Elie Patrigeon sur la Francafrique depuis Sarkozy :
Le candidat Sarkozy avait promis une refonte de la politique africaine de la France. Devenu président de la République, comme ses prédécesseurs, ses ardeurs réformistes ont été refroidies. Il y a bien eu des annonces, mais elles sont peu suivies d’effets. La révision annoncée des accords de défense (au nombre de huit), n’a débuté qu’avec le Sénégal, et les négociations piétinent. La fermeture prévue de bases en Afrique, selon les conclusions du Livre blanc sur le Défense nationale, n’est pas sérieusement envisagée à court terme. Les réticences du Gabon et du Tchad, où les forces françaises représentent un intérêt économique et politique évidents, auront probablement raison du désengagement militaire français. Dans le même temps, les budgets de la coopération culturelle stagnent et la France perd sa primauté commerciale absolue en Afrique francophone.
(…)Cette situation ne satisfait personne. La France est soumise à un dilemme complexe : quand elle intervient, elle est accusée de néocolonialisme, de part et d’autre de la Méditerranée. Lorsqu’elle se tient éloignée des théâtres africains, son désengagement est fortement critiqué (comme à Madagascar).
L’indécision qui frappe la politique africaine de la France affaiblit considérablement ses marges de manœuvre sur le continent. Elle doit chercher une nouvelle légitimité pour intervenir et redéfinir ses objectifs. Seule une implication forte de l’Union européenne permettra aux anciennes métropoles coloniales, accompagnées de nouveaux acteurs, d’assumer d’évidentes responsabilités dans le développement et la sécurité de l’Afrique. Pour cela, il faudra sortir de traditions héritées de la décolonisation et établir une politique de partenariat avec les Etats africains quant à des enjeux spécifiques : développement durable, prévention des conflits, installation de l’Etat de droit, infrastructures…
Un des problèmes est que l’Afrique n’intéresse pas vraiment Sarkozy (ça peut changer) qui a les yeux tournés ailleurs parce qu’il croit que le plus important est de maintenir le statu quo en protégeant certains acquis français sans lâcher de lest et en utilisant les bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve. En quelque sorte, la Françafrique de Sarkozy c’est « l’Afrique de Papa » remixée pour donner l’impression de faire du neuf alors qu’on ne produit plus que du vieux. Une nouvelle politique africaine nécessiterait plus non seulement plus de volonté, d’imagination et surtout plus d’intérêt de la part d’un Président qui ne prend que son pied que lorsqu’il peut non seulement agir mais agir spectaculairement hors en Afrique, quand on agit, on peut être sûr au moins d’une chose et c’est que l’action sera rarement spectaculaire. Il suffit juste d’examiner la situation au Congo et au Darfur (dont ni Kouchner ni Sarkozy ne parlent avec autant de passion et d'urgence que l'année dernière) pour comprendre qu’un Président français qui n’aime rien de plus que son aura de superman n’ait pas envie de prendre de risques sur le continent africain parce qu’il ne comprend pas et qui peut lui apporter ce dont son pays a besoin sans révolutionner la Françafrique qui perdure justement parce que personne ne sait par quoi la remplacer sans diminuer l’importance de la France en Afrique.
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