Mona Chollet lamine La Journée de la Jupe qu'elle trouve détestable et idéologique:
Un ressort dramatique très banal veut qu’à force de charger le personnage du méchant, de souligner la noirceur irrémédiable de son âme et son sadisme sans bornes, on amène le spectateur à souhaiter ardemment qu’il soit mis hors d’état de nuire par quelque moyen que ce soit – un ressort que les propagandistes transposent dans la réalité avec une facilité désolante, exploitant l’appétit des sociétés humaines pour un ennemi à craindre et à haïr. Ainsi, dans La Journée de la jupe, une fois qu’il a été bien établi que Mouss et ses camarades sont des bêtes sauvages, et que cette pauvre Bergerac est à bout (rappelez-vous : ils lui laissent des mots dégueulasses dans son casier !), elle a carte blanche – c’est le cas de le dire.
[...] Dans le prologue du film, elle sanglote : « Je ne voulais pas… J’ai pas choisi… Je me suis retrouvée avec une arme dans la main pour me défendre. »
Je n’ai fait que me défendre, j’avais les meilleures intentions du monde mais ils ne veulent rien savoir, ils ne comprennent que la force : l’archétype du discours colonial, qui semble connaître un grand retour en vogue en ce moment, dans des contextes divers.
Quelque chose me choque dans cette critique. Je ne sais pas comment l'exprimer. Chollet en voulant défendre ceux qui pour elle sont les victimes du film de Lilienfeld, elle les infantilise et les déshumanise en affirmant implicitement qu'il y a des choses qu'on ne doit pas dire sur eux non pas parce qu'elles sont fausses mais parce que ces gens sont faibles, simples d'esprit et que c'est honteux d'en faire les sujets d'un mauvais film propagandiste. J'en ai assez qu'on traite certaines personnes à cause de leurs différences comme des personnes objets qu'ils faut toujours protéger comme des femmes violées auxquelles on ne doit rien refuser ou rien reprocher en refusant de reconnaître leur individualité. Lorsqu'un jeune noir banlieusard est un salaud, un méchant, l'est-il parce qu'il est noir, banlieusard, et vicitme/bourreau de la société? Je n'ai pas vu La Journée de la jupe mais en supposant que ce que dit Chollet soit vrai, que le film fait des noirs, des arabes, des jeunes banlieusards sont des salauds et qu'il a un discours colonial, et alors...? Sommes nous encore au temps de Conrad ou de Kipling durant lequel on supposait que les noirs étaient de grands enfants incapables de penser, de réflechir, de se défendre donc qu'il fallait civiliser ou protéger? J'ai comme l'impression que Chollet avec un instinct de justicier mal placé, prévenant mais condescendant et passéiste, a peur que les soi-disantes victimes du film ne le regardent et soient à tout jamais marquées en devenant à leur tour des bourreaux. Je suis persuaduée qu'à ce moment leur violence sera considérée comme justifiée et justiable par trop de gens puisqu'ils pourront dire, «j'ai vu ce film imbécile et j'ai tellement été heurté, traumatisé que je n'ai pas eu d'autre choix que celui de devenir un cancre ou une crapule.»


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