Morceau choisi (sans commentaire de ma part parce que beaucoup est dit bien que je ne sois pas d'accord avec tout ce qui est dit) de Catherine Millet sur l'affaire DSK qui a le mérite de dépasser le petit personnage pour parler de fond ou plutôt de ne pas se focaliser sur lui mais elle (s):
Il n’en reste pas moins que si le viol est un acte difficile à définir, il est encore plus difficile de repérer où passe la frontière entre la « tentative » de viol et la brutalité du « dragueur » obsessionnel, « lourd », et qui « harcèle » les femmes, comme le reconnaissent même ceux qui prennent la défense de DSK. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de me demander ce qu’aurait été ma réaction si je m’étais trouvée (avec quelques années en moins) dans la situation d’Ophelia [Nafissatou], la femme de chambre qui dit avoir été agressée (je suis sûre que je ne suis pas la seule à avoir joué à ce jeu.) De deux choses, l’une : ou DSK me plaît, ou il ne me plaît pas. Je passe sur le cas où il me plaît… S’il ne me plaît pas, je le repousse en rigolant. En général, la plaisanterie désamorce le priapisme. J’imagine qu’une autre aurait hurlé, une autre, sportive, lui aurait balancé le gros vase en porcelaine sur le crâne, une autre encore, vénale, en aurait profité pour soutirer quelque argent à son riche agresseur. Puisqu’il est question de fellation, ou du moins « du contact du pénis avec la bouche » —pour reprendre les termes de l’acte d’accusation— une quatrième, méchante et hardie, l’aurait mordu là où ça fait très mal, etc. À condition bien sûr que l’homme en rut ne soit pas armé, il y a certainement autant de réactions possibles qu’il y a de femmes, de la plus timide à la plus audacieuse, et la gamme d’appréciation est infinie depuis celle qui pensera avoir eu affaire à un gros cochon brutal à qui elle voudra donner une leçon, ce qui donnera plus tard une histoire édifiante ou amusante à raconter, jusqu’à celle qui se pensera victime d’une tentative de viol et en sera traumatisée.
Ce que je trouve absolument déplorable, c’est que très souvent, l’entourage de celle qui souffre de cette agression, au lieu de l’aider en lui disant que son corps n’est pas irrémédiablement meurtri, qu’une giclée de sperme se lave sur le corps et aussi dans la tête, que s’il s’est emparé de son corps, son agresseur ne s’est pas emparé de sa personne qui n’est pas réductible à son corps, cet entourage dis-je prend un malin plaisir (un plaisir pervers ?) à l’enfoncer un peu plus dans le malheur. « Elle est complètement dévastée », déclare celui qui se présente comme le frère d’Ophelia. Et au lieu d’envisager la façon dont elle peut se reconstruire, beaucoup de ceux et celles qui s’expriment dans la presse, sous l’influence du féminisme vieux jeu, en rajoutent une couche : « ces femmes [victimes de viol] finissent par sombrer dans la dépression », et encore « Le viol est profondément destructeur et pèse comme une menace sur la liberté de toutes les femmes ». Que dira-t-on alors des femmes, et des hommes, de Deraa qui affrontent en ce moment la police syrienne ? J’ai lu qu’Ophelia, d’origine guinéenne, était une bonne musulmane. Cela ne devrait pas empêcher qu’on lui fasse découvrir Saint Augustin l’Africain. Ces quelques lignes, par exemple, à propos du viol : « Qu’il soit donc bien dit et entendu… tant que se maintient ferme et inchangée cette volonté [vertueuse], rien de ce qu’un autre peut faire du corps ou dans le corps, et qu’on ne peut éviter sans pécher soi-même, n’entraîne de faute pour qui le subit… Si [la chasteté] est un bien de l’esprit, elle ne saurait être perdue, le corps fut-il forcé.»
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