Mona Chollet lamine La Journée de la Jupe qu'elle trouve détestable et idéologique:
Dans 24 Heures, au bout de six saisons, l’Amérique, à force
de s’attirer l’ire des méchants par ses excès de vertu (eh oui, car ça
leur donne des complexes, à ces bons à rien), est un pays martyr : en
quelques années, des terroristes ont successivement tenté de larguer
une bombe nucléaire sur Los Angeles, répandu un virus mortel dans
plusieurs villes, perpétré des séries d’attentats-suicides, tué douze
mille personnes dans une explosion atomique… Bref : le 11-Septembre
toutes les semaines, ou presque. La Journée de la jupe révèle
des angoisses équivalentes – ainsi qu’une complaisance à se dépeindre
en victime assez savoureuse venant de quelqu’un qui dénonce le discours
victimaire. Alors que, dans la vraie vie, l’opinion française est
chauffée à blanc depuis environ six ans sur l’horreur de la condition
des femmes en banlieue et la barbarie des Arabo-musulmans, ici ou
ailleurs, Sonia Bergerac, incomprise, vilipendée, lâchée par tout le
monde, semble être la seule à avoir conscience du danger que
représentent ses enragés d’élèves. [...]
Un ressort dramatique très banal veut qu’à force de charger le
personnage du méchant, de souligner la noirceur irrémédiable de son âme
et son sadisme sans bornes, on amène le spectateur à souhaiter
ardemment qu’il soit mis hors d’état de nuire par quelque moyen que ce
soit – un ressort que les propagandistes transposent dans la réalité
avec une facilité désolante, exploitant l’appétit des sociétés humaines
pour un ennemi à craindre et à haïr. Ainsi, dans La Journée de la jupe,
une fois qu’il a été bien établi que Mouss et ses camarades sont des
bêtes sauvages, et que cette pauvre Bergerac est à bout
(rappelez-vous : ils lui laissent des mots dégueulasses dans son
casier !), elle a carte blanche – c’est le cas de le dire.
[...] Dans le prologue du film, elle sanglote : « Je ne voulais pas… J’ai pas choisi… Je me suis retrouvée avec une arme dans la main pour me défendre. »
Je n’ai fait que me défendre, j’avais les meilleures intentions du
monde mais ils ne veulent rien savoir, ils ne comprennent que la
force : l’archétype du discours colonial, qui semble connaître un grand
retour en vogue en ce moment, dans des contextes divers.
Quelque chose me choque dans cette critique. Je ne sais pas comment l'exprimer. Chollet en voulant défendre ceux qui pour elle sont les victimes du film de Lilienfeld, elle les infantilise et les déshumanise en affirmant implicitement qu'il y a des choses qu'on ne doit pas dire sur eux non pas parce qu'elles sont fausses mais parce que ces gens sont faibles, simples d'esprit et que c'est honteux d'en faire les sujets d'un mauvais film propagandiste. J'en ai assez qu'on traite certaines personnes à cause de leurs différences comme des personnes objets qu'ils faut toujours protéger comme des femmes violées auxquelles on ne doit rien refuser ou rien reprocher en refusant de reconnaître leur individualité. Lorsqu'un jeune noir banlieusard est un salaud, un méchant, l'est-il parce qu'il est noir, banlieusard, et vicitme/bourreau de la société? Je n'ai pas vu La Journée de la jupe mais en supposant que ce que dit Chollet soit vrai, que le film fait des noirs, des arabes, des jeunes banlieusards sont des salauds et qu'il a un discours colonial, et alors...? Sommes nous encore au temps de Conrad ou de Kipling durant lequel on supposait que les noirs étaient de grands enfants incapables de penser, de réflechir, de se défendre donc qu'il fallait civiliser ou protéger? J'ai comme l'impression que Chollet avec un instinct de justicier mal placé, prévenant mais condescendant et passéiste, a peur que les soi-disantes victimes du film ne le regardent et soient à tout jamais marquées en devenant à leur tour des bourreaux. Je suis persuaduée qu'à ce moment leur violence sera considérée comme justifiée et justiable par trop de gens puisqu'ils pourront dire, «j'ai vu ce film imbécile et j'ai tellement été heurté, traumatisé que je n'ai pas eu d'autre choix que celui de devenir un cancre ou une crapule.»
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