Décidément, Alain Badiou ne se résout pas à l’idée prévalente que le communisme a échoué et qu’il faut pour les penseurs comme lui qui ne peuvent se résoudre au capitalisme inventer autre chose. Morceau choisi de son article dans le Monde :
Le témoin-clé de ce que nos sociétés sont évidemment in-humaines est aujourd'hui le prolétaire étranger sans papiers : il est la marque, immanente à notre situation, de ceci qu'il n'y a qu'un seul monde. Traiter le prolétaire étranger comme venant d'un autre monde, voilà la tâche spécifique dévolue au "ministère de l'identité nationale", qui dispose de sa propre force de police (la "police aux frontières"). Affirmer, contre un tel dispositif de l'Etat, que n'importe quel ouvrier sans papiers est du même monde que soi, et en tirer les conséquences pratiques, égalitaires et militantes, voilà un exemple type de morale provisoire, une orientation locale homogène à l'hypothèse communiste, dans la désorientation globale à laquelle seule sa réinstallation pourra parer.
La vertu principale dont nous avons besoin est le courage. Cela n'est pas universellement le cas : dans d'autres circonstances, d'autres vertus peuvent être requises de façon prioritaire. Ainsi à l'époque de la guerre révolutionnaire en Chine, c'est la patience qui a été promue par Mao comme vertu cardinale. Mais aujourd'hui, c'est incontestablement le courage. Le courage est la vertu qui se manifeste, sans égard pour les lois du monde, par l'endurance de l'impossible. Il s'agit de tenir le point impossible sans avoir à rendre compte de l'ensemble de la situation : le courage, en tant qu'il s'agit de traiter le point comme tel, est une vertu locale. Il relève d'une morale du lieu, avec pour horizon la lente réinstallation de l'hypothèse communiste.
Je vais dire une chose qui peut sembler méchante mais qui je le crois est tout simplement lucide même si je l’avoue elle est lucide : je crois que les idées d’Alain Badiou ne deviendront vraiment influentes que lorsqu’il sera mort. La raison pour cette boutade est qu’aujourd’hui il empêche par sa personnalité trop de gens à ne s’occuper que de ses pensées en transcendant son côté je n’ai jamais eu tort puisque je reconnais que je n’ai pas toujours eu raison. Pour revenir à son appel au courage du présent et à son argument sur l’hypothèse communiste, je crois qu’il est vrai qu’hélas l’histoire est un éternel recommencement et que très peu d’idéologies politiques sont enterrées surtout lorsque le présent rend nostalgique (revoilà ce mot influent) ou ne répond ni aux attentes ou aux besoins d’une population importante. La question est toujours celle de savoir si les échecs du passé ne montre pas justement que l’erreur est tomber tellement fou amoureux d’une idéologie ou d’un idéal qu’il ne devient plus possible de repenser les choses et faire du neuf en ne servant que des parties non avariés du cadavre communisme. Ce que j’essaye de dire est que parce qu’il a du mal à changer ou à évoluer, Badiou est un Fukuyamiste dans le sens où pour lui la fin de l’histoire c’est non pas la victoire de la démocratie/capitalisme mais de la supérieure idée communiste.

Commentaires