Et 2+2 = 5 ! C’est ce qu’on pense en lisant Henri Guaino nous expliquer le sulfureux discours de Dakar qu’il avait écrit pour Sarkozy :
Revenons un instant sur le passage qui a déchaîné tant de passions et qui dit que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire". Nulle part il n'est dit que les Africains n'ont pas d'histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l'histoire n'est pas le même d'une époque à une autre, d'une civilisation à l'autre. Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l'emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l'histoire. Dans les sociétés modernes, c'est l'inverse.
L'homme moderne est angoissé par une histoire dont il est l'acteur et dont il ne connaît pas la suite. Cette conception du temps qui se déploie dans la durée et dans une direction, c'est Rome et le judaïsme qui l'ont expérimentée les premiers. Puis il a fallu des millénaires pour que l'Occident invente l'idéologie du progrès. Cela ne veut pas dire que dans toutes les autres formes de civilisation il n'y a pas eu des progrès, des inventions cumulatives. Mais l'idéologie du progrès telle que nous la connaissons est propre à l'héritage des Lumières.
En 1947, Emmanuel Mounier partait à la rencontre de l'Afrique, et en revenant il écrivit : "Il semble que le temps inférieur de l'Africain soit accordé à un monde sans but, à une durée sans hâte, que son bonheur soit de se laisser couler au fil des jours et non pas de brûler les espaces et les minutes." Raciste, Mounier ?
A propos du paysan africain, le discours parle d'imaginaire, non de faits historiques. Il ne s'agissait pas de désigner une classe sociale, mais un archétype qui imprègne encore la mentalité des fils et des petits-fils de paysans qui habitent aujourd'hui dans les villes.
L'Afrique est le berceau de l'humanité, et nul n'a oublié ni l'Egypte ni les empires du Ghana et du Mali, ni le royaume du Bénin, ni l'Ethiopie. Mais les grands Etats furent l'exception, dit Braudel, qui ajoute : "L'Afrique noire s'est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur." Raciste, Braudel ?
L'homme africain est entré dans l'histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ?
Je ne crois pas Henri Guaino soit raciste et de toutes les façons ce n’est pas la question parce que l’affirmer comme l’avait fait Bhl l’année dernière occulte une discussion qui doit avoir lieu. Il est cependant claire que Guaino a une vision raciale de l’histoire, des choses et elle est devrait être dépassée car elle fait croire que les hommes ne sont pas les mêmes et qu’il existe des différences fondamentales entre un Européen et un Africain qui expliquent non seulement les différentes histoires et présents de leurs continents. En quelque sorte, Guaino affirme que le ver, le mal est dans l’homme et ses gènes et que si les Africains avaient vécu en Europe, ils l’auraient Africanisée. C’est une lecture problématique de l’histoire mais il est essentiel d’en discuter car elle mène à un débat qui est primordial non seulement pour l’Afrique mais aussi pour l’Occident qui est, qu’elle le veuille ou non, plein d’Africains qui affecteront son avenir. L’Homme Africain n’existe pas. Il existe des cultures africaines et je dois dire que les êtres les plus africains que je connais sont américains.
Ce que j’essaye de dire est que parler d’homme africain est une manière de revenir au temps de Rudyard Kipling où l’on parlait de races et d’êtres qui étaient moins civilisés, moins développés que d’autres à cause de leurs gènes et non pas de leur environnement. Henri Guaino semble ne pas passé que le Maghreb et les autres pays d’Afrique du Nord sont des pays africains car il a écrit un différent discours pour Sarkozy à Alger en mettant l’accent sur une forme de repentance politiquement correcte dont le but était de préparer pour cette satanée Union pour la Méditerranée qui coupe l’Afrique en deux, entre celle qui d’après Guaino est peuplée d’hommes qui sont suffisamment entrés dans l’histoire et une autre qui est encore au cœur des ténèbres et qui doit être absolument de l'autre pour ne pas la contaminer avec ses misérables.

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