Je suis presque totalement d'accord Elisabeth Lévy quand elle écrit ceci:
Certains auraient voulu que le procès Fofana fût celui de
l’Antisémitisme. Que ce crime ait une forte dimension antisémite est
incontestable. La Cour d’Assises l’a retenu comme circonstance
aggravante dans deux cas. Ilan Halimi a été choisi parce qu’il était
juif. Je ne sais pas s’il a été traité comme il l’a été (comme un
objet, une source de profit potentiel) parce qu’il était juif et je ne
sais pas si les débats ont permis de faire la lumière sur ce point.
Mais quoi qu’il en soit, Fofana et ses comparses ne sont pas condamnés
pour avoir torturé et tué “un juif”, ils sont condamnés pour ce qu’ils
ont fait à un homme. D’accord, me dira-t-on, mais si chez certains,
l’idée qu’un juif n’est pas tout-à-fait un homme était en train de
refaire surface ? Comment apprécier “la part” d’antisémitisme dans un
crime ? Comment éviter de minimiser ? D’exagérer ?
Ne tombons pas dans le panneau, répond Bilger, peut-être entraîné trop loin par son goût pour la transgression. Si on en croit Le Figaro, l’avocat général est soucieux de distinguer “l’antisémitisme banal, ordinaire des cités, de la haine violente qui anime ce groupe”.
Factuellement, c’est imparable, ce n’est pas pareil. Mais ce n’est pas
une raison pour le dire. Dans la vraie vie, on est bien obligé de tenir
compte de ce distingo : on ne va pas condamner tous les “antisémites
banals, ordinaires, des cités”, à perpète avec 22 ans de sûreté.
Faut-il pour autant proclamer haut et fort que contre “l’antisémitisme
banal”, on ne sait pas quoi faire, ce qui revient à reconnaître qu’on
le tolère ? Peut-on admettre en principe ce qu’on est obligé d’accepter
dans les faits ? Est-on si sûr que les “antisémites banals”
n’applaudissent pas aux sinistres exploits des antisémites meurtriers ?
Bilger dit peut-être la vérité, mais il ferait mieux de la taire. Parce
que de cette vérité-là, on ne sait pas très bien quoi faire.



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