Assouline sur le dernier de Christine Angot :
Le Marché des amants (317 pages, 17,90 euros, Seuil) se veut un roman sur les frontières de l’amour. Elle, Christine Schwartz dite Angot, femme blanche, écrivain, fréquente le Saint-Germain-des-Près des éditeurs. Lui, Bruno Beausir dit Doc Gynéco, chanteur de rap, métis, plus proche de l’au-delà du périphérique. Deux univers. Il semblerait que s’affranchir des tabous pesant sur cette liaison socialement interdite soit terriblement subversif en 2008. Il paraîtrait même que la question du plus sournois des racismes serait au coeur de ce marché des amants puisque ceux-ci ne sont pas du même monde. Que leurs milieux respectifs s’ignorent, retranchés derrière leurs jugements de castes, leurs codes et leurs rituels. C’est une révélation : on peut passer sa vie à être grugé par des préjugés. Ainsi le vivent-ils. Ils se sont rencontrés au Salon du livre de Brive-la-Gaillarde. Ils se sont plu ; il est vrai qu’il découvrait “pour la première fois une personne blanche qui disait la vérité”. Pour faciliter le travail du lecteur, la quatrième de couverture lui indique même quelle est “la scène emblématique” afin qu’il ne perde pas son temps à la chercher. C’est quand Christine et Bruno roulent la nuit en scooter en direction de la porte de la Chapelle.
Après le journaliste (Pourquoi le Brésil ?) et le banquier (Rendez-vous), le rappeur. Christine Angot poursuit son enquête sur la vie sexuelle du Français. Ce n’est ni indigne, ni provocateur. Même pas scandaleux y compris lorsque Bruno se plaît à baiser Christine tout en regardant un documentaire sur la Shoah, lointain écho d’un autre grand moment dans Pourquoi le Brésil ? sur “l’érotisme des chambres à gaz”. L’écriture en est juste médiocre et le propos sans intérêt. Sans saveur, sans odeur. Même pas musical, un comble en l’espèce.
Le problème avec la critique d’Assouline est qu’il n’accepte pas que Christine Angot ou plutôt son écriture reflète l’époque et le monde dans lesquels elle vit. Sa critique est similaire à celles de ceux qui critiquaient la téléréalité à ses débuts pour vite ensuite se rendre compte que nous vivons dans un monde où le voyeurisme ne fait plus honte et que ceux qui ont l’audace de tout montrer sont considérés non seulement comme des célébrités mais aussi des artistes. Bien sûr qu’Angot est une sorte d’OVNI puisqu’elle dit tellement de choses dans ses livres qu’on finit toujours par se rendre copte qu’en fait elle ne dit pas grand-chose. Bien sûr que son écriture lui ressemble et la question que je me pose toujours est celle de savoir si justement son style et ses platitudes ne sont non pas le résultat de manque talent mais plutôt d’un choix réfléchie d’écrire et de se raconter « mal » parce que ce sont les seuls moyens d’aller jusqu’au bout de sa démarche de faire de l’autofiction dans un monde misérabiliste. En somme, je me demande si les critères de Pierre Assouline pour critiquer Angot sont les bons parce qu’il semble ne pas pouvoir admettre que beaucoup de choses sont camouflées dans ses livres et que lorsqu’on a décidé d’être un miroir pour soi-même on ne peut pas toucher et sublimer la merde et la médiocrité. Il est toute fois aussi possible que le livre soit vraiment mauvais et que rien ne peut le réhabiliter peut-être parce que le miroir et le stylo de l'auteure sont trop souillés pour lui être utiles parce qu’elle a perdu ses repères pour devenir juste un personnage de ses propres livres trop obnubilé parce qu’elle vit pour être un écrivain.

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