Nicolas Dufour a
un excellent article sur Agathe Habyarimana, la veuve qui est d’après lui embarrassante
pour les deux pays nouvellement réconciliés que sont la France et le Rwanda :
La veuve de l’ancien président du Rwanda, dont l’assassinat le 6 avril 1994 a été le déclencheur du génocide ayant fait 800’000 morts selon l’ONU, n’a, jusqu’à nouvel avis, plus le droit de quitter la France et doit se présenter chaque mois à un commissariat.
Agathe Habyarimana est accusée par Kigali d’avoir été impliquée dans l’organisation du génocide ayant principalement visé la minorité tutsie. Le Rwanda affirme en outre l’appartenance de la veuve à l’Akazu (cercle influent hutu), groupe dans l’entourage proche de son mari qui aurait préparé l’assassinat, et dont elle a toujours nié l’existence. Il réclame son extradition – une demande, toutefois, formalisée à l’automne dernier seulement.
La collusion de dates n’a échappé à personne: cette arrestation a suivi de cinq jours la visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda, où il avait brièvement rencontré son homologue Paul Kagame. Et, sans présenter d’excuses, il avait reconnu de «graves erreurs d’appréciation, une forme d’aveuglement quand nous n’avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du président qui a été assassiné»,(…)
L’apparente conséquence judiciaire de cette rencontre doit déconcerter le clan Habyarimana. En janvier encore, celui-ci s’en remettait à la justice française, relevait le journal La Dépêche diplomatique. Contestant un nouveau rapport d’expertise sur les circonstances du déclenchement du génocide, la famille Habyarimana écrivait dans un communiqué: «La justice française a débuté son enquête suite à un dépôt de plainte par une des familles des victimes françaises de l’attentat et non pas à la demande des autorités françaises. L’indépendance, l’objectivité et le professionnalisme avec lesquels la justice française mène cette enquête ne peuvent être contestés que par ceux qui sont impliqués dans cet attentat ou eux qui veulent que l’histoire du génocide rwandais continue d’être travestie.»
Ma lecture de la
situation est que tout ceci est ce qu’on appelle en Anglais « Window
dressing » juste une façon pour la France
encore une fois de démontrer sa bonne foi au régime de Kigali en « embêtant »
un peu Agathe Habyarimana tout en
sachant qu’elle est, pour des raisons d’état intouchable. Elle est la preuve vivante
des erreurs que Sarkozy a reconnu en présentant néanmoins ses regrets pour ne
pas devoir admettre qu’elles étaient non pas des péchés comme le veulent trop de
gens qui adorent voir la France à genoux mais des fautes graves. Ce que j’essaye
de dire est que la justice est instrumentalisée pour des raisons politiques et
diplomatiques afin de permettre à deux pays qui ont un passé ensanglanté de
passer à autre chose sans se déchirer, sans faire parler les morts et surtout
sans toucher des cibles qui restent intouchables pour la simple raison qu’elles
auront toujours la justification encore sacrée d’avoir servi les intérêts de la
France en mettant leur nation au-dessus de tout même de la morale.
Il me semble que
le Rwanda et la France joue ce jeu dangereux parce que certaines choses ne
pouvant être déterrées, le passé ne pouvant être véritablement reconnu, le flou
demeure et est rendu comestible pour de la repentance Sarkozysée pour permettre
à la France de revenir en force dans la région des grands lacs en rivalisant
avec les Américains, les Chinois et les autres. C’est cela que je trouve en
tant qu’avocat exécrable car on oublie la question essentielle qui est celle de
permettre aux Rwandais non pas de tourner la page au génocide mais d’avancer,
sans instrumentaliser un événement tellement douloureux que la justice devait être
neutre ou s’abstenir de s’y mêler si elle ne peut être que politique. Nous ne
saurons jamais irôle d'Agathe Habyarimana dans le génocide (ou si elle en eu un) parce qu’encore
une fois les intérêts nationaux auront été privilégiés au devoir non pas de mémoire
mais de savoir.

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