Deux citations, la première de Rioufol qui aime cracher parce qu'il est un épurateur qui croit que sa salive a des effets curatifs sur les maux qu'il imagine :
Manuels Valls, qui n’est jamais aussi prolixe que quand il s’agit de défendre l’islam, s’est dit "inquiet" de découvrir la présence de fondamentalistes auprès de jeunes des cités. Il y a de quoi rester perplexe devant cet aveu. Comme il est impossible qu’il puisse ignorer les phénomènes de réislamisation qui s’observent dans une partie de la communauté musulmane, ne serait-ce qu’avec la prolifération du port du voile dans les banlieues, il faut en conclure que Valls feignait jusqu’alors de ne rien voir. Mieux : il y a quelques jours encore, il reprenait son nouveau leitmotiv : "S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République", en donnant ainsi, par l’ambiguïté renouvelée de sa phrase, de l’eau au moulin des plus radicaux qui réclament l’instauration d’un délit de blasphème au profit de l’islam. Jeudi dernier, Libération parlait d’ailleurs de "vidéo blasphématoire" à propos de l’insignifiant navet contre Mahomet, qui a causé dans la rue arabe, chez les plus fanatiques, les débordements antioccidentaux parfois meurtriers. La majorité des Français de confession musulmane est en droit de s’estimer caricaturée par ces minorités et ces fauteurs de haine, comme elle le fut par le geste criminel de Mohamed Merah. Il serait d’ailleurs souhaitable qu’elle exprime plus ouvertement le rejet de cette idéologie qui dit parler au nom de l’islam littéral.
La deuxième de Philippe Bilger qui sait faire preuve de mesure sans doute parce qu'il comprend que lorsque l’excès n'est qu'une jouissance, elle est une complaisance imbécile et sans aucun utilité :
Aussi, j'avoue avoir été déçu par les propos de François Fillon d'ordinaire mieux inspiré quand il s'agit d'enjeux de société. Comment a-t-il pu aller jusqu'à questionner, même pour la façade, le président de la République "sur le fait que le préfet de police ait toléré une manifestation de salafistes", alors qu'il savait évidemment que cette dernière avait été interdite et que le langage de Manuel Valls sur cet événement de provocation avait été ferme et sans aucune ambiguïté (Le Figaro) ?
Autant j'ai souvent jugé stérile l'appel au consensus national, par exemple sur les problèmes de justice, comme s'il n'y avait pas de profondes différences entre les philosophies de droite ou de gauche, autant je suis persuadé que beaucoup auraient apprécié réserve, retenue, soutien de la part de l'opposition car nous n'étions plus sur le terrain politique mais sur celui de l'identité de la France et de sa démocratie. Il est des combats, bien au-delà du partisan, qui appellent l'intelligence collective d'autant plus que ce ministre de l'Intérieur ne fait rien pour creuser les gouffres mais au contraire s'efforce de concilier la rigueur quand elle est nécessaire et l'apaisement quand il est possible.

