Mehdi Benallal critique le Tintin de Spielberg:
le cinéma de Spielberg s’édifie dans le reniement et l’oubli de ce qui a fait la grandeur du cinéma américain. Le cinéma classique américain devait sa grandeur à une idée de l’homme que Spielberg ne partage pas. Le héros hollywoodien d’antan était en permanence en lutte, contre la nature, la société des hommes ou ses propres démons. Le héros des films de Spielberg, quand il n’est pas assailli par des forces démoniaques (nazis d’Il faut sauver le soldat Ryan ou des Indiana Jones, dinosaures de Jurassic Park, robots géants de La Guerre des mondes), traverse un monde purement fonctionnel, où chaque objet est soumis à une utilisation prompte, sûre et libératrice. Exemplairement, c’est dans le centre commercial d’un aéroport que le héros du Terminal (2004) trouve les instruments nécessaires à sa survie puis à son triomphe.
Spielberg n’a que l’imaginaire de sa position sociale. De même que rien ne résiste plus aux appétits de l’ex-plus jeune metteur en scène de Hollywood, ses films décrivent un monde qui ne résiste pas à la puissance de ses héros. La fausse modestie du Terminal ne doit pas faire oublier Arrête-moi si tu peux (2002), où le héros, un escroc de grande classe joué par DiCaprio, est un passe-muraille. On n’arrête pas les héros de Spielberg, sauf à être le Diable ou une de ses créatures.
Benallal est dur mais juste. Cela dit, il y a deux Spielberg. Il se trouve juste que celui derrière Tintin est l'homme d'affaires qui s'impose le devoir de faire des films commerciaux et qu'il est nettement moins bon que le Spielberg qui veut impressionner les gens qu'il admire en prenant le risque de faire un film qui peut être un échec parce qu'il sera bruyant et plus complexe. Les films du Spielberg commerçant sont quasiment toujours décevants et presque insupportables.
Spielberg me rappelle Ducasse parce qu'il semble être dans une lutte perpétuelle entre le désir d’épater et la peur de ne pas satisfaire. Cela explique l'existence chez le premier de films fastfood et chez le dernier du bistro. Cependant, il arrive que Spielberg se rappelle qu'il a aimé Truffaut et cela l’élève au-dessus de la bave rongeuse qui l'entoure et parfois l'envahit.

Les commentaires récents