Le pire, c’est que, pour faire passer la pilule de cette non-décision, on fait des petits cadeaux avec de nouveaux jours fériés, l’Aïd pour les musulmans, Kippour pour les juifs. Jusque-là, des arrangements raisonnables permettaient à chacun de pratiquer sa religion ou de manifester son appartenance sans manquer trop ouvertement à la laïcité – et j’en ai, écolière puis salariée, largement bénéficié. Fallait-il transformer ces arrangements en règle, ce que personne ne réclamait ? Au lieu de porter un coup d’arrêt aux communautarismes, on propose que tous soient égaux devant la loi. Bien joué.
Que penseront l’actrice algérienne Rayhana et ceux qui l’ont agressée ? Quel message adressons-nous à l’imam de Drancy qui s’était prononcé pour l’interdiction, et aux islamistes qui le menacent ? Les filles de “Ni putes ni soumises” qui ont manifesté en burqa devant le siège du PS et qui seraient inspirées d’en faire autant devant celui de l’UMP, le savent bien : le refus de l’islam radical, c’est d’abord à nos compatriotes musulmans que nous le devons. On nous dit qu’ils se sentent tous stigmatisés: il est assez incohérent d’affirmer en même temps que la burqa concerne une infime minorité et que son bannissement stigmatiserait tous les Français musulmans.
J’aimerai être d’accord
avec Lévy mais je pense qu’elle se trompe de sujets pour mener un combat essentiel. Je suis contre l’interdiction
de la burqa. Je crois que c’est une décision facile qui fait encore
une fois du corps des femmes non seulement un enjeu religieux mais politique.
Une femme a le droit de choquer avec son corps, de le« chosifier »,
de l'exhiber, de le cacher ou d’en faire un objet de provocation. Il me semble
que si la question est de lutter contre l’obscurantisme et contre l’extrémisme
religieux qu’il soit Musulman ou autre, il suffirait de faire une loi
interdisant toute religion en France qui discrimine entre les hommes et les
femmes. Ce serait une façon de poser véritablement la question de la parité et
de juger toutes les religions de manière équitable en ordonnant par exemple à l’église
catholique d’accepter que les femmes soient prêtres, aux rabbins orthodoxes ou hassidiques
ainsi qu’à tous les imans de France de mêler les femmes et les hommes durant
les rites religieux. Faire une loi pour ordonner à une femme de ne pas s’habiller
de manière provocante est une manifestation suffisante et surtout débile de paternalisme.
La burqa cache le reste et il est temps aux politiques et aux autres de cesser
d’instrumentaliser les femmes sans assumer pleinement ce que les mots égalité et liberté
veulent dire. Honnêtement, la burqa est-elle dans la société française l’instrument
qui rabaisse le plus les femmes ou qui les isole des autres ? Une femme a-t-elle le droit de choisir, aussi condamnable
que puisse être celui, Pute et Soumise ?


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