Même lorsque BHL pense, il rate quelque chose d'essentielle :
Mais j'ai vu, comme tout le monde, l'image de ces casseurs du Trocadéro. Je les ai entendus dire et répéter, à la télé, qu'ils se foutaient du foot, qu'ils étaient là pour casser et pour casser seulement, et que, s'il existait, ailleurs, une autre occasion de rassemblement, s'ils entendaient parler, n'importe où, à propos de n'importe quoi, d'une autre fête à troubler, d'une autre liesse à perturber, d'une autre exultation communautaire dans laquelle s'introduire pour la retourner, eh bien, c'est là qu'ils iraient. Mieux, je regarde ce que le foot devient. J'observe ces équipes métissées, babélisées, où l'on parle plus d'une langue et où le lien avec le national, le local, l'esprit de clocher, ne tient plus qu'à un fil, le meilleur, celui du nom. Je compare au foot d'il y a vingt ans. Je me rappelle l'époque où l'ultranationaliste et futur criminel contre l'humanité Arkan était le patron des supporters du plus grand club de Serbie et où l'exact équivalent existait côté croate. Et je me dis que les choses vont, de ce point de vue, plutôt dans le bon sens : extinction lente du mirage ethnique ; réduction des chauvinismes afférents ; mise en suspens, peut-être même, de l'un des ressorts, partout ailleurs, du populisme le plus crasse - y a-t-il tant d'autres lieux que le stade où, selon la formule consacrée, 22 millionnaires peuvent se produire sans être ni lynchés, ni insultés, mais adulés ?
En France et dans mon Amérique, tout est identitaire surtout la bienpensance et son contraire. Cependant, au pays de BHL, l'obsession avec l’être et le sang des autres est encore camouflée parce qu'on sait/sent bien qu'elle est honteuse et qu'elle n'a pas encore été Obamamisée. Cela n'est qu'une question de temps.

