J'aimerais pouvoir être d'accord avec Romain Pigenel quand il affirme ceci:
On peut tout critiquer, même une vieille et inoffensive institution comme le défilé militaire du 14 juillet. On a le droit de partager plusieurs nationalités sans être sans cesse suspecté de trahison envers son pays actuel. On peut bien entendu prétendre à des responsabilités publiques importantes tout en portant ostensiblement la trace de son origine extérieure (un accent). C’est le mélange des trois qui, en l’occurrence, est explosif et crée un malaise que l’on ne peut pas nier. Sur le plan des principes, encore une fois, Eva Joly est absolument légitime et devait être défendue comme elle l’a été ces derniers jours : mais comment ne pas voir qu’elle les pousse chaque fois à leur limite, ces principes, en les « testant » tous à la fois, et qu’elle conduit ceux qui les défendent (et qui la défendent), à gauche, à se déporter sur un terrain singulièrement miné ?
Je tiens fortement, pour ma part, à ce que la gauche construise un clivage politique net avec la droite sur la question nationale, défendant une France ouverte, accueillante, généreuse et souple sur l’intégration, considérant sa « diversité » (ce vilain mot) comme une force plus qu’un problème. Mais je pense également qu’Eva Joly nous rend un fort mauvais service par la façon caricaturale et incontrôlée dont elle jette ces débats sur la table. Elle donne corps, à tous les sens du terme, aux fantasmes de la droite dure et de l’extrême-droite, qui ne s’y sont pas trompées et qui vont probablement faire d’elle leur tête de turc favorite des prochains mois. Il sera de la responsabilité de la gauche de répondre à leurs attaques avec la plus grande fermeté. Il sera en retour de la responsabilité d’Eva Joly de faire preuve d’un minimum de sens politique, et de ne pas se jeter tête baissée dans des impasses politiques aussi vaines et néfastes que celle de ce 14 juillet. Des impasses qui auront pour seule conséquence de prendre la gauche en otage, et de jouer contre ce qu’elle entend défendre.
Eva Joly ne rend pas un mauvais service à la gauche au contraire elle montre qu'elle n'est pas consciente (c'est assez grave) que son camp a du mal à parler de patriotisme, de nation et des Français sans rougir, sans avoir honte et surtout sans savoir quoi dire d'autre que parler de la France et des Français qu'il n'aime pas (les racistes, les fachos, les réacs, ...etc). Pour le réaliser, il suffit de se souvenir de la réaction des socialistes lorsque Ségolène Royal avait parlé de drapeau lors de sa campagne et de Martine Aubry s’extasiant sur la France qu'elle aime (sans se rendre compte que c'est celle des bobos) sous-entendant qu'il y en avait une qu'elle n'aimait pas.
L camp politique de Joly confond trop souvent patriotisme et nationalisme et parce qu'il ne sait plus/pas qui il est a du mal à parler de la France sans parler de l'euro, de l’Europe et du monde. C'est parce que trop souvent, elle veut dépasser la France et baby-sitter les Français (on se souvient du Care d'Aubry) que la gauche française et en particulier les socialos se couchent ou hennissent lorsque la nation et le patriotisme sont au centre du débat politique.
En somme, la polémique sur les propos de Joly était risible mais hélas les réactions des socialos et de la gauche l’étaient plus encore. Ils étaient uniquement dans l'outrage et la sur-réaction en montrant aux Français qu'ils se sentent coupable de quelque chose ou du moins responsable de ne pas pouvoir leur parler de leur pays sans se sentir sales.