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dimanche 31 janvier 2010

Commentaires

Hady Ba

Je sais que le simple fait de répondre à cette critique pourrait me faire classer dans la catégorie "des Africains (...)juchés sur leur « dignité d’homme noir »" mais sérieusement quel sens cela a-t-il de généraliser à ce point sur l'Afrique? Cette phrase : "l’Afrique travaille à sa recolonisation" n'a pas de sens parce que l'Afrique n'existe pas en tant qu'entité homogène. Les évolutions depuis 1960 du Bénin, du Sénégal, de la Guinée ou du Cameroun ne sont pas identifiables. Si le livre de Smith ne fait pas ces distinctions élémentaires, je ne vois pas comment on peut le prendre au sérieux.

Christelle

Cher Hady Ba, cet extrait vient de l'introduction du livre de Stephen Smith et lorsqu'il utilise l'expression "Africains" il parle non pas d'une race ou de gens qui n'ont pas de différences mais de personnes qui viennent d'Afrique ce qui inclut des personnes qui ont la peau noir, la peau blanche, et qui viennent du Maghreb. Le livre de Smith est pertinent et surtout de mon point de vue indispensable parce qu'il pose des questions que trop de gens ne se posent plus parce qu'ils aiment se sentir victimes de l'histoire, du passé, ou de complots du présent qui les maintiendraient dans ce que Sékou Touré et d'autres illuminés appelaient la dignité de la pauvreté. Je vous conseille de lire Smith et de critiquer son livre quand vous l'aurez lu car en effet celui-ci n'est pas parfait et mérite bien des critiques mais celle d'ignorance n'est pas fondée.

Hady Ba

Bonjour Christelle,

Je n'étais pas en train de racialiser le débat et quand je parle de "des Africains (...)juchés sur leur « dignité d’homme noir »", je ne fais que citer Smith. Le reproche que je fais à Smith n'est pas non plus celui d'ignorance. La critique que je lui fais est de manquer de rigueur analytique. Smith ne me semble finalement pas différent de Ziegler qui fait des Africains des victimes innocentes: l'un et l'autre utilisent une catégorie trop vaste pour décrire une réalité complexe. Je ne prendrais pas au sérieux une analyse qui expliquerait la richesse de tous les pays européens par une cause commune, la même rigueur me parait un minimum quand on parle de pays africains dont les trajectoires post-coloniales ne sont pas les mêmes.

Et au fait, j'avais lu le livre de Smith à sa sortie en 2003

Christelle

Cher Hady,
Un bon point pour vous et j'espère que je ne vous donne pas l'impression que j'essaye de vous faire la leçon.
Cependant, pouvons-nous au moins nous en entendre sur le fait que Smith a raison et qu’il y a, hélas, une africanisation trop commune de « l’homme noir » qui explique par exemple que Barack Obama est considéré non seulement comme noir mais aussi comme un « africain» par trop d’africains alors qu’il est métisse, qu’il a été élevée par des grands-parents « blancs » et qu’il n’a visité le Kenya (qui n’est pas « l’Afrique ») que quelques fois ? Certes, Smith parfois manque de rigueur dans son analyse mais je crois que c’est sans aucun doute parce qu’il connaît tellement bien son sujet qu’il a tendance qu’à se cantonner à ce qu’il voit sans aller au-delà justement parce qu’il sait le mal que fait le déni de la réalité à ceux qui font de leur soi-disante africanité une identité qui ne doit jamais être questionné. Pour être proche (peut-être trop) de la question, je suis d’accord avec Smith sur ce constant appel à la dignité de l’homme noir est nocif et surtout je crois que sans cesse faire de l’Africanité une excuse pour refuser un devoir d’inventaire et de faire de ce qui marche est un des problèmes qui minent les « Afriques » et les « africains. » On peut se chamailler sur le langage de Smith et sur ses approximations et les limites de son analyse mais il serait difficile de dire qu’il n’a pas le doigt sur quelque chose de juste.
Dans son bouquin, il parle de Thabo Mbeki et ses propos sur le Sida, que dirons-nous aujourd’hui de Jacob Zuma et du fait qu’il brandit sa culture Zulu comme une justification de sa polygamie et de son attitude envers les femmes en affirmant sans honte que ceux qui osent le critiquer font preuve d’arrogance parce qu’ils croient que leur culture est meilleure que la siennes ? C’est de cela dont Smith parle. Comment pouvons-nous justifier le fait que des personnes adorent Dadis Camara juste parce qu’il humilie « les blancs » sans penser qu’il fait surtout mal à ses compatriotes ? Cela fera 50 ans cette année que la plus part des pays « africains » sont indépendants, peuvent-ils réellement dire que ce sont les autres qui sont responsables du fait non que rien ne marche chez eux ou qu’ils sont pauvres mais plutôt que les choses progressent difficilement sur les terres et que les générations futures devront tout refaire.
Pour toutes ces raisons, je pardonne volontiers à Smith ses imperfections parce qu’il commence au moins à reconnaitre certaines réalités indéniables et c’est déjà beaucoup.

Hady Ba

A vrai dire, je suis d'accord avec la plus grande partie de ce que vous dites dans votre réponse. Bien sûr, ni Obama, ni Marie Ndiaye ne sont des africains, bien sûr que Dadis Camara est un psychopathe et bien sûr que Zuma est à bien des égards méprisable. Cela dit, même si je ne comprend pas trop l'expression "dignité de l'homme noir" parce qu'il me semble que la dignité devrait être l'apanage de tout homme, je ne vois pas comment ce concept pourrait être contradictoire avec le devoir d'inventaire.

De plus, vous écrivez: "Comment pouvons-nous justifier le fait que des personnes adorent Dadis Camara juste parce qu’il humilie « les blancs » sans penser qu’il fait surtout mal à ses compatriotes ?" Ce soutien est bien évidemment injustifiable mais votre question laisse entendre qu'il est généralisé alors qu'il est le fait d'une poignée d'opportunistes défendant des intérêts privés.

Christelle

Cher Hady,
Notre discussion avance. C'est parce que je pense que malheureusement trop de leaders sont des « Dadis Camara » dans trop de coins du monde (ce n'est pas une particularité africaine, Chavez est un exemple) utilisent les "sentiments" des masses et l'identitaire pour camoufler ou occulter le fait qu'ils ne font rien pour elles, bien au contraire. C'est cela qui est rageant car il me semble que l'accent est trop souvent mis sur des questions secondaires pour oublier le fait que des erreurs capitales ont été faites après et continuent d'être faites en se plaignant de l’autre et en affirmant qu’il exploite et qu’il doit, devra toujours quelque chose à sa victime parce qu’il a esclavagé, colonisé et enfin profite de ses ressources naturelles. Je ne sais pas mais je préfère que les millions de jeunes qui vivent sur le continent africain grandissant en ayant ne serait-ce que l’illusion qu’ils peuvent faire changer leur avenir ou lieu de continuer comme leur ainé et se lancer dans des combats stériles en espérant tirer le maximum de la « culpabilité » de l’ « autre. » Il me semble que les générations futures doivent avoir le courage de juger leurs ainés, de faire un bilan sévère et d’afin comprendre que le présent et le futur sont entre leurs mains au lieu d’écouter les vendeurs d’illusion qui leur parle du passé, de malédiction et du fait que rien ne peut se faire sans charité, sans l’aide de l’extérieur, et surtout sans idolâtrer de faux prophètes.

Hady Ba

Chère Christelle,

Je suis pleinement d'accord avec vous. Ayant grandi au Sénégal et n'ayant jamais eu l'impression que le destin de notre pays avait été modelé par rien d'autre que les décisions et les compromissions de mes ainés et, à présent de ma génération, je ne pense pas que cette idéologie du ressentiment soit aussi répandue que l'on ne semble le croire hors du continent. C'est un discours de littérateurs et d'intellectuels exilés à destination d'un public externe. Des hommes comme Dadis Camara, Mugabé ou même Wade me semblent des vestiges du passé que nous balayerons. Après, je ne suis pas non plus naïf, je sais que si Biya peut assassiner deux cent manifestants en 2008 lors des émeutes de la faim sans que ça ne soit même mentionné dans la presse internationale, ça veut dire que de puissants intérêts économiques empêchent l'évolution dans certains pays. Mais cela n'est pas vrai pour tous les pays africains, ni ne signifie que le pouvoir de Biya est immuable. Le seul reproche que je faisais à Smith, c'était de ne pas suffisamment faire ce genre de distinctions parce que sans elles (ces distinctions), nous sommes voués à un affrontement stérile entre tenants de la culpabilité occidentale (quoi que ce mot signifie) et tenants du « suicide africain » selon l'expression de Kabou.

PS: Désolé d'avoir été si long!

Christelle

On se comprend bien Cher Hady et c'est l'essentiel. Vous pouvez prendre tout l'espace pour dire ce que vous pensez. Je crois qu'il est essentiel comme nous le faisons de discuter sans complaisance et en faisant tomber les faux tabous.
Smith ici n'est qu'un vaisseau et donc je vous remercie de prendre le temps de m'expliquer ce que vous pensez tout en respectant mes opinions. Merci, cher Hady!!!

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