Thierry Desjardins sur la stratégie de reconquête des voix du Front National du candidat-président:
En se mettant à caresser dans le sens des poils uniquement une frange de l’électorat et sans lui apporter si ce n’est la moindre contradiction du moins quelques éléments de réflexion, Sarkozy donne –et ce n’est, hélas, pas nouveau- une image détestable de la France qu’il semble appeler de ses vœux. Une France tournée vers son passé lointain, refermée sur elle-même, étriquée, égoïste, cruelle. Une France qui pue la chaisière, qui veut casser du bougnoule, s’entourer de barbelés et de miradors et laisser crever sur le bord du chemin tous ceux qui ont raté le train de la réussite.
Or, la France qu’aime la plupart des Français c’est ce n’est pas celle de Louis-Philippe ou de Pétain, de Barrès ou de Maurras, mais celle de Voltaire, des Droits de l’homme, des Soldats de l’An II, de Victor Hugo, de la Résistance ou de Camus.
Sarkozy n’a rien compris. En choisissant les slogans (souvent justifiés) de l’extrême-droite pour tenter de s’attirer les bonnes grâces de 17,90% de l’électorat (qui sont bien loin de lui être acquis), il fait honte à la majorité du « peuple » qu’il prétend représenter.
J'aimerais pouvoir être pleinement d'accord avec Desjardins mais je ne peux l'être que partiellement. En analysant ses propos, quelques interrogations s'imposent. La première est celle de savoir si un pays n'est que ce qu'une majorité de ses citoyens choisit qu'il est. La France doit-elle être toujours Camusienne pour être aimable ? La deuxième enfin est de questionner l'idée reçue selon laquelle la majorité a raison.
L'usage de l'amour dans le débat politique m'agace parce qu'il sentimentalise inutilement les choses en laissant s'installer l’idée idiote selon laquelle aimer son pays est plus important que le respecter. Il est possible de mal aimer et l'amour n'a rien à voir avec la qualité/moralité de l'action politique.
La majorité 'du peuple' en démocratie est reine mais elle n’est pas forcement omnipotente et omnisciente. Le Front National n'est pas condamnable parce qu’il est minoritaire (encore que...) mais à cause de la totalité de sa pensée, de son langage, et de ses actes politiques. Cela fait plus de 20 ans que beaucoup de Français s'écrient, sans vraiment y croire, après chaque élection, que le FN n'est pas la France alors que justement le fait qu'il continue d’exister prouve le contraire. Cette réalité ne veut pas dire que la France est raciste ou xénophobe mais qu'il y a bien des Français qui n'aiment ni le changement ni les différences (qu'ils soient racistes ou xénophobes importe moins que leur désamour croissant pour ce que devient leur pays et pour certains de leurs concitoyens et justement leur conviction qu'ils aiment leur pays plus que ceux qu'ils méprisent).