Paul Jorion dans
Marianne sur le fait que le terme populisme n’est pas péjoratif aux Etats-Unis :
On assiste donc
depuis deux jours aux États-Unis au phénomène paradoxal d’un populisme se
manifestant à grand bruit et ignorant les clivages que tracent
traditionnellement les partis : présent non seulement parmi les électeurs
indépendants où il a d’abord émergé mais également au sein des partis
républicain et démocrate.
Ce qui réunit ceux qui incarnent ce populisme, c’est le sentiment qu’ils
partagent de l’existence d’une élite coupée des « gens ordinaires » et
dirigeant le pays selon ses propres intérêts, assurée de pouvoir impunément
ignorer les choix faits par les électeurs lors des consultations démocratiques.
Le dégoût ressenti aujourd’hui par les électeurs américains d’un bout à l’autre
de leur éventail politique n’est pas sans rappeler celui qu’a connu l’Europe
quand l’impératif de mise en place d’un ordre ultralibéral supranational
conduisit la classe politique à ignorer purement et simplement le vote
populaire qui pourtant le rejetait, infligeant aux peuples le genre de
blessures qui ne se referment bien sûr jamais.
Différence importante cependant entre l’Europe et les États-Unis : c’est le
chef de l’État américain qui en matière de populisme donne désormais le la.
La réalité, comme
toujours, est plus complexe. Aux Etats-Unis,"le peuple" quand les
choses ne vont pas bien, quand il a l’impression que le rêve américain n’est plus
possible pour lui donc que ni leurs enfants ni eux ne pourront un jour avoir le
train de vie d’un Bernie Madoff ou d’un Bill Gates blâment toujours non pas le système
mais les élites politiques et les financiers (pas les capitalistes ou le libéralisme) de Wall Street en les accusant de
bloquer les choses et de ne plus les comprendre.
L’affaire Proglio aurait pris une forme aux Etats-Unis. Les gens auraient blâmé le président et son gouvernement sans s’acharner sur l'entrepreneur en assumant qu’il mérite ses deux salaires mais que simplement par les
temps qui courent le gouvernement ne devait pas prendre l'engagment de le payer. Il s’agit ici d’affirmer qu’aux
Etats-Unis la lutte des classes ne prend jamais la même forme qu’ailleurs. Les Américains, d’instinct, croient qu’il existe une corrélation directe
entre travail, richesse et réussite. Ils ne se rebellent lorsqu’ils ont l’impression
que des élites qui ne travaillent pas, qui ne méritent pas d’avoir autant d’emprise
sur leurs vies cassent leur pays. C’est pourquoi lorsque les politiques
deviennent populistes, ils ne s’attaquent pas à une bourgeoisie ou aux
superriches mais à une classe plus imaginaire que réelle de gens qui sont pas
vraiment américains plus qu’ils ne croient plus en la valeur travail, qu’ils se
goinfrent la panse en trichant et en se créant des avantages en corrompant les
politiques. Le populisme aux Etats-Unis est plus identitaire qu’autre chose
puisqu’il mène "le peuple" à se révolter contre ceux qui ne
sont plus comme eux et qui donc ne peuvent pas les protéger et les aider à
travailler pour gagner plus. L'argument populiste de George W. Bush était de dire que
les démocrates étaient des européens et qu’ils ne comprenaient rien ni à la religion
ou l’usage de la force. Celui des démocrates est de dire que les républicains
sont des Madoff, trop en haut pour comprendre la vie des gens d’en bas et trop
religieux pour être pragmatiques. Le problème d’Obama est qu’il ne croit pas au
populisme et qu'étant membre élite (quand on vient d'Harvard, peut-il en être autrement?), il ne croit que le hic vient de l'élitisme mais simplement de l'incompétence de certaines personnes. Heureusement pour lui, il
sait communiquer car il s’en tirera tant qu’il saura convaincre les Américains qu’il
est des leurs ou que ses adversaires ne le sont pas, ce qui est plus facile.
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