Luc Rosenzweig y était presque sur l'affaire Rushdie avant que son idéologie n'ait le meilleur de lui en le menant vers une conclusion non seulement erronée mais honteuse :
C’est peu dire que « l’affaire Rushdie » ne faisait pas celle ceux qui, à gauche comme à droite, estimaient qu’il ne fallait pas chatouiller les moustaches du tigre islamique, que ce soit au nom de la realpolitik pour les premiers, ou par exotisme révolutionnaire pour les second. La « dame de fer » se révéla bien timorée – jamais elle ne reçut Salman Rushdie au 10, Downing Street, et Ronald Reagan ne prononça jamais son nom en public. La presse tabloïd britannique de Rupert Murdoch tirait à boulets rouges sur ce bourgeois de la littérature, dont la protection coûtait une fortune au contribuable après avoir écrit des bêtises sous le couvert de la liberté d’expression. Ses amis de la gauche intellectuelle, à de rares exceptions près, comme Nadine Gordimer, Susan Sontag, ou Harold Pinter, se désolidarisent de lui. Je ne résiste pas à la tentation de citer les lignes écrites dans le Guardian, fin février 1989, par John Berger, mon voisin des alpages haut savoyards, qui s’affiche chaque année au plateau des Glières aux côtés de Stéphane Hessel comme figure de proue des « résistants d’hier et d’aujourd’hui », ceux qui considèrent que Nicolas Sarkozy est plus nuisible au genre humain que Mahmoud Ahmadinejad : « Je suggère que Salman Rushdie, s’il n’est pas captif d’une chaîne d’événements dont il a perdu le contrôle, demande à ses éditeurs dans le monde entier de mettre d’arrêter la vente des « Versets Sataniques » et de renoncer à toute réédition. Non pas cause des menaces pesant sur sa vie, mais pour protéger celle d’innocents n’ayant ni écrit ni lu ce livre. Si cela est accompli, il est probable que nombre de dirigeants et hommes d’Etat musulmans seraient prêts à condamner les pratiques d’un ayatollah terroriste édictant des sentences de mort. Sinon, nous risquons de voir éclater la première guerre sainte du 21ème siècle, avec la terrifiante bonne conscience de chaque côté. Elle surviendra, de manière sporadique ou continue dans les aéroports, les centre ville, les banlieues, partout où les gens ne sont pas protégés. ”
L’ombre gigantesque de Winston Churchill nous cachait une partie de la réalité : l’héritage de sir Neville Chamberlain, l’artisan des accords de Munich, point d’orgue de la politique d’appeasement face au Reich hitlérien se porte à merveille !
La conclusion de Cohen est problématique parce que nous ne sommes ni dans les années 30 ni 40 du siècle dernier et que l'islamisme n'est ni un fascisme ou un nazisme. Il me semble qu'hélas nous vivons dans une époque trop hantée par l'histoire pour accepter réellement comme Hannah Arendt la maxime éternelle de René Char que notre héritage n'est precédé d'aucun testament.

