Les mots du soir sont d’Agnès Giard:
Jusqu'à la fin du 18e siècle, le statut de victime s'applique donc seulement aux personnes qui avancent au-devant de la mort et qui se sacrifient afin de devenir des héros ou des héroïnes. Mais, les mots changent, porteurs de sens parfois délétères… En offrant aux personnes sinistrées ou agressées le cocon rassurant d'un mot, il peut arriver qu'on leur fasse plus de mal qu'autre chose, sous prétexte de les déculpabiliser. «La victime, ça n'existe pas, raconte Hellena, 23 ans, violée à l'âge de 15 ans. C'est à nous de décider. Je pense qu'il y a des agresseurs, des bourreaux, des violeurs, des coupables, mais pas de victime. C'est un statut qui fout la merde. Moi, c'est ce qui m'a détruit. De 15 à 20 ans je me suis considérée comme victime, car quelqu'un m'a définie comme telle. Mais c'est finalement ce qui m'a fait le plus de mal dans ma vie, car on a beau avoir mal, souffrir, tant qu'on ne se met pas dans cette position de victime on reste combatif. Victime, c'est être déresponsabilisé(e). Donc irresponsable. Le statut de victime pour moi ne sert à rien ou alors, c'est un bon prétexte pour se complaire dans son malheur et devenir faible.»

