Daniel Schneidermann sur les emballements médiatiques autour de Sarkozy et Dati:
Considérés individuellement, ces emballements sont injustes. Sarkozy
n’a pas voulu offenser Zapatero, et visait plutôt les socialistes
français en général, et Jospin en particulier. Dati participait à un
jeu innocent avec les jeunes UMP. Elle n’est pas la première
responsable politique à partager un moment de détente avec de jeunes
militants. Mais collectivement, ces deux étranges objets médiatiques
tombent trop bien pour passer inaperçus. Ils viennent trop parfaitement
illustrer, incarner la désinvolture sarkozyste à l’égard des fonctions,
des élections, des institutions en général, pour qu’on les laisse
passer. Oui, le pouvoir (comme tous les partis politiques français,
d’ailleurs) considère le Parlement européen comme un garage à
disgraciés. Oui, Sarkozy se voit en maître du monde. Oui,
accessoirement, la désinvolture de Sarkozy à l’égard du langage a
contaminé une partie de son entourage. Surviennent ces lapsus : on leur
saute dessus par réflexe, on les surinterprète, c’est injuste mais
compréhensible. Innocents ? Oui, comme tous les lapsus, mais ils paient
pour tout le reste. Il en va de la surexploitation de ces bavures comme
des séquestrations de cadres et de patrons : on ne peut les approuver,
mais on ne peut que les comprendre.
Les médias en France ou ailleurs aiment les cibles faciles, les stéréotypes, les lieux communs parce qu'ils savent qu'ils n'ont plus le temps d'informer un lecteur qui zappe rapidement en ne faisant attention qu'au sensationnel et au bruit.
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