Martin Danes nous explique pourquoi les Tchèques détestent Milan Kundera (hat tip: Grégoire Leménager:
L'acharnement contre Kundera pourrait en partie s'expliquer par cet
esprit tchèque forgé à époque de la « résurrection nationale » des
XVIIIe et XIXe siècles et selon lequel quitter la patrie égale pour un
homme de lettre presque à la haute trahison.
Dans le poème « La Terre parle » (1921) du poète Viktor Dyk, la patrie met en garde l'un de ses fils contre ses velléités de départ.
« Si tu m'abandonnes, je ne périrai pas. Si tu m'abandonnes, tu périras ! »
Malgré le fossé qui les séparaient de ce poète très conservateur,
les communistes aimaient plus tard marteler ces vers face aux
malheureux prisonniers du Rideau de fer. Après 1989, le parlement de
Prague a voté une loi sur les restitutions des biens expropriés par le
régime communiste, limitant le champ des restitutions aux seuls
citoyens tchèques résidant dans le pays (avant que la dite clause ne
fût cassée par le Conseil constitutionnel). Et l'actuel président
Vaclav Klaus a plusieurs fois repété, à propos de ses compatriotes
exilés sous le communisme, que « l'émigration n'était point une
solution ».
En résumé : on ne pardonne pas un départ à un fils tchèque, à moins
que le fautif ne décide de se repentir par un humble retour sur sa
terre natale. Kundera n'y est retourné. Pire, il a consommé sa rupture
en changeant de langue d'expression.

Commentaires