Une des inventions bénéluxiennes les plus populaires est une extrême-droite post-coloniale et post-raciste (en tous cas dans sa forme), qui base son rejet des migrants sur des critères laïcs et « progressistes ». Le Vlaams Belang de Filip Dewinter en est un bel avatar flamingant et islamophobe, et Pim Fortuyn et sa LPF, Rita Verdonk et son Troots op Nederland (ToN, « Fier des Pays-Bas ») comme Geert Wilders et son Partij voor de Vrijheid en sont différentes versions néerlandaises.
Le Vlaams Belang a été le premier à savoir rassembler ouvriers flamands au chômage, commerçants angoissés, homos en cuir et juifs orthodoxes anversois contre les musulmans, alors que Jean-Marie Le Pen faisait encore des vannes lourdes sur les chambres à gaz ou le lobby juif. Dewinter arrivait déjà à mobiliser les minorités non-musulmanes flamandes avec la peur des musulmans.
Marine Le Pen s'essaye exactement à la même stratégie: elle décolonise et déblanchit son parti, pour passer d'un discours raciste, homophobe et sexiste à un discours républicain, tolérant envers les gays, les juifs et les noirs, mais très violent envers l'Islam.
La presse française hésite à qualifier d'extrême-droite Geert Wilders et son parti, parce qu'il n'est ni antisémite, ni raciste, ni homophobe. Mais c'est justement ça, la nouveauté.
Je crois que
cette stratégie de décolonisation de l’extrême droite fonctionne justement
parce que les sociétés européennes s’étant communautarisées et radicalisées, il
est plus efficace de montrer du doigt l’une d’elles justement en insistant sur
les faits que ses différences qui ont été divinisées sont un problème pour le
reste. C’est pour cette raison que le débat sur la burqa est instructif parce qu’il
met chaque société qui souhaite la bannir au nom de l'egalité des sexes (comme si elle y croyait) face à ses contradictions et surtout face au fait qu’il est
impossible pour elle de rester unie en vantant sa diversité comme si elle
voulait tout dire pour ensuite essayer de la désinfecter quand elle envoie un
autre message ou montre un visage moins esthétique.
Mais revenons au cas de Geert Wilders, le nouveau blond et
Islamophobe Hollandais, son ascension démontre justement l’échec des autres
politiquesqui, en renonçant à trop de choses, ont laissé les questions identitaires
devenir les principales questions politiques dans trop de pays Européens. Il me
semble que l’extrême-droite 2.0 surfe non seulement sur les peurs mais sur les
non-dits, la nettoyage idiot du langage politique et social qui aseptise tout
dialogue et le refus du politique de revenir à l’essentiel, aux fondamentaux, parce qu’il ne croit
pas pouvoir trouver des solutions à la paupérisation et autres complexes questions
sociales.

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