Je suis d'accord avec Jean-François Bayart quand il affirme ceci:
L'on se plaint souvent que les institutions sociales ne jouent plus leur rôle d' « intégration ». Larmes de crocodile puisque ceux qui pleurent sont généralement ceux-là mêmes dont les politiques publiques ont évidé lesdites institutions, ou qui les ont combattues. Il est toujours réjouissant d'entendre les patrons geindre de la faiblesse du syndicalisme, les députés de droite de celle du Parti communiste, ou les bourgeois de celle de l'école publique. Il est également sympathique de voir l'empressement avec lequel les « Français de souche » donnent leur fille en mariage à un musulman, et qui n'a eu d'égal que celui dont ils ont jadis fait preuve à l'égard des soupirants juifs. En outre, nul n'ignore que l' « intégration » des ritals, des polacks et autres portos s'est faite dans la félicité, parce qu'ils étaient « catholiques », nous dit-on sentencieusement, quitte à oublier le pogrom d'Aigues-Mortes.
Pourquoi attendre d'institutions sociales qui sont en crise dans la société française, en dehors même du phénomène de l'immigration, un rôle salvateur en matière d' « intégration » ? Et pourquoi occulter le fait que la famille, bien portante dans ses nouvelles modalités, est devenue le principal vecteur de cette dernière, ainsi que l'attestent les enquêtes démographiques ? Les Français musulmans sont des Français comme les autres, et les producteurs de la différence ne sont pas forcément ceux que l'on croit.
Le hic évidement
ici est que les fantasmes sont plus convaincants surtout plus puissants que la
difficile réalité puisque les identités et les cultures sont divinisées afin de
se vautrer dans les couches confortables du racialisme. En effet, il est
toujours jouissif de parler de français malgré soi et de refus d’intégration plutôt
que d’assumer le simple fait que dans une société radicale, il existe des
obligations pour eux qui veulent que la société demeure telle qu’elle est et
telle qu’ils croient qu’elle a toujours en parlant à tort et à travers de républicanisme
et d’universalisme sans se rappeler qu’il a toujours fallu les réalités et les
valeurs d’aujourd’hui n’ont pas été imposées mais qu’il y a bien eu des conquêtes
qui se sont faites en gagnant des batailles intellectuelles et idéologiques. Il
est navrant de se rendre compte que ceux qui se disent défendeurs de Voltaire
ne tolèrent rien d’autres que ceux qui leur tendent la papatte en refusant d’utiliser
leurs méninges pour affronter leurs adversaires.

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