Lus sur Rue89, quelques propos d'un supporter sur la violence au Parc des Princes :
Au Parc des Princes, cela ne se passe plus trop dans les tribunes, à
cause de la vidéosurveillance. Mais chaque saison, au cours des
déplacements à l'extérieur, il y a des insultes racistes, des saluts
nazis assortis du « sieg heil », des chants… « Bleu Blanc Rouge, la
France aux Français », « Auteuil bougnouls ». A Lille dernièrement,
c'était « One, two, three… rentre dans ton pays ». Et puis, le grand
classique : les cris de singe.
Ils sont une centaine de la tribune Boulogne, avec un renouvellement
perpétuel. Depuis trente ans, les racistes s'y retrouvent toujours, ça
n'a jamais cessé. Ce racisme est à l'origine de tous les problèmes
d'aujourd'hui.
Je suis mal à l’aise
quand je lis ces phrases pour plusieurs raisons. On associe tout de suite
racisme et violence en affirmant explicitement qu’une personne raciste
au Parc des Princes est automatiquement violente. C’est une affirmation réductrice, naïve, idéologique
et surtout dangereux car il est impossible de ne pas réaliser qu’en Europe les
stades sont plus violents qu’aux Etats-Unis qui sont aussi un pays qui compte
autant de racistes qu’ailleurs. La question n’est donc celle du racisme mais du
fait les stades européens sont des zones de non-droit dans lesquels les exclus
de la société s’amusent à la narguer en s’attaquant à ce qu’elle a de plus
sacré et surtout en faisant de la transgression un sport. Un petit exemple, si
vous allez voir un match de football American à New York, ce qui vous redouter
le plus est d’être confronté à des hommes qui auront tellement bu qu’ils se
mettront à s’attaquer aux femmes et à devenir immaîtrisables mais rarement vous
n’aurez droit des violences racistes parce que justement les racistes n’ont pas
besoin d’aller dans un stade pour donner libre court à leur haine et
transgresser les règles de la société.
Il me semble qu’en Europe, être accuser de
racisme est devenu une des premières peurs de tant de gens qui ont l’impression
qu’on les empêche de parler et de dire ce qu’ils pensent parce que leurs
pensées ne sont pas propres et qu’ils ont des préjugés que la société tout de
suite considère comme des preuves qu’ils sont des néofascistes, des personnes exécrables
qui n’hésiteraient à manifester leur peur/haine de l’autre par des actes
violents. Ce que j’essaye de dire est que de nos jours, le racisme est non plus
une preuve d’ignorance mais de pestilence et de violence et qu’il n’est plus
possible de parler librement en sachant que si on dit des choses idiotes on ne
sera pas lyncher et marquer à vie du
sceau de l’hitlérisme. Je me dis souvent qu’aujourd’hui le Victor Pivert dans
Rabbi Jacob aurait fini en marge de la société parce qu’on lui aurait dit qu’il
était un petit con qui doit rester en marge de la société.
Je prends donc
des détours pour dire que l’Europe souffre du fait qu’elle a essayé désinfecter
les pensées de ses habitants en leur demandant d’être pures, de ne jamais dire ni penser certaines choses sans éduquer ou convaincre mais en leur ordonant de ne pas
oublier les dégâts que, d’après certaines personnes, la liberté de tout dire
a causé au siècle dernier. Les violences dans les stades sont un des symptômes
de ce mal et non du fait que le racisme est partout en Europe car il est aussi présent dans les coins d'Hénin-Beaumont que dans certains rues d'Abidjan dans lesquels il ne faut pas être Mossi
(Burkinabé) ou même français. Ces jeunes males qui se déchainent dans les
stades en se tapant dessus, en devenant violents, le font parce que pour une
fois, ils se disent qu’ils peuvent donner libre court à leurs pulsions les plus
animales en criant des insultes homophobes, sexistes, ou autres et en jouissant
sur le fait que ceci est une transgression qui sera impunie parce qu’elle a
lieu dans un stade avec des milliers de personnes. Les stades sont les seuls
endroits que les Européens ont pour manifester les obsessions, leurs peurs,
leurs préjugés.
Aux Etats-Unis, il suffit de regarder Fox News, d’écouter Glenn
Beck pour entendre exprimer les peurs d’une certaine Amérique qui craint
le changement le fait qu’elle est de moins en moins blanche, chrétienne,
masculine et hétérosexuelle) qui pour elle ne peut mener qu’à une « désaméricanisation ».
Les aigris des Etats-Unis , les marginaux et les va-nu-pieds peuvent écouter de
nombreuses émissions de radio de personnes qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils
pensent sur tout le sujet et d’exprimer leur frustrations et leurs préjugés en
se moquant de ce que pensent les bien pensants.
Peut-être que je
suis naïve comme le Grand Glucksmann ou trop isolée dans ma tour d’ivoire mais
je crois que vouloir nous faire que le racisme mène toujours à la violence et
que c’est le mal absolu. Bien des exemples dans la vie quotidienne montrent le
contraire. Le fait de criminaliser les préjugés et de vouloir stérilise la société
conduit a une impasse qui rend toute discussion essentielle sur des questions
fondamentales impossible puisqu’il faut toujours dire à l’autre ce qu’il veut
entre en divisant le monde en deux entre les salauds et leurs victimes. Toutes
mes réflexions m’ont menée à la conclusion que le racisme en tant que concept
abstrait est moins dangereux que l’absolutisme bien pensant qui faire croire qu’au
nom du bien, on peut tout faire et surtout interdire bien des choses. Je ne crois pas qu’il suffisait au Rwanda de détester
les Tutsis pour les tuer avec une machette mais je crois qu’il fallait croire
que cette haine était juste et justifiée et que tuer un Tutsi voulait dire se protéger, empêcher
que le Rwanda ne devienne autre chose qu’un pays Hutu. Pour revenir à notre sujet,
je ne crois pas que les hooligans en Angleterre ou ailleurs crachent sur les
joueurs qui ont une couleur de peau différente tout simplement parce qu’ils les
détestent je crois plutôt qu’ils le font parce qu’ils croient qu’ils tuent le
foot anglais et Européens en empêchant leurs pays de gagner la coupe du monde.
Je fais le pari que la même personne qui aurait cracher sur Thuram l’aurait
embrasser après ses deux buts contre la Croatie en le remerciant d’avoir permis
à la France d’accéder à la première finale de coupe du monde de son histoire.
En somme, le sport est toujours le miroir de toute une société et ses problèmes
ne sont pas foot-spécifiques mais sociétaux. Il me semble qu’il faut pour la
combattre arrêter d’idéologiser la violence dans le sport en acceptant qu’il
faut être plus qu’un raciste pour croire qu’il est acceptable de tout casser
dans un stade ou de taper sur les autres, de cracher sur les joueurs ou faire
des saluts nazis.