Gluckmann, qui
avait cru avec une naïveté teintée d’amour
propre aux promesses de Sarkozy de ne pas avoir les mêmes relations que Chirac
avec la Russie en faisant le choix ignoble d'ignorer ses violations des droits de l’homme et surtout en
affirmant avec uneéloquence Guainoniene que la politique étrangère de la France désormais tiendrait compte de ceux-ci
(des droits de l’homme), réagit
au « virement » de Sarkozy sur la question russe :
Reste que je ne critique absolument pas le réalisme en politique. Ce que je reproche, c'est au contraire le manque de réalisme, ce sont les illusions que l'on se fait, depuis que Margaret Thatcher a caressé dans le sens du poil Gorbatchev. Elle a eu raison, cela a eu un effet remarquable. Depuis, les lauriers de Thatcher obsèdent, comme un fantasme absolu, les officiels occidentaux. Au début de sa législature, Bush a regardé Poutine droit dans les yeux et a apprécié son âme au point de voir en lui un "good guy". Blair a porté le même Poutine sur les fonts baptismaux avant même qu'il ne soit président en sortant avec lui à l'opéra. Sans parler de Schroeder, qui, lui, s'est fait tout bonnement acheter – les autres ne sont pas allés jusque-là. Chirac, qui a décoré Poutine de la Croix de la Légion d'honneur, s'est également fait beaucoup d'illusions. Elles touchent, à droite comme à gauche, tous les dignitaires occidentaux. C'est le même scénario avec Sarkozy. Ce que je critique, ce n'est pas seulement l'illusion que les officiels occidentaux ont sur les dirigeants russes, mais aussi une illusion plus profonde sur leur capacité à déterminer, de leur bureau, la politique de la Russie. Ils ne veulent pas voir qu'en réalité c'est Moscou qui nous dirige.(…) Les relations d'affaires ne devraient pas cultiver la naïveté, car celle-ci coûte très cher. Cela montre, et c'est mon hypothèse, que ce ne sont pas les histoires de gros sous qui motivent Sarkozy, mais le mythe du "reset", de la remise des cadrans à zéro, qu'il partage avec Blair, Bush, Chirac et Obama. On fait comme si rien ne s'était passé depuis la guerre froide. Or, depuis la guerre froide, s'est affirmée une certaine tendance en Russie : Poutine et Medvedev tiennent à exercer une influence sur les pays proches, quitte à traverser les frontières, à annexer une partie de leur territoire…
Il me semble que c’est André Glucksmann ici qui est un naïf parce qu’il a cru véritablement que Sarkozy adopterait sa vision du monde en oubliant les intérêts de la France et en ne faisant pas de realpolitik alors que tous les présidents français ou étrangers apprennent très vite à se passer des droits de l’homme lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts vitaux de leur pays. En lisant la réaction de Glucksmann, il n’est pas difficile de comprendre que ce dernier aime le rôle d’outsider, d'intellectuel qui détient la vérité et doit évangéliser le monde en tenant pas compte de l'échec. Glucksmann est surtout tombé sous le charme de Sarkozy comme un professeur tombe sous celui de son élève le plus futé. C’est pour cette raison que quoi qui arrive, Glucksmann va continuer de croire en Sarkozy en se disant qu’il lui ressemble trop pour ne pas finir par croire en ses idées et adopter sa vision du mode et que surtout convertir Sarkozy serait l'exploit de sa vie d'intellectuel puisque cette conversion donnerait un sens à son combat lorsqu’on est le gourou du roi, on n’a plus besoin de ses sujets.

Commentaires