Caroline Fourest sur Eric Zemmour et les « dérapages racistes »:
A l'époque, le goût douteux pour la comptabilité ethnique consistait à
compter les journalistes juifs sur une station de radio. Quant à
Frêche, son truc serait plutôt de compter les footballeurs noirs.
Dans
les trois cas, plus l'émotion est grande, plus nos valeureux
statisticiens sont sûrs d'engranger des soutiens parmi les amateurs
d'évidences chiffrées et de francs-parlers. Ben quoi, c'est pas vrai ?
Il y a beaucoup de Noirs dans l'équipe de France, beaucoup de juifs dans
les médias et beaucoup d'Arabes et de Noirs dans les prisons ! Alors
quoi, on peut plus rien dire ?
On peut. Mais tous les racismes
commencent ainsi. Le problème réside moins dans la mentalité racialiste
et comptable de ces raccourcis que dans ses "non-dits" : les fantasmes
qu'ils suggèrent.
Oui, il y a de nombreux joueurs noirs en équipe
de France. Mais pourquoi le relever ? Si ce n'est pour sous-entendre
qu'un joueur noir ne représente pas aussi bien la France qu'un joueur
blanc. Oui, de nombreux journalistes de talent sont juifs. Mais pourquoi
le relever ? Si ce n'est pour sous-entendre que le fait d'être juif -
et non le fait de venir de familles diasporiques misant sur la culture -
favorise la vocation médiatique ?
Je trouve cette sacralisation de la pensée, du
langage en faisant croire que penser est agir et que parler tue toujours est dangereuse et explosive. Je crois que le racisme
c’est plus que les petites phrases et des préjugés. Le racisme devient
insupportable quand il mène à des actes. Sur cette question, je suis absolument Américaine. Je ne crois pas que
la société veut censurer parce qu’elle ne sait plus éduquer, dialoguer et
convaincre. Fourest fait un lien entre Frêche et Zemmour, en faisant d’eux des
personnes qui disent des choses intolérables par calcul, parce qu’ils expriment
ainsi des préjugés qu’ils ont et que cela veut dire qu’ils ne sont pas normaux
mais exécrables. Je trouve cet argument petit et surtout démagogique. Je me
fous totalement du fait que Frêche ou que des français pensent/penseraient qu’il
y a trop de noirs dans l’équipe de France parce que je crois que c’est une réaction
humaine car je sais que beaucoup de citoyens de pays africains comptent les métis
qu’il y a dans leur équipe de foot et les membres de certaines ethnies.
Ce qui m’importe
ce sont les actes et je suis plus choquée par le fait que les Français aient
laissé se créer dans leur pays le ministère de l’immigration et de l’identité
nationale alors que des personnes comme Simone Veil trouvait cette association
entre ces deux notions insupportables. Je trouve qu’en France et ailleurs on
aime trop les chasses aux sorcières parce qu’elles sont palpitantes et
permettent de faire croire que le monde est simple et les gens clean. Hier, un déséquilibré qui n’a
pas toute sa tête affirmait en croyant me faire un compliment que j’étais une « noire
intelligente » et je me suis dit que ce fou ne comprend pas que justement
le tort de notre nouveau monde est d’interdire aux personnes d’avoir une
individualité, en les communautarisant et en leur mettant dans des catégories
à cause d’une couleur de peau.
Contrairement à Fourest, je ne trouve pas ni Frêche
ni Zemmour dangereux, je trouve ceux qui les combattent comme Pascal
Praud le journaliste bien pensant qui sur le plateau de l’Objet du Scandale
insistait avec une jouissance nauséabonde sur le mot « black » comme pour insister que cela voulait dire être
différent et ne pas être comme les autres mais avoir une forte physique
extraordinaire et donc être un footballeur talentueux à tout prix. Je crois l’avoir
dit à plusieurs reprise, j’aurais voté Frêche sans honte si j’avais pu parce
que je crois que le Parti Socialiste joue les puceaux qui découvrent que le
sexe n’est pas propre, que les Français d’une certaine génération, d’un certain
milieu pense des choses pas très à la mode. Rappelons-nous de l’incident
de Chirac qui demandait à un « non-blanc » d’où il venait persuadé qu’il allait lui dire
d’autre part qu’une ville française, d’Hortefeux
et les auvergnats, de tas d’autres gens. Cette réalité n’est pas choquante,
il est dérangeante mais elle doit être changée non pas en appelant l’état papa
pour taper sur les mal-pensants mais en insistant sur un dialogue sans tabous
des deux côtés
qui permettraient non pas de revenir sur le passé mais de parler du présent et
du vivre ensemble.
Les propos racistes, les dérapages sur les autres,
ceux qui ne nous ressemblent pas existeront toujours. Il faut combattre les actes, le confort et la banalité qui s’installent lorsque des propos
incultes sont idiotement censurés ou provoquent une hystérie pavlovienne alors
que le silence permet de confronter les préjugés en exposant une réalité qui éclaire avec son effrayante complexité. Les personnes ne sont des anges et leur demander de faire sembler est inutile et surtout religieux, cependant il faut recentrer ces questions sur les actes et sur le fait que mal penser n'est quasiment jamais aussi salopard que mal agir. Il faut donc non pas censurer, nettoyer la pensée et le langage mais éduquer, convaincre et surtout mettre l'accent sur la quintessence du geste ou
du fait d’agir ou de refuser d’intervenir
pour faire mal à l’autre ou laisser qu’on lui fasse mal.
Peut-être idiotement, je
continue de penser que ceux qui ont aide des gens qui ne leur ressemblent pas
durant des moments où ils
sont persécutés ne sont pas ceux qui pensent mieux que les salauds mais ceux
qui se disent que penser une chose ne veut pas dire accepter de devenir un
monstre ou un dieu. Abraham Lincoln n’a pas « émancipé » les esclaves
parce qu’il était un bon pensant mais parce qu’il était un patriote et qu’il
pensait qu’il était indigne pour son pays d’esclavager des créatures dont il
doutait de l’ «américanité» puisqu’il voulait qu’ils retournent tous
en Afrique. Il faut cesser de culpabiliser ceux qui pensent «mal» en leur faisant comprendre que mal penser n'est jamais une excuse pour mal agir en se croyant au-dessus des lois.
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