Judith Bernard
sur le fait que la candidate voilée du Nouveau Parti Anticapitaliste, Ilham Moussaïd, se dise féministe :
Mais Ilham se dit
féministe! Bien: qu’elle m’explique, alors, pourquoi sa religion lui prescrit
de porter le voile. Qui, de la lettre ou de ses exégètes (et quels exégètes)
lui en font obligation. De quoi ce textile est le signe. Quel sens elle lui
donne. Quelle est sa pertinence aujourd’hui, dans le monde sur lequel elle
entreprend d’agir. Ce ne sont pas ici invectives d’une mécréante à une
croyante: ce sont de vraies questions, d’une femme à une autre femme, et même,
oui, osons le gros mot : d’une féministe à une autre féministe. Ilham, si vous
passez par ici, pour mes lumières personnelles et pour l’intelligence du monde,
s’il vous plaît - éclairez-nous, ne cachez pas ce sens que nous échouons à
voir, et dites nous, enfin, comment on peut être féministe tout en étant
voilée.
Le fait que
Judith Bernard demande des explications est à mon avis au centre de la question.
Elle semble ne pas pouvoir accepter que le féminisme peut être autre chose que
ce qu’elle croit qu’il est et qu’une femme qui n’a pas les mêmes idées qu’elle
mais qui se dit féministe n’a pas d’explications à lui donner ou à lui prouver
qu’elle fait ses choix librement, notamment celui de porter le voile. C’est fou comme
le féminisme est paternaliste et qu’il considère que les femmes qu’il veut pourtant
défendre ne peuvent faire certains choix surtout s’ils heurtent les plus intelligentes
et cultivées d’entre elles. Quel absolutisme dangereux de dire à une femme,
prouve ton féminisme et surtout de sous-entendre en filigrane que si elle est « différente » et affirme ses choix visiblement , elle ne peut qu' être que
pute, soumise, misogyne, ou idiote !
Nietzche affirmait que «Les femmes elles-mêmes,
tout au fond de leur immense vanité personnelle, gardent toujours le mépris
impersonnel de "la femme".» Si je n’irai pas jusqu’à dire que Bernard
méprise Ilham, je dirais toutefois qu’elle l’infantilise avec une suffisance
bienveillante en présumant qu’elle ne sait pas se qu’elle dit/fait et qu’elle
est dans l’erreur parce qu’elle ne lui ressemble pas ou tout simplement parce
qu’elles ont un désaccord profond non seulement sur la définition du féminisme
ou de la féminité mais de la femme. Ce genre de querelles existentielles mais enfantines expliquent pourquoi le féminisme est un archaïsme
qu’il faut absolument dépasser de nos jours pour éviter d’imposer aux femmes
chaque fois qu’elles font un choix qui déplaît aux autres femmes ou à la
majorité de la société de devoir l’expliquer comme quand un enfant commet une bêtise
ou qui viole les idées reçues.
Il me semble
que le challenge de prouver son féministe est aussi imbécile que le
challenge de prouver sa francité ou sa non-marginalité en affirmant de manière son
hétérosexualité ou sa chrétienneté (comme le fait Obama). Il m’a semblé éloquent
que durant tout son article Judith Bernard n’ait jamais envisagé une possibilité :
le fait qu’on puisse être féministe et ne pas savoir ce qui est convenable pour
toutes les femmes. En somme, il est possible, je dirai même commun, d'être féministe et d'avoir tort ! Heureusement, que c'est le cas d'ailleurs !
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