La laïcité n’a pas d’équivalent en anglais et qui surtout, hélas, ne représente pas les valeurs américaines puisque les Etats-Unis sont un pays religieux qui considèrent la religion est un élément positif pour toutes les sphères de la société. Les américains parlent sans pudeur et avec un exhibitionniste qui me met toujours mal à l’aise de leur foi en essayant de convertir ceux qui ne croient pas et de forcer ceux qui pensent que la foi relève du privé à la rendre publique pour ne pas être marginalisés et souvent pour grimper l’échelle sociale. Ces réalités expliquent pourquoi pour être président des Etats-Unis désormais, lorsqu’on n’a pas le courage de dire non à cette dérive dangereuse et qu'on a peur de perdre, il faut savoir parler de sa foi et convaincre les américains qu’on n’est non seulement pieux mais surtout qu’on gouvernera le pays comme Jésus l’aurait fait (ce qui est une ânerie car Jésus, qu’il fût un personnage de fiction ou non, aurait fait un piètre président des Etats-Unis).
Le Temps publie ce matin un excellent résumé du forum qui a eu lieu le week-end dernier dans une église et durant lequel un pasteur évangélique posait des questions à McCain et à Obama sur leur foi sans se gêner et sans qu’aucun d’eux ne s’offusque. C’est inquiétant. Beaucoup de gens me diront qu’il n’y a rien de nouveau. Ils auraient tort car une ligne a été franchie : les Démocrates ont désormais perdu le débat sur la séparation de l’église et l’état et ne pourront plus arguer que les questions sociales ne sont pas forcement des questions religieuses et surtout qu’il il est anti-américain de gouverner à la George Bush en ignorant la raison parce qu’on croit que la foi est au centre de la politique et que la réalité n’a aucune importance puisque c’est Dieu qui est le seul juge.
Obama a décidé d’être plus royaliste que le roi ou plutôt, dans ce cas, plus croyant que les fous de Jésus. Je ne sais pas quelles sont ses motivations. Je ne sais pas si c’est un choix politique pour ne plus qu’on le perçoive comme un musulman (une des raisons pour laquelle cette rumeur fausse perdure est qu’Obama n’a su l’enterrer en répondant avec passion : et alors ? Et en choisissant de dire qu’être musulman ne veut pas dire qu’on n’a pas le droit d’être président des Etats-Unis. Il a, au contraire, choisi de dire que de se défendre comme si on l’accusait d’être corrompu ou de battre sa femme sans dire que s’il avait été musulman il ne l’aurait pas caché car l’Islam n’est pas un danger pour les américains). Je ne sais pas non plus si c’est un choix personnel qui reflète de sa vision du monde qui serait semblable à celle que Sarkozy exprimait en début d’année qui voudrait que religion et morale sont indissociables et que les prêtres et les pasteurs sont mieux équipés que les instituteurs pour enseigner la morale. De toutes les manières, les motivations d’Obama n’ont aucune importance parce qu’en jouant sur ce terrain là de cette manière là les Démocrates sont désormais condamnés à exhiber leur foi et à utiliser des arguments religieux pour justifier leur politique. Nous vivons dorénavant dans une amérique où la religion et le religieux domineront la sphère politique car il ne sera plus possible de devenir président des Etats-Unis sans se rendre dans une église en chantant béatement Jesus loves me ou Hosanna au plus haut des cieux.
Il est effrayant et navrant qu’au 21ème siècle un athée ou un américain qui est un laïc à la française ne puisse pas devenir président des Etats-Unis. C’est dur à dire et à admettre mais l’Amérique attend encore son Voltaire et son Jules Ferry.

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