Alexandre Lévy sur le procès Halimi:
Les parties civiles, à quelques mètres d’eux, qui retiennent leur
souffle; les bavardages qui s’arrêtent net dans la salle. Fofana qui
gigote, les autres qui s’assoient le regard plongé dans leurs baskets
avant de relever progressivement la tête, d’explorer du regard le
public, de tenter quelques sourires complices… Ils sont, pour la
plupart, immenses, athlétiques, quand ils déploient leurs épaules. Les
garçons ont profité de ces trois années de taule pour faire de la
musculation; Tifenn, la jeune Bretonne, fournisseuse présumée de jeunes
femmes «appâts» de Fofana,
a fait pousser sa tignasse blonde. Dans la force de l’âge, ils
semblaient tous en forme, à l’exception notable de Serrurier, flottant
dans sa chemise à carreaux, les joues creuses, vacillant sur ses
jambes. Visiblement «cachetonné» (assommé à coups de cachets dans le
jargon de la prison), il tient à peine debout. Mais, pour les autres,
l’image de l’équipe de France championne du Monde de football revient
en force: dans le box, c’est l’envers de cette France
«black-blanc-beur».
Le «melting-pot du crime», avait dit l’un des policiers à l’époque du démantèlement du gang des barbares.
A cette même époque, les journalistes étrangers, notamment israéliens,
étaient les seuls à souligner dans leurs articles les origines des uns
et des autres, soulignant que ce n’est peut-être pas un hasard si le
juif Ilan avait été appâté par une jeune femme d’origine iranienne et
torturé par des Maghrébins et des Noirs.
Passons. Toujours est-il que dans cette bande-là, multicolore et
métissée, le juif est un symbole d’opulence, d’appartenance à une
communauté riche et soudée. De différence aussi: entre eux, les
geôliers d’Ilan l’appelaient «l’autre»; Samir le décrit comme
«momifié», parce que couvert de scotch industriel. «Il n’est pas comme
nous, c’est un juif», aurait dit et répété à ses camarades geôliers
l’un des tortionnaires d’Ilan, un message perçu comme le feu vert au
déclenchement des violences. Un antisémitisme que le chef du gang
lui-même aurait clairement assumé pendant l’instruction du dossier.
«Sans les tortures, sans l’antisémitisme, ce serait presque une affaire banale», dit l’un des avocats de la défense.
La citation de la fin pose un problème. Je la trouve dégueulasse parce qu'elle conforte la position des accusés que nos différences sont capitales et que le reste, c'est peanuts. Ce ne sont pas les tortures et l'antisémitisme qui rendent l'affaire Halimi anormale, ce sont les accusés et leurs actes. Leur justification, leur mobile doivent rester secondaires à l'inhumanité de leur acte.


Commentaires