu’elle en a elle-même proférer en disant par exemple au sujet de celle qu’elle semble avoir du mal à respecter pour je ne sais quelle raison, que la politique n’était pas les feux de l’amour. Ah les femmes politiques et leur hypocrisie !

mardi 14 octobre 2008

Simple comme de la propagande

Ces quelques phrases d’Assouline me rappellent notre trépignant présent et angoissant futur :

Les systèmes totalitaires n’ont pas eu l’exclusivité de la propagande même si ils ont excellé à en faire une arme de dissuasion massive. Elle n’est pas le mensonge, primaire et obtus, contrairement à une idée reçue. Elle se saisit d’un évènement avéré pour le dénaturer et en fausser l’intention.

« Fausser l’intention », tout réinterpréter pour une population qui n’est pas toujours outillée pour comprendre et discerner le réel du reste. Malheureusement, je crains que notre siècle soit celui en dépit d’Internet et des nouvelles technologies, celui de l’inculture et de la propagande qui aujourd’hui n’est plus séparable de l’information tellement cette dernière est devenue un produit comme un autre. La question clé est celle de savoir si l’inculture justifie la connerie ou pire encore la barbarie.

dimanche 03 août 2008

La gauche ne sait même plus provoquer

Comme presque toujours Schneidermann est perspicace quand il écrit   :

Où en est aujourd'hui la provocation ? Apparemment, au point mort. Eclipsée. Que s'est-il passé, depuis les années 70 ? Je ne sais pas. Je réfléchis en même temps que j'écris. Plusieurs explications me viennent, en vrac. Le long épisode de la gauche au pouvoir, et l'impossible ajustement du discours tribunicien et du discours de pouvoir, qui se poursuit aujourd'hui dans l'aphonie socialiste. Le tout aussi long épisode lepéniste, vous vous souvenez, celui qui se faisait gloire de "dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas", et dont la tonitruance en a fait méditer plus d'un sur les bienfaits pour la paix civile, tout bien pesé, d'une certaine autocensure verbale. Eh non, tout n'est pas forcément bon à crier sur la place. L'Intifada et ses prolongements en France ont encore resserré les frontières de l'interdit, autour de tout thème touchant aux Juifs, aux arabes, ou aux musulmans. Et puis le 11 Septembre. Et puis...Et puis, au total, le Provocateur numéro Un, ne se trouve-t-il pas aujourd'hui à l'Elysée (ou plus exactement, dans la maison de famille de Carla Bruni) ? N'a-t-il pas, d'un coup d'un seul, réussi le hold-up du siècle, en confisquant provisoirement, avec ses yachts, ses montres et ses bravades, la provocation à la gauche ?

Je crois qu’on peut en savoir sur l’état de santé d’un camp politique en examinant sa capacité de provoquer, de faire de l’humour sans tout faire exploser mais en faisant penser. Les gauches américaine et française sont dans un état lamentable parce qu’en essayant d’être plus propres, plus moralistes, plus sensibles que leurs adversaires elles se sont aseptisées, désensibilisées et déshumanisées. Durant les primaires démocrates, il était impossible de rire d’Obama (c'est toujours le cas) et d’ailleurs les humoristes américains, qui sont quasiment tous de gauche, ne savent pas quoi dire pour prouver qu’ils ne sont pas eux aussi tombés fou amoureux d’un politique alors qu’ils ont toujours juré que leur fonction était de rire de tout et que rien, surtout pas la politique ou les politiques, n’était sacré. En France, la gauche aussi est parterre parce qu’elle n’a plus de sens de l’humeur et qu’elle ne sait plus provoquer. C’est pour cette raison que lorsque Ségolène Royal essaye, on dit « elle est de droite » ou « elle est une idiote » ou lorsqu’un autre gaucho dérape on dit « c’est un ignorant » ou on crée une polémique tellement ridicule qu’elle finit par faire oublier qu’on ne devrait pas élevé les promoteurs de haine au niveau des victimes ou de mauvais symboles d’une société qui n’arrive plus à supporter la merde et la canaillerie. La provocation est explosive dans ces gauches là parce qu’elles ont transformé la politique en religion et que pour ces raisons, toute transgression est un péché inexpiable. Bien sûr qu’on peut rire de tout lorsqu’on a du talent et surtout de la culture, bien sûr que la provocation est nécessaire surtout lorsqu’elle pousse à la réflexion et à l’autocritique. La gauche n’accepte plus cela parce qu’elle a cessé de penser pour prier persuadée qu’elle est le seul camp dans lequel le messie reviendra.

vendredi 01 août 2008

Siné marre et le règne de la médiocrité

J’en ai ras-le-bol de l’affaire Siné ! Elle rend ses acteurs ridicules en caricaturant et en occultant un débat nombriliste qui ne fait qu’effleurer des sujets capitaux pour ne pas dialoguer. La qualité de la discussion est alarmante surtout pour un pays comme la France qui n’a pas de mépris traditionnel et historique pour la culture et l’intellectualisme. Siné par ci, Siné par là, antisémitisme de gauche ici, bien-pensance par là, comment en sommes nous arrivés là ? Est-il encore possible en France et ailleurs d’avoir une discussion rigoureuse qui ne devienne pas stérile, puérile, et surtout insupportable pour son ridicule parce que la mesure, la retenue et le sérieux ne sont plus des valeurs d’aujourd’hui ? Je ne connais pas Siné. Je ne lis pas Charlie Hebdo. Je sais que BHL a très souvent du mal à ne pas être excessif pour se faire entendre et qu’il peut se laisser enflammer et aveugler par ses passions (j’ai les mêmes défauts) et qu’Alain Badiou trouve une certaine jouissance dans le je suis seul contre tous et dans le ceux qui font la leçon n’ont pas de logique et calomnient mais là, je l’avoue, je ne suis plus parce que je trouve cela malsain. J’ai l’impression d’écouter de élèves à la maternelle essayer de gagner je ne sais quel jeu pour avoir le droit d’être les maîtres de la cour de récré. Toute cette polémique montre à quel point notre époque nous a fait oublier l’essentiel, nous avons oublié comment dialoguer, débattre, convaincre sans détruire, sans cracher, humilier, diaboliser et ostraciser. Dans six mois, on n’aura oublié les faits de cette affaire parce qu’ils auront été enterré pour tout le bruit et les aboiements abrutissants crées autour d’elle. Mon plus grand cauchemar est arrivé, les intellos et les journalistes Français débattent désormais comme les éditorialistes, journalistes, et pop-intellectuels américains. Vive le pop-intellectualisme et la médiocrité !

samedi 26 juillet 2008

Obama in Paris

En regardant Sarkozy et Obama hier soir, je n’ai pas pu m’empêcher de constater à quel point il se ressemblait parce qu’ils ont tous les deux la même vision de la politique qui pour eux est un show dont le but est d’explorer le peuple et de le faire rêver en lui donnant de belles images. La tournée semi-mondiale d’Obama me laisse non pas perplexe mais désenchantée elle me rappelle pourquoi je résiste à l’Obamania. Je crois justement que la politique ce ne sont pas d’abord les discours et les belles images mais des actes et surtout des résultats qui changent la vie des électeurs. Obama croit avec ferveur, comme Bush avant lui, que son destin est d’être président et que les forces du bien et du monde sont avec lui et cela, je l’avoue volontiers, me fout les jetons. J’ai peur d’un candidat à la Maison Blanche qui pense qu’il est né pour diriger non seulement son pays mais le monde et que tel le messie, son élection transformera le cours de l’histoire quelque soit sa politique parce qu’il est tellement exceptionnel qu’il est au dessus de tout, de l’histoire, des partis, et de toutes les considérations politiques. Je ne peux pas soutenir un candidat par culpabilité, par solidarité envers les minorités américaines qui ont tant souffert, ou juste pour prouver que je ne suis pas raciste, conservatrice ou inculte. Après tout, c’est bien cela n’est pas aujourd’hui en Europe et dans l’Amérique bleu cultivée (qui est hélas mon milieu) lorsqu’on résiste à Obama on est raciste, conservateur ou juste un partisan amer d’Hillary Clinton qui doit la fermer et suivre. C’est justement ce que cette fameuse couverture du NewYorker arguait, implicitement. Elle caricaturait non pas Obama mais ceux qui ne le suivent pas ou l’opposent ; elle en faisait des extrémistes qui pensent qu’Obama est un admirateur de Ben Ladin dont le but est d’assiéger la Maison Blanche. Cette couverture faisait croire qu’il n’y avait aucune raison légitime d’être contre Obama ou du moins de penser qu’il est peut-être un candidat superbe (comme Sarkozy) mais qu’il fera un mauvais président des Etats-Unis justement parce qu’il n’a aucune conscience politique.

Hier, je pensais à cette marionnette grossière des guignols de Sylvester Stallone en maître du monde qui est tellement idiote justement parce qu’elle est carrée et qu’elle pense que sa prétendue domination du monde est normale parce qu’elle est américaine et parce que le pouvoir doit être absolue sans jamais tenir compte des détails, de la politique justement. En écoutant les journalistes français, je ne pouvais m’empêcher de me rappeler de ce que les journalistes américains disaient sur Sarkozy l’année dernière durant sa période superman. Je me rendais compte à quel point le monde était petit et à quel point « les citoyens du monde » ont désespérément envie non seulement d’un président des Etats-Unis qui leur fait penser à Will Smith parce qu’il ne représente rien puisqu’il représente tout mais aussi surtout de super-héros pour croire que les choses ne sont pas compliquées et que lorsque Mandela ne sera plus (hélas lui aussi est mortel) il y aura un autre qu’on pourra admirer sans jamais critiquer. Sarkozy nous a tout montré que le quotidien abîme cette apparence de superpuissance surtout lorsqu’on veut être aimé et qu’on a une dépendance pour l’action du moment que l’image brille et que la com est parfaite. Je fais le pari que tous ces Obamaniacs dans un an, qu’Obama soit ou ne soit pas élu (il est encore possible qu’il ne le soit pas c’est même ce que je continue de penser), seront déçus et effaceront de leur mémoire collective cet engouement enfantin et ridicule qui leur faisait croire qu’un politique américain ambitieux pouvait marcher sur l’eau. 

dimanche 20 juillet 2008

Le vrai faux Mitterrand



Mitterrand 2007 c'es

François Mitterrand 2007 c'était Bruno Roger-Petit. J'aurais aimé que le mystère dure plus longtemps mais une chose est certaine : il avait du talent, ce vrai faux Mitterrand. J'attends avec impatience la réaction de Jean-Michel Aphatie.

Je souris mais j'aurais aimé que le mystère dure , ce vrai faux Mitterrand. J'attends avec impatience la réaction de Jean-Michel Aphatie

mercredi 09 juillet 2008

C’est le fond qui manque le moins

Ces vidéos d’Ingrid Betancourt lors d’une émission sur la RTBF, juste avant son enlèvement par les Farc, montrent qu’elle n’est pas une fabrication des médias mais plutôt une personne exceptionnelle qu’on a juste découvert tard mais juste à temps pour éviter un drame coûteux et surtout inutile. La question que l’on se pose durant toute surmédiatisation est celle de savoir si elle est basée sur le vide ou quelque chose qui mérite d’être exposée car elle en a à revendre (le cran et des qualités qui deviennent rares parce que très peu de gens sont prêts à sacrifier beaucoup ou tout pour leurs idées). Dans le cas de  IB, il est clair qu’elle est un être hors du commun qui attire les médias justement parce qu’elle n’est pas où on l’attend et qu’elle a une force qui fait comprendre qu’elle a choisi de prendre sa vie en main, de ne pas subir et de ne pas être une victime.





mardi 08 juillet 2008

Surmédiatisation et propagande

Dans une chronique pertinente dans Libé, Daniel Schneidermann écrit ceci sur la libération d’Ingrid Betancourt et ce qu’il qualifie de nouvelles propagandes :

Mais les chemins de la propagande n’en finissent pas de surprendre. La particularité de l’époque, c’est l’étonnante coexistence des deux techniques, l’ancienne et la nouvelle, celle qui mobilise l’émotion et celle qui efface les dissidents de la photo. Comme s’il fallait au message mettre toutes les chances de son côté. La grand-messe unanimiste ne suffit plus. Il faut encore prendre soin d’étouffer, activement, les dissonances. Comme si les servants, pourtant aux manettes d’une sono assourdissante, craignaient encore, étrangement, de ne pas être entendus.

Nous vivons dans une époque où la mesure n’existe plus non seulement parce qu’elle ne fait pas recette mais aussi parce que notre temps est celui du toujours plus particulièrement en ce qui concerne les sensations et les émotions fortes. Le fait qu’Ingrid Betancourt est devenu surmédiatisée ne devrait surprendre personne puisque c’est la conclusion logique de cette affaire qui montre bien qu’aujourd’hui quand on utilise les medias pour une cause noble, on doit ensuite payer l’addition sans rechigner et accepter tout le trop et le tralala qui vient avec. Le problème est la perversité du système et la triste réalité qu’en France comme partout dans le monde d’ailleurs le journalisme est en passe de cesser d’être une profession pour devenir un business où le plus important est la rentabilité.  En somme, ce qui explique qu’Ingrid Betancourt vole aujourd’hui sur des foules subjuguées et doit répondre à des personnes qui attendent d’elle qu’elle soit tout sauf ordinaire est la même chose qui explique le phénomène Obama aux Etats-Unis : les gens aiment ressentir des émotions qui leur donnent l’impression (fausse) qu’ils valent plus que leur vie quotidienne qui les mine et qui rend l’art de penser intolérable. Je suis cependant bienveillante à l’égard d’Ingrid Betancourt parce que d’une certaine manière on sent bien qu’elle sait que les medias l’ont aidée et qu’elle n’a pas envie de leur claquer la porte au nez. Elle leur est redevable et sait qu’elle aura besoin d’eux pour accomplir ses objectifs (essayer de libérer les autres otages, d’avoir un rôle positif dans son pays,…etc.) dans le futur.  Je suis plus dure avec Obama parce qu’il n’est qu’un politique et que cyniquement il se sert des medias pour ne pas avoir à expliquer sa politique et ses principes. Les médias, dans le cas d’Obama, sont un bouclier contre la critique et dans c’est dangereux parce qu’il a fait le choix d’être président du pays qui est pour le moment la seule superpuissante et qu’il a l’obligation d’être autre chose qu’une star qui fait vendre. Dans le cas d’Obama, la béatification est néfaste parce qu’elle fait croire que la politique, ou plutôt la politique d’autrefois pour citer Claude Guéant, celle qui accepte les dissonances en refusant ce qui est trop lisse, trop Hollywood et qui fait croire qu’une critique est une vile attaque ne doit plus exister parce que le peuple veut rêver et que les politiques, ne sachant plus agir, doivent inspirer et déchaîner les foules en leur donnant de la daube à manger sans avoir le courage de prendre (et d’assumer) des mesures qui pourraient changer leurs vies.

mercredi 02 juillet 2008

Off et contexte

La vidéo du off de Sarkozy sur France 3 mis en ligne par Rue 89 me met mal à l’aise. Elle me gène parce que je pense qu’il y a un certain acharnement à vouloir diaboliser Sarko sans jamais prendre le temps de restituer les choses dans leur contexte et de ne pas céder à la facilité de l’émotion et du manichéisme. Il est surtout injuste de mettre cette vidéo en ligne en l’interprétant de la manière la plus négative qui soit surtout quand on n’a pas d’information et qu’on justifie ce manque d’objectivité par des aprioris négatifs sur Sarkozy. La chose la plus responsable et la plus professionnelle pour Rue 89 aurait été de mettre la vidéo en ligne en soulignant bien le fait que tous les éléments nécessaires pour l’analyser n'étaient pas présents et que pour cette raison, un travail journalistique, qui permettrait à ceux qui la visionnent de comprendre ce qu’ils voient, n'était pas possible. La différence entre ce off et celui sur lequel Rachida Dati parlait chignon et boulot avec une journaliste est que le deuxième off n’a pas besoin de contexte puisqu’en le regardant on comprend beaucoup de choses (elle est beaucoup plus longue) et qu’on peut tirer ses propres conclusions (qui peuvent être différentes de celles des autres). Cela qui n’est pas le cas avec le premier off puisque la vidéo est trop courte, sortie de son contexte et que surtout elle est visiblement un instrument dont le but est de forcer le téléspectateur de croire que Sarkozy n’a aucun contrôle et qu’il aime bien bomber son torse. Ceci est peut-être vrai mais je crois que ce off ne le prouve pas parce qu’il manipule puisqu’il y a trop de choses essentielles qu’il ne révèle pas.

mardi 24 juin 2008

Chasser le Franglais

Le meilleur article que j’ai lu le week-end dernier était celui de Véronique Maurus, la médiatrice du Monde qui faisait part de l'exaspération de beaucoup de lecteurs face aux anglicismes et fautes d’usage contenus dans les articles. J’avoue qu’il est réconfortant (je me sens du coup un peu moins coupable) de savoir que même les journalistes avoir des problèmes avec la langue française. Cependant, je me demande si tout anglicisme est une barbarie et surtout si le Français ne perds pas beaucoup de sa fraîcheur en refusant d’accepter qu’il est avant tout un moyen de communication et non une œuvre d’art. Morceaux choisis :

Quant à "subprime" (prêt à haut risque), il est utilisé à tort et à travers depuis des mois, nous signale Jean Cevaër (Pornichet, Loire-Atlantique) : "l'expression correcte est 'subprime loan' ; par antiphrase, c'est un prêt qui est 'au-dessous' de la première qualité. Si les Français ne peuvent parler anglais, ils pourraient au moins parler correctement leur langue d'Etat." A leur décharge, les journalistes ne sont pas linguistes, et le recours aux dictionnaires a des limites : on peut, éventuellement , traduire "chat" par "causette", comme le recommande le Larousse, mais "clabaudage", suggéré par le Grand dictionnaire québécois (à la pointe de ce combat), paraîtrait encore plus étrange.

Les rédacteurs n'ont en revanche aucune excuse quand ils emploient des mots traduits depuis longtemps. Ecrire "check point" et non barrage, "coach" (entraîneur), "pipeline" (oléoduc, gazoduc, aqueduc), "newsletter" (lettre d'information), "think tank" (groupe de réflexion), "sac shopping" (cabas), et on en passe, relève de la négligence pure et simple. Idem pour le verbe "booster" (stimuler), ou les "impacter" (influer sur) et "manager" (gérer), qui exaspèrent nos lecteurs.

(…) Mais que dire de "déception", écrit à la place de " tromperie " ("tout un art de la déception", résumant les qualités machiavéliques) ? Ou encore de "versatilité" en nom et place de "polyvalence" ("L'homme politique doit manifester sans cesse sa versatilité") ? Ces deux derniers exemples ont pourtant été relevés dans une chronique récente par Michel Masson (Paris)… Le comble est atteint quand on utilise une tournure de grammaire anglaise en français, produisant un jargon insupportable. "Une marque de snobisme doublée d'une maladresse", proteste Paul Combaux (Vienne, Autriche), exemples à l'appui.

Combat d'arrière-garde ? Le médiateur, moderne Sisyphe, qui, sans cesse, rabâche le bon usage, en a souvent l'impression. Le directeur de la rédaction itou : "Je chasse le franglais tout le temps. C'est un faux snobisme, et une incorrection vis-à-vis des lecteurs", gronde Alain Frachon. En vain. Ou presque.

mercredi 11 juin 2008

Le déclin de la grève

Pierre de Gasquet sur la croissante ineffectivité des grèves en France :

Contrairement à une idée répandue, la France n'est pas particulièrement une nation « grévicultrice ». (...) tous secteurs confondus, les syndicats eux-mêmes ont pris acte du reflux de la grève, la plupart des confédérations, hormis la CGT, la concevant désormais comme une forme d'« ultime recours ».

(…) A en juger par l'évolution des mouvements sociaux en Europe, ce déclin de la grève « franche » masque l'apparition de nouvelles formes de conflictualité, plus éclatées ou plus « sournoises », qui échappent en partie au contrôle des syndicats traditionnels.

Pour autant, la grève est loin d'être morte. L'impact médiatique de celle des travailleurs sans papiers qui ont su habilement utiliser l'article 12 ter de la loi Hortefeux sur les régularisations est troublant. « C'est en utilisant un droit qu'ils n'ont pas que les travailleurs ont acquis la sympathie de l'opinion publique. La grève les a fait apparaître comme des travailleurs », constate Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT. Surtout, le déclin de la grève, dans sa forme traditionnelle, généralement attribué à la précarisation de l'emploi et à l'affaiblissement des syndicats, n'est pas le signe d'un dépérissement des conflits sociaux. Loin s'en faut. Paradoxalement, on assiste à « une hausse de la conflictualité globale dans l'entreprise alors que le recours à la grève classique est en reflux ». Entre 2002 et 2004, 30 % des entreprises de plus de 20 salariés ont connu au moins un conflit collectif contre 21 % entre 1996 et 1998. On note l'essor de nouvelles pratiques de mobilisation protestataire et de contestation telles que les pétitions, les manifestations ou les grèves du zèle. A l'arme spectaculaire de la grève tend à se substituer celle, plus médiatique, de la manifestation ou du blocus.

Les grèves en France ont perdu de leur effectivité précisément parce qu’elles ont été non seulement trop utilisées mais aussi mal utilisées (c'est-à-dire dans des circonstances où elles ne pouvaient pas obtenir les résultats souhaités). Aujourd’hui leur impact dépend plus des medias et du public qui doivent être persuadés, ce qui n’est pas une mince tâche, de l’utilité et du bien-fondé de grèves. En somme, il n’est plus acquis que grever sera autre chose qu’une perte de temps et que juste un moyen coûteux de démontrer un ras bol ou une colère qui sont parfois justifiés. C’est aussi pour ces raisons (en autre) qu’aux Etats-Unis, les grèves sont quasiment inexistantes parce que ceux qui sont tentés d’utiliser la grève comme moyen de revendication ou comme arme pour avoir plus de justice sociale savent très bien qu’ils perdront la bataille médiatique et le publique américain ne comprendra jamais pourquoi des gens choisissent de grever au lieu de négocier et d’empêcher les autres de travailler plus.

mardi 10 juin 2008

Bye bye PPDA

PPDA serait remplacé par Laurence Ferrari comme présentateur du 20 heures de TF1. L’info est intéressante mais je suis quelque peu sidérée par le côté politique de cette mise à l’écart d’un dinosaure de la télévision française. Comme quoi, il vaut mieux lorsqu’on est journaliste ne pas gêner le pouvoir et surtout savoir flatter les hommes et les femmes forts pour ne pas être dans leur collimateur. Laurence Ferrari prendra sa place et cela me fait penser à Katie Couric qui avait pris la place de Dan Rather pour présenter le journal de CBS et qui a connu un échec retentissant. Je me demande si en France il y aura plus de téléspectateurs qu’aux Etats-Unis qui accepteront de regarder les infos présentées par une femme. De toutes les manières je crois que le 20 heures n’a plus l’importance qu’il y avait il y a 20 ans lorsque PPDA a commencé ce boulot. Les nouvelles générations reçoivent leur information de sources différentes et les présentateurs des journaux télévisés perdent de plus en plus cette aura presque divine qu’ils avaient dans le passé. Ils ne sont plus l’unique source d’information et pour cette raison ils deviennent de plus en plus de simples animateurs télés puisque ce qui fait leur succès est leur style, leur physique, toutes ces petites choses superficielles qui n’ont rien à voir avec le fond, avec le journalisme. Je ne regarde d’ailleurs jamais les journaux américains (qui n’ont pas lieu à 20 heures mais entre 18 heures 30 et 19 heures) parce que je ne vois pas l’utilité d’écouter deux messieurs (Brian Williams, Charlie Gibson) et une dame d’âge mûr me dire ce que je sais déjà. Pour revenir à la comparaison entre Katie Couric et Laurence Ferrari, je me demande si TF1 va essayer de peopleliser son journal télévisé en le rendant plus lisse et lui donnant plus la forme d’un magazine pour mettre l’accent sur la féminité et la personnalité de Ferrari comme a essayé de le faire CBS avec Katie Couric sans succès. Mais bon, espérons que Ferrari durera autant d’années que PPDA.

vendredi 06 juin 2008

Question de direct

Aucune chaîne de télévision ne retransmet le match Nadal-Djokovic (comme ceux qui lisent ce blog le savent j’adore le sport) en direct ce que je trouve scandaleux parce que de nos jours le direct est capital pour que le téléspectateur puisse profiter pleinement de la qualité d’un événement sportif. Il n’y a rien de plus frustrant que de voir un match de Tennis dont on connaît le score surtout lorsqu’on souhaitait le voir en direct et que le joueur qu'on soutient a perdu. Mais bon, j’ai beaucoup de boulot et je pourrai donc me concentrer sur autre chose en regardant le résultat sur le net. Nadal vient de perdre son service alors qu’il servait pour le match. Vamos !

jeudi 05 juin 2008

Ô saisons, ô châteaux, quelle âme est sans défauts ?

Le titre de mon billet est bien évidement le premier vers d’un des plus célèbres poèmes de Rimbaud que j’utilise parce qu’il rappelle à quel point on peut être prisonnièr de ses imperfections qui peuvent rétrécir notre champ de vision. Ma vision du monde a changé cette année parce que je me suis rendue compte que je ne crois pas aux révolutions politiques et que je déteste la religiosité que peut épouser la politique lorsqu’elle s’efforce de transcender l’ordinaire et ses responsabilités primaires. Nous vivons dans un monde où penser, analyser, prendre un peu de distance ou de hauteur devient de plus en plus difficile parce que ce qui compte c’est le show, ce qui brille et fait beaucoup de bruit. Andrew Keen a écrit un livre alarmant et alarmiste, The Cult of the Amateur: How Today's Internet Is Killing Our Culture blâmant Internet pour ce qu’il appelait la mort de la culture. Je ne crois pas qu’Internet est le coupable idéal pour ne pas accepter notre responsabilité commune pour avoir rendu accepter le refus de penser pour ne pas être miner pour au contraire mâcher et choisir de trop manger, d’avaler en privilégiant l’action de se remplir la panse en exaltant ses sens. Pour finir, ce qui est le plus navrant est l’absence des intellectuels et d’une presse vibrante qui sait faire autre chose que flatter l’opinion pour qu’elle lui permette de survivre. Hélas nous vivons dans une époque où il est encore possible de citer cette maxime d’Hugo sans être désuet ou injuste, « La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier ».

mercredi 28 mai 2008

L’art d’éviter les questions

Lorsque l’on veut éviter à répondre à des questions difficiles en politique ou dans la vie, on dit beaucoup de choses pour essayer de donner l’impression que la quantité vaut la qualité et que trop parler est une signe nous seulement qu’on agit juste en atteignant les objectifs fixés. C’est pour cette raison qu’il faut beaucoup de patience pour écouter les interviews politiques parce que le politiques et le journalistes jouent toujours au chat et à la souris et qu’on sait d’avance que la phrase préférée du politique sera « ne m’interrompez pas » ou « le peuple veut… » Le journaliste, dépendant de ses rapports avec le politique, sera plus ou moins insistant en faisant semblant de ne pas comprendre que le fait même de ne pas répondre à ses questions est en soi une réponse. Le problème est qu’en France ou comme aux Etats-Unis la presse politique souffre de la même maladie, le nombrilisme qui lui fait croire qu’elle est l’audience la plus importante parce que l’électorat est moins outillé qu’elle pour juger ses politiques. C’est pourquoi il est impossible désormais pour les politiques de se faire élire en ayant contre soi la presse et en se faisant détester des journalistes (Ségolène Royal et Hillary Clinton en savent quelque chose). La monde politique est devenue comme celui des films, les politiques sont des acteurs qui vendent un film, les journalistes sont les critiques qui jugent juste de l’esthétique du film et le public veut avant tout chose ne pas s’ennuyer et surtout qu’on le fasse rêver non pas sans lui mentir mais sans le mépriser car après tout le paternalisme est acceptable lorsqu’il est affectif et compassionnel.

dimanche 11 mai 2008

L'art de fabuler

Le Devoir publie un intéressant article sur Nancy Huston dont le dernier essai L’espère Fabulatrice parait chez Actes Sud. Huston se focalise sur ce besoin qu’apparemment nous avons tout de raconter des histoires pour nous construire ou plutôt pour nous inventer d’autres réalités qui nous donneront la fausse impression que le monde nous ressemble et qu’on peut donc totalement contrôler ce qui s’y passe. Morceaux choisis :

Le livre prend son envol sur une question lancée par une détenue à Nancy Huston, dans une prison que celle-ci visitait comme romancière.
«À quoi ça sert de raconter des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable?», lui avait-elle demandé.
(…) Eh bien voilà, depuis la nuit des temps, l'être humain ne cesse de se raconter des histoires. Des histoires incroyables, invraisemblables, auxquelles il s'évertue à croire dur comme fer. Des histoires qui le rassurent et le motivent. Des histoires qui le poussent parfois à faire la guerre, parfois à faire l'amour. Des histoires qui lui expliquent la mort et la naissance, dont il a, contrairement aux animaux, une conscience aiguë qui ne le quitte pas. C'est d'ailleurs pourquoi, écrit Huston, il est obsédé par le sexe qui donne la vie et par la violence qui peut la tuer. Il trouve même le moyen de se croire immortel alors qu'il ne l'est pas.
(…) En fait, Nancy Huston distingue au moins deux niveaux de narration, parmi les fictions qui tournent constamment dans la tête des humains. La fiction pure et simple, qui s'affiche comme telle, et l'arché-texte, cette fiction qui ne dit pas son nom et qui s'insinue insidieusement chez les hommes et les femmes, sous forme de patriotisme, par exemple.
«Chaque pays raconte, de son histoire comme de toutes les histoires, la version qui l'arrange, et qui le montre sous la lumière la plus flatteuse. Certains faits marquants seront engloutis à jamais dans le silence; d'autres, au contraire, deviendront fictions officielles et seront inlassablement soulignés, commémorés, enseignés. Quelle est la véritable histoire de votre famille, de votre patrie? Vous n'en savez rien, et pour cause. Ce que l'on nous apprend sur la Nation, la lignée, etc., n'est pas du réel mais de la fiction. Les faits ont été soigneusement sélectionnés et agencés pour aboutir à un récit cohérent et édifiant», écrit-elle. 

Ce qui m’inquiète est le fait que la fiction de nos jours peut non seulement être facilement confondue avec la réalité mais surtout la transcender tant les gens ont besoin de croire des histoires qui sont belles et par conséquent leur donnent l’impression de faire partie de quelque de beau et d’extraordinaire. Les faits ne sont plus têtus parce qu’ils peuvent être rosie par une narration romancée et sucrée qui est tellement lisse qu’elle fait pleurer. Les journalistes, les politiques, et autres élites sont devenus des esthètes qui ont tellement bien appris l’art de fabuler qu’ils ne savent plus communiquer avec “le peuple” et préfèrent s’adresser à lui en lui contant des fables ou des contes qui ne lui apprendront rien contrairement à ceux de La Fontaine et  de Voltaire. C’est pour cette raison que les politiques par exemple nous parlent beaucoup d’eux, de leurs états-âmes, de leur vie privée ou que les journalistes acceptent de jouer au jeu du storytelling en se disant que dans une société qui est plus concernée par la Nouvelle Star que par la Birmanie, il faut créer des personnages, des bons, des méchants, des histoires d’amour et des rivalités farouches. Le problème, hélas, est que lorsque la vie devient une fiction, elle devient un produit et qu’il devient alors possible de tout vulgariser parce que le plus important devient d’éterniser l’histoire par tous moyens en utilisant les stratagèmes de scénaristes de feuilletons à l’eau de rose américains.

samedi 10 mai 2008

C comme Com et Con


vendredi 11 avril 2008

Le misérabilisme et l'indignation

Daniel Schneidermann sur la popularité de l’expression et des manifestations d’indignations :

Indignez-vous ! Mobilisez-vous ! Compatissez ! nous enjoint soir après soir un 20 heures en roue libre qui, depuis que les sondages présidentiels sont en berne, cherche le Nord en tournant sur lui-même, pour ne pas perdre trop de spectateurs. Et sous la triple icône lumineuse de la sainte Trinité du mois (Ingrid Betancourt, le dalaï-lama et Dany Boon), silence, comme d’habitude, sur la mort d’un sans-papiers qui s’est jeté dans la Marne alors qu’il était poursuivi par la police, silence sur l’échec de la politique d’encouragement aux heures supplémentaires du «paquet fiscal» révélé par un rapport parlementaire, silence sur les caisses vides, silence sur la fin de la carte famille nombreuse (à l’heure où ces lignes sont écrites, l’opération étouffoir semble pourtant avoir échoué, et l’embrasement menace), silence sur les repas sautés, silence sur l’impuissance, silence sur le crissement sinistre du rabot à économies, partout à l’œuvre.

Dans ce festival, la palme de l’injonction énigmatique restera peut-être à la manifestation pour la libération d’Ingrid Betancourt, ayant rassemblé, dimanche dernier dans les rues de Paris, quelques milliers de personnes, pas moins de quatre ministres, et jusqu’à l’épouse présidentielle qui, entre deux gardes du corps, lance au vol à la télé «mon mari ne renoncera jamais». Une bien belle manif. Nul doute que les Farc, et le président colombien Uribe, téléspectateurs réguliers du 20 heures de TF1, en auront été fort impressionnés, et auront accéléré immédiatement les préparatifs de libération.

Tout cela ne serait que comique si ce n’était pas aussi tragique et pathétique. Le fait qu’on s’indigne si facilement dans nos sociétés modernes témoigne de l’impuissance non seulement des citoyens mais aussi des politiques et autres élites face à l'intolérable, aux drames et aux injustices. Cette impuissance est tellement insupportable qu’elle est camouflée par une indignation qui ne peut qu’être exhibitionniste puisqu'elle sert de subterfuge, de distraction afin de faire oublier le fait qu’elle n'a aucu pouvoir et qu'elle ne peut transformer la faiblesse en force. Le plus triste est que toutes ces manifestations pour s’indigner rappellent celles populaires dans les pays que beaucoup trop de gens aiment encore appeler pays du “tiers monde.” Dans ces pays, l’état n’aime rien de plus que de réunir des milliers de personnes portant des  banderoles sur lesquelles sont écrits des slogans enflammées et chantant leur indignation, le but est encore évidement de donner son indignation en spectacle pour faire oublier qu’elle ne change pas la misérabilisme de l’impuissance en gloire.

dimanche 06 avril 2008

La couleur d'une voix

vendredi 04 avril 2008

Tutoyer le président de la République

Le Monde publie les bonnes feuilles du livre de son journaliste Philippe Ridet, Le Président et moi qui a passé toute la campagne aux côtés du candidat Sarkozy qui allait devenir le président. Ces bonnes feuilles sont intéressantes parce qu’elles montrent bien qu’il existe un problème de distance entre les politiques et les journalistes qui ne trouvent pas indécent d’employer le tutoiement avec ceux qu’ils sont censés objectivement couvrir. Morceaux choisis :

A la fin, je lui demandais : "Dois-je dorénavant te vouvoyer ?" Sa réponse : "Tu rigoles !" Voilà, après avoir été le journaliste qui tutoyait le candidat, je serais celui qui tutoyait le président. Puis il avait raccroché, très vite, sans salutations alambiquées, comme il devait le faire, j'imagine, avec ses collaborateurs. L'essentiel avait été dit, le message, passé.

Je sens bien qu'il faut que je m'explique et que je ne pourrai pas longtemps différer le sujet. Oui, je tutoie le président de la République (je ne suis pas le seul) et, oui, je suis journaliste. S'expliquer : le mot est mal choisi. Se justifier ? Pire encore. Il n'y a rien à justifier, c'est ainsi, un point c'est tout. Il y a juste à dire les choses, sans hystérie ni contrition. On me dira que cela ne se fait pas. Que cela nuit à la distance avec mon sujet. Que cela fait de moi la victime d'une tentative de séduction, voire d'intimidation. Un jour que je participais à une émission de télévision ("Arrêt sur images", défunte depuis) en partie consacrée à la question - qui fait tant fantasmer - du rapport entre Sarkozy et les journalistes, quelqu'un a parlé de "la violence totalitaire de la séduction". Je n'ai rien compris. Pourtant, cette personne avait accompagné sa trouvaille d'un regard entendu qui supposait que la chose allait de soi pour les initiés.

Je n'avais pas été brutalisé ni mis en demeure d'accepter ce tutoiement sous peine d'être écarté. Il était venu dans la conversation, je ne l'avais pas refusé. Cela me paraissait, comment dire... impoli. Oui, c'est cela, mal élevé. Je n'ai ni la force d'âme ni une assez haute opinion de mon métier pour m'émouvoir que l'on me tutoie. D'autres l'ont refusé. Je n'ai pas le sentiment qu'ils soient plus libres ou tellement différents dans la pratique de leur profession. Le tutoiement était, à l'époque où j'ai commencé le journalisme politique, une convention. Arrivé tardivement dans cette spécialité, cela me parut une façon simple et peu coûteuse de m'intégrer plus rapidement à mon nouvel univers. Des hommes de mon âge proposaient naturellement de me tutoyer. C'était leur code, une façon de se rassurer sur leur interlocuteur. Je ne voyais pas l'intérêt de faire le malin en refusant. M'abriter derrière une neutralité outragée en brandissant ma carte de presse comme une gousse d'ail devant un vampire ? Un peu ridicule, non ? En tutoyant d'emblée, les hommes politiques imaginent créer une complicité qui les préservera de la critique. Ils croient vous faire entrer dans le cercle magique de la connivence. C'est leur problème. Pourquoi chercher à les détromper ? Le journalisme est aussi une science du camouflage.

Je crois que ce manque de distance vient de ce que j’appellerais la starisation de nos sociétés modernes. Tout le monde veut être une star et a du mal à accepter de jouer les second-rôles en laissant la lumière des projecteurs aux autres. Les journalistes politiques désormais ont envie d’être au même niveau que les politiques, d’être leurs amis parce qu’ils considèrent que juste reporter l’information est moins valorisant que de la faire et d’être un des acteurs qui l’influence. C’est pourquoi les journalistes acceptent de moins en moins l’anonymat mais de plus en plus le tutoiement parce que cela renforce l’idée qu’ils sont non seulement importants mais indispensables puisqu’ils peuvent, à tout moment, affecter le destin d’un politique en influençant l’Opinion. Lorsqu’on tutoie le président, on ne devient pas nécessairement son copain mais on lui montre qu’on comprend qu’on est dans le même camp que lui, celui des puissants, des influenceurs qui doivent ménager et manager le peuple.

dimanche 30 mars 2008

Virulence

A quoi sert la virulence de ce débat?