Pour Denise Bombadier, toute femme qui porte la bura/le niqab est une combattante fondamentaliste et ne peut devenir une Québécoise:
Cette semaine, une immigrante égyptienne recouverte du niqab est venue devant les médias répandre ses états d'âme après s'être expulsée d'un cours de français au cégep Saint-Laurent, où les autorités exigeaient qu'elle se dévoile en classe. Il est important d'insister sur le fait qu'elle s'est elle-même expulsée et non le contraire, comme on l'a répété partout. Car cette combattante fondamentaliste qui déclare être «modérée» a choisi de s'exclure d'une exigence de la société qui l'accueille. Notons au passage la patience à la limite du tolérable des responsables du cégep et des autorités gouvernementales, qui ont négocié durant des mois avec elle pour tenter de lui faire entendre raison.
«Ils ont détruit mes rêves», a déclaré cette semaine à la presse la victime présumée d'un Québec à ses yeux destructeur de rêves. Dans une mise en scène digne d'une tragicomédie, entourée de son mari («Si je parle à sa place, on va m'accuser de la dominer», a-t-il dit) et de deux de ses bambins, elle a confié sa peine et son traumatisme allant jusqu'à la dépression, a-t-elle précisé.
Sait-elle, madame Niqab (quand on n'a pas de visage, on n'a pas de nom), le nombre de femmes québécoises qui ont vu, dans un passé pas si lointain, leurs rêves brisés par l'inégalité dans laquelle les maintenait la société? Sans droit de vote, obligées de recourir à la signature de leur mari dans plusieurs cas, sans droit d'accès à des clubs privés et autres lieux réservés aux hommes, discriminées dans l'accès aux professions, décrites comme objets de péché pour les hommes du haut des chaires de milliers d'églises d'un Québec traditionnel. Les Québécoises (et sans doute leur mari, leur conjoint, leurs fils et leurs amis) n'accepteront jamais de croiser des ombres à l'allure inquiétante, même si les chartes confirment un jour la légalité du port du niqab.
Je suis choquée
non pas par l’intolérance des phrases de Denise Bombardier mais leur
absolutisme et leur condescendance sexiste. Il me semble qu’ici la combattante
fondamentaliste n’est pas « l’immigrée égyptienne » mais bien
Bombardier qui refuse au nom des « Québécoises » de ne serait-ce que considérer
la possibilité que cette égyptienne ne se résume pas à son vêtement et qu’il
est possible pour une Québécoise ou même tout simplement une femme qui n’a pas
l’intellect de Denise Bombardier de faire des choix qu’elle jugent
injustifiables mais qu’elles considèrent comme étant tout simplement les siens.
Les femmes ont-elles le droit à l’individualité ? Surtout peut-on un
instant accepter que le choix d’une femme aussi condamnable, égoïste ou absolu
soit-il ne remet pas en question les droits de l’être humain ? Il me
semble que véhiculer sans réflexion, sans analyse le principe qu’une femme est définie
par ce qu’elle porte est non seulement intégriste, réfractaire mais odieux et
dangereux. Cela remet en cause « l’égalité » entre les genres et
surtout mènent à d’autres réflexions dangereuses sur la possibilité par exemple
pour une femme d’être responsable de son propre viol en choisissant de s’habiller
d’une certaine façon. Il me semble que nous vivons dans un monde dans lequel on
considère qu’ayant donner aux femmes un peu d’émancipation elles doivent se
faire endoctriner par les uns ou les autres afin de ne jamais oublier qu’elle
est toujours un objet, qu’elle est toujours le symbole de quelque chose et par conséquent
ne doit jamais travestir certains principes absolus. Il me semble que cette
vision du monde, celle que Bombardier semble partager en excluant «Madame Niqab,» comme elle appelle avec une suffisance non voilée de la catégorie des potentielles Québécoises, est celle qui motive les crimes d’honneur
car après tout si une femme est toujours un miroir ou un joujou, elle a intérêt
à ne jamais humilier les autres même si cela veut dire s’actualiser.

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