Fascinante analyse de Sylvain Besson sur Suisse, la France et la glorification par certains de la culture de résistance française qui est d’après lui devenue une maladie:
"On n'a pas de culture politique en Suisse, on n'a pas de culture de résistance. " Cette remarque proférée l'autre jour par Dominique Ziegler, fils de Jean, le sociologue tiers-mondiste le plus connu de Suisse, m'a frappée. Elle éclaire une différence fondamentale entre nos deux pays: si la Suisse n'a pas de "culture de résistance", la France l'a développée d'une façon outrancière qui est aujourd'hui au coeur du, ou des malaises français.
Car la culture de résistance, c'est quoi? D'abord, s'opposer instinctivement à toute réforme, à tout changement, assimilé à une agression contre le "modèle social". La Constitution européenne? C'est non, parce qu'elle menace les services publics (vous pouvez trouvez n'importe quel autre argument - elle met en péril le droit à l'avortement, etc.). La réforme de l'hôpital? C'est non, parce que le dispensaire de mon coin risque de fermer. La réforme du lycée? Non, parce que l'enseignement de l'histoire, ou les valeurs républicaines sont en jeu. Réforme des taxis, des retraites? Non, non et non. A force de résister, la France est devenue un pays de Neinsager (ceux qui disent non, expression suisse).
Face à ces oppositions, le gouvernement est très souvent mal à l'aise, à cause de la charge sacrée du mot résistance. La France moderne est fondée sur lui - sur le mythe d'un pays refusant opiniâtrement l'occupation nazie.
Si Besson n'a pas
tout a fait tort, il est cependant intéressant de se poser une question qui
reste essentielle parce qu'elle est existentielle : la France n'est-elle obnubilée par sa culture de résistance
justement parce qu'elle ne sait plus qui elle et surtout pare qu' étant donc. incapable
de se définir elle a besoin de s'opposer pour se sentir vibrante, puissante et indispensable ? Il suffit de se rappeler du désastre du débat sur l'identité
nationale pour comprendre que le sujet fait peur surtout parce que peut-être il
n'existe plus de réponses possibles sans reniement/renoncement/transfiguration
de quelques éléments/aspects du passé, du présent et de la grandeur française définie, il y a si longtemps, par le Général.

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