Bon, lisons Marie-Alix Sain avant d'hurler… :
Immortalisée par les romans naturalistes d’Émile Zola, la Goutte-d’Or, et plus précisément Château-Rouge, a évolué au rythme des vagues migratoires qu’a connues la France depuis un siècle et demi. Alsaciens, Polonais, Autrichiens, Portugais, Espagnols, Italiens, Maghrébins, Africains : tous ces peuples ont fait le quartier qu’on voit aujourd’hui. Certains ont légué leurs commerces aux suivants, d’autres sont restés, “contraints” parfois de partager leur village avec les nouveaux arrivants.
Peu nombreux en France jusque dans les années 1960, les migrants originaires d’Afrique subsaharienne sont d’abord arrivés dans le cadre d’une immigration de travail. Sénégalais et Maliens, issus d’ex-colonies françaises, sont venus renforcer les rangs des petites mains volontaires. Les femmes ont rejoint leurs maris à partir de 1974, après l’arrêt officiel de l’immigration de travail. Puis sont arrivés des demandeurs d’asile fuyant les conflits ethniques, les régimes autoritaires et les catastrophes naturelles.
Parmi ceux qui se disent nostalgiques, on distingue une communauté de “vieux Maghrébins”, venus travailler en France après la guerre d’Algérie. Ils partagent leur vie entre famille, vie religieuse, courses et surtout rencontres et parties de cartes dans les troquets près du square Léon. Youcef, personnage du quartier, tient un bistrot Mon Village, qui aurait appartenu à la famille d’Éric Zemmour… « Tout a trop changé. Ici, ce n’est pas Château-Rouge mais Château-Noir ! Avant, il y avait une vraie mixité, mais depuis qu’on a fait venir la main-d’œuvre subsaharienne, l’ambiance
s’est dégradée. On s’est retrouvés perdus, étrangers à notre quartier… On ne l’aime plus, mais on y reste par habitude. »
Pourtant, les apparences sont parfois trompeuses. Si les Africains sont très nombreux à Château-Rouge, ce sont souvent les Asiatiques qui tiennent la caisse derrière les comptoirs. Étrange jeu de miroirs avec le continent africain, où la présence chinoise, économique et humaine, est en constante augmentation. À Paris, à Château-Rouge, c’est à partir de 1980 que des Asiatiques (de Chine et de l’ex-Indochine) ont commencé à racheter les commerces d’alimentation africaine : le marché asiatique étant saturé à Paris, ils ont investi le secteur africain, occupant aujourd’hui à 90 % la rue des Poissonniers.
Tout cela me rappelle le refrain de Solaar, les sous-ensembles dans les grands-ensembles s’assemblent. C’est clairement faux mais quelqu’un devrait crier qu’il n’y a pas d’origine Africaine encore moins d’Afrique. Pour revenir à la France il me semble que la question est la même à Château-Rouge qu'ailleurs, est-on le prisonnier de ce qu’on a été ? Pour dire les choses autrement autant qu’il faut condamner le totalitarisme du bien, il faut condamner celui du passé/passéisme sans évidement se résoudre aux sauvageries (j’adore ce mot) de la modernité.
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