J’ai vu Invictus,
il y a plus d’un mois et je dois avouer avoir aimé le film bien que j’ai été déçue
par son manque de profondeur et le fait que Clint Eastwood n'est pas pris de risques pour faire un film conventionnel. En lisant la critique de Mona Chollet
je comprends pourquoi :
(…)le thème eastwoodien du « héros solitaire » — au risque de donner l’illusion que Mandela a vaincu l’apartheid tout seul. L’intéressé écrit pourtant dans ses mémoires qu’il se considère comme « la somme de tous ces patriotes africains disparus avant [lui] »... Intégrée à l’univers farouchement individualiste du réalisateur, la chute du poème Invictus, « Je suis le maître de mon destin / Je suis le capitaine de mon âme », se teinte d’un sens bien différent de celui qu’elle pouvait revêtir pour un prisonnier tenant tête à ses geôliers.
L’action politique qui consiste, non pas à « inspirer » le peuple (le grand mot de Mandela dans le film), mais à prendre des décisions concrètes pour le bien commun, n’a aucune place dans cette configuration. Détail significatif de cette vision dépolitisée : le personnage de Mandela, jugeant son salaire de président trop élevé – toujours « donner l’exemple » –, décide, non pas de le réduire, mais d’en verser une partie à des œuvres de bienfaisance… Surtout, Invictus montre sa tâche à la tête du pays comme une suite de réunions interminables avec des technocrates, d’obligations diplomatiques et protocolaires vides de sens. Sa nouvelle passion pour le rugby lui offre des occasions d’échapper à cet univers formel et ennuyeux, suscitant la complicité bienveillante du spectateur : tel un gamin faisant l’école buissonnière, il veille plus tard que ne le lui a recommandé le médecin pour suivre un match à la télévision ; il interrompt son travail avec son assistante pour lui demander de lui faire répéter les noms des Springboks, qu’il veut connaître par cœur. Et quand il s’échappe en hélicoptère pour aller saluer les joueurs à la veille de l’ouverture de la Coupe du monde, il leur glisse, espiègle : « Parfois, en tant que président, j’ai le droit de faire ce que je veux ! »
En fait en regardant le film, on comprend pourquoi l’Amérique est
Obamanienne aujourd’hui après avoir été Reaganienne, elle est religieuse. Elle croit donc plus en l’inspiration, en des choses qu’elle ne voit mais qui
croient-elle la fait aller de l’avant plus qu'aucune action imperfaite de politiques imparfaits. Clint
Eastwood et beaucoup trop d’Américains n’aiment vraiment les politiques que
lorsque comme les prêtres le Dimanche ils se contentent d’inspirer sans essayer
de faire, d’agir, de bousculer les choses en leur donnant les
armes, la force pour changer leur destin tout seuls. Eastwood a fait de
Mandela est un héros américain, quelqu’un de solitaire qui sait qu’il ne peut
qu’inspirer et que surtout le grand mal est d’essayer de trop en faire en
refusant le plus important: le symbolique. Cela ne me gène pas mais c'est juste une erreur histoire. En faisant cela, Eastwood et Freeman ont
fait du tort à Nelson Mandela parce que ce dernier, au contraire, a refusé de se cantonner au
symbolique et de croire qu’il pouvait tout faire tout seul parce qu’il était devenu
un dieu, un personnage intouchable de son vivant. Il suffit de regarder les
actes de ceux qui l’ont suivi, Thabo Mbecki et aujourd’hui le Berlusconi
Sud-Africain Jacob Zuma et pour comprendre que la seule raison pour laquelle
justement l’Afrique du Sud ne tombe pas c’est parce que Mandela a fait plus qu’inspirer
et qu’il a été ses concitoyens à semer les graines qui font de leur nation une
dont les institutions peuvent supporter (pour combien de temps ?) les affligeantes imperfections de sa classe dirigeante.

"En faisant cela, Eastwood et Freeman ont fait du tort à Nelson Mandela parce que ce dernier, au contraire, a refusé de se cantonner au symbolique et de croire qu’il pouvait tout faire tout seul parce qu’il était devenu un dieu, un personnage intouchable de son vivant". Ceci explique sans doute le fait que Mandela n'ait pas fait de commentaires a l'issue du visionnage priv du film... Freeman semble en avoir beaucoup souffert. JPF
Rédigé par : JPF | lundi 15 février 2010 à 08H08