Franck Nouchi sur
les demi-excuses de Sarkozy au Rwanda :
Auparavant, M. Sarkozy avait inscrit sur le livre d'or du mémorial consacré aux victimes : "Au nom du peuple français, je m'incline devant les victimes du génocide des Tutsi."
(…)Il faudra encore du temps pour que la France accepte d'affronter toutes ses responsabilités. Ce sera pour elle une manière de répondre à ce que disait Jeannette Ayinkamiye à Jean Hatzfeld : "Je ne crois pas ceux qui disent qu'on a touché le pire de l'atrocité pour la dernière fois. Quand il y a eu un génocide, il peut y en avoir un autre, n'importe quand à l'avenir, n'importe où, au Rwanda ou ailleurs ; si la cause est toujours là et qu'on ne la connaît pas."
Mon sentiment est que tout ceci est trop théâtral, trop calculé, trop bling bling, trop politique pour être non seulement authentique mais utile. Je ne dis pas que la France n’a pas de problèmes avec sa conscience sur beaucoup trop de sujets (comme toutes les pays du monde surtout lorsqu'ils ont été des puissances mondiales) mais juste que les excuses, les regrets, les autres trucs religieux c’est du bruit pour noyer les responsabilités présentes et futures dan un passé qui est certes affreux mais derrière-nous (les morts ne sont peut-être pas morts mais ils sont impuissants car ils ne sont que de simples spectateurs). Je me demande en somme si les Rwandais n’ont pas besoin plutôt que la France soit moins paternelle avec eux aujourd’hui et que surtout elle les aide à prendre en charge leur destin non pas avec de la charité mains des partenariats justes entre égaux. Peut-être trop cyniquement et rationnellement, je considère que les « excuses » lorsqu’elles sont formulées au nom de tout un peuple ou d’une nation sont stériles et aussi sans importances parce qu’elles ne veulent rien dire et surtout parce que la seule chose qui est vraiment dite le passé aurait dû être différent. Obstinément, je suis restée attachée à cette expression de Jorge Semprun sur le fait qu’il n’y avait pas de devoir de mémoire mais de devoir de savoir et il me semble que les excuses, le fait de s’incliner fait croire qu’il suffit juste de se souvenir sans savoir, sans comprendre qu’aujourd’hui non pas que ce passé est dépassé mais qu’il ne peut-être effacé en changeant le présent et l’avenir. Sarkozy a parlé au Rwanda du passé pour ne pas leur parler de leur présent et leur avenir. Il me semble qu’il ne lui manque plus qu’à s’incliner au nom du peuple français pour l’esclavage, la colonisation, la guerre d’Algérie , sa visite au Niger, son discours de Dakar pour que nous devenions totalement amnésiques et que le présent et le futur deviennent inintéressants. Henri Guaino va devoir apprendre à aimer le goût de ses chapeaux.

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