Jocelyn Létourneau sur les guerres d’histoires :
Le monde n'est pas en reste au chapitre des guerres d'histoire. Chaque fois que l'on envisage -- aux États-Unis, en Europe, en Asie, partout -- de modifier le programme d'histoire, d'ériger un mémorial, d'orchestrer une fête commémorative ou de tenir une exposition sur un aspect délicat du passé national ou mondial, les camps se dressent. Dans certains cas, les luttes ne sont pas que verbales et juridiques, mais physiques et meurtrières. Le passé, à travers l'histoire qu'on en fait, compte parmi les prétextes les plus utilisés par les pouvoirs pour faire valoir leurs prétentions territoriales, politiques ou identitaires. (…) En fait, l'histoire n'a rien de superfétatoire. Elle est un remède contre les déchéances du temps qui s'écoule et qui, dans son flux intarissable, emporte les mémoires en ne laissant souvent que l'oubli comme dépôt de l'action humaine. Face aux discontinuités, polyvalences, légèretés et ambiguïtés du passé, l'histoire introduit ou crée cette épaisseur, ce sens, cette permanence, cette continuité qui permet aux contemporains de vivre leur actualité dans la perspective d'une antériorité qui les interpelle et dans celle d'une postérité qu'ils appellent. C'est dire son importance.
Je crois que qu’au centre des guerres d’histoire se trouve le fait qu’elle ne peut plus qu’être écrit que par les forts parce qu’il n’est plus possible pour les faibles de se taire, de disparaître et d’accepter ce que trop de gens appelleraient l’ordre naturel pour justifier ses injustices.

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