Le meilleur article que j’ai lu le week-end dernier était celui de Véronique Maurus, la médiatrice du Monde qui faisait part de l'exaspération de beaucoup de lecteurs face aux anglicismes et fautes d’usage contenus dans les articles. J’avoue qu’il est réconfortant (je me sens du coup un peu moins coupable) de savoir que même les journalistes avoir des problèmes avec la langue française. Cependant, je me demande si tout anglicisme est une barbarie et surtout si le Français ne perds pas beaucoup de sa fraîcheur en refusant d’accepter qu’il est avant tout un moyen de communication et non une œuvre d’art. Morceaux choisis :
Quant à "subprime" (prêt à haut risque), il est utilisé à tort et à travers depuis des mois, nous signale Jean Cevaër (Pornichet, Loire-Atlantique) : "l'expression correcte est 'subprime loan' ; par antiphrase, c'est un prêt qui est 'au-dessous' de la première qualité. Si les Français ne peuvent parler anglais, ils pourraient au moins parler correctement leur langue d'Etat." A leur décharge, les journalistes ne sont pas linguistes, et le recours aux dictionnaires a des limites : on peut, éventuellement , traduire "chat" par "causette", comme le recommande le Larousse, mais "clabaudage", suggéré par le Grand dictionnaire québécois (à la pointe de ce combat), paraîtrait encore plus étrange.
Les rédacteurs n'ont en revanche aucune excuse quand ils emploient des mots traduits depuis longtemps. Ecrire "check point" et non barrage, "coach" (entraîneur), "pipeline" (oléoduc, gazoduc, aqueduc), "newsletter" (lettre d'information), "think tank" (groupe de réflexion), "sac shopping" (cabas), et on en passe, relève de la négligence pure et simple. Idem pour le verbe "booster" (stimuler), ou les "impacter" (influer sur) et "manager" (gérer), qui exaspèrent nos lecteurs.
(…) Mais que dire de "déception", écrit à la place de " tromperie " ("tout un art de la déception", résumant les qualités machiavéliques) ? Ou encore de "versatilité" en nom et place de "polyvalence" ("L'homme politique doit manifester sans cesse sa versatilité") ? Ces deux derniers exemples ont pourtant été relevés dans une chronique récente par Michel Masson (Paris)… Le comble est atteint quand on utilise une tournure de grammaire anglaise en français, produisant un jargon insupportable. "Une marque de snobisme doublée d'une maladresse", proteste Paul Combaux (Vienne, Autriche), exemples à l'appui.
Combat d'arrière-garde ? Le médiateur, moderne Sisyphe, qui, sans cesse, rabâche le bon usage, en a souvent l'impression. Le directeur de la rédaction itou : "Je chasse le franglais tout le temps. C'est un faux snobisme, et une incorrection vis-à-vis des lecteurs", gronde Alain Frachon. En vain. Ou presque.

Commentaires