C’était inévitable. Il fallait bien qu’avec tout ce tapage autour de Mai 68, d’autres repondent avec autant de zèle et de mauvaise foi. Ivan Rioufol dans son bloc notes écrit ceci :
Un nouveau Mai 68? La gauche en rêve. Elle croit voir, dans la morosité collective, une contagion de sa fièvre protestataire. Le pays n’est-il pas tendu à craquer? Mais l’atmosphère y est aussi lourde qu’elle était festive il y a quarante ans. L’opposition aurait tort de s’estimer porte-parole de l’impatience des Français et de leur indignation devant d’indécentes inégalités. Le PS immobile ne peut accélérer l’histoire.
(…) C’est la "révolution conservatrice", souvent décrite ici, qui poursuit sa marche. Elle vient d’atteindre la Grande-Bretagne, après l’Italie il y a trois semaines et la France il y a un an. Mise à part l’Espagne, où la gauche a vaincu d’un cheveu un adversaire archaïque, la droite a gagné toutes les élections en Europe en 2007. La modernisation économique et la protection des identités motivent ce mouvement de fond. En France, il ne se laissera pas voler sa victoire.
Je crois que c’est un mythe de croire que la gauche a gagné Mai 68 et qu’elle ne peut que souhaiter que son renouvellement. Au contraire, 68 d’une certaine manière a encré dans la gauche les graines de sa propre destruction parce qu’elle a éternisé hélas la jeunesse de ses dirigeants et futurs dirigeants qui croient toujours avoir 20 ans et préfèrent le nihilisme romantique parce que justement Mai 68 leur a fait comprendre que les grandes et petites révolutions provoquées par des rêves et utopies finissent toujours par accoucher d’une souris.
Claude Imbert aussi s’attaque, et je le comprends, à ce brouhaha festif et sinistre autour de Mai 68 :
Va-t-on proclamer d'un bout à l'autre férié le joli mois de mai ? Histoire d'engloutir les épaves d'activité qui flottent entre ses ponts. Histoire de laisser les processionnaires, lycéens ou retraités, défiler à l'aise « dans l'esprit de Mai 68 »... Histoire, enfin, de nous consacrer pleinement à son culte commémoratif, à son rabâchage, entre nous, un rien sénile.
Lorsque la France regarde son nombril, elle contemple, au mitan de l'année, son « moi » de mai. Elle commémore un spasme historique lui-même fort commémoratif. Dans un diorama de siècles et de continents, on y encensa la déesse Révolution. (…)
Mai 68, en vérité, ne fut pas aussi festif que notre postérité le prétend. Il y eut des morts, des barricades, et la plus grande grève générale de salariés (10 millions), un énorme pathos de peurs, de rumeurs et de déraisons. Une guerre civile a rôdé, durant trois longues semaines, autour de Paris. (…)
Dans la mémoire sélective d'anciens délirants maoïstes, embourgeoisés depuis dans la presse et l'édition, les slogans poétiques ont éclipsé les insultes abjectes (« Crève, salope... ») qui chassèrent de leur chaire quelques gloires de l'université (Raymond Aron, Paul Ricoeur, André Chastel...). Assez inconscients avec Sartre pour caresser l'impossible ralliement de Billancourt, ils ne retiennent, dans ce passé recomposé, que le puissant élan d'émancipation dont il fut le théâtre et parfois l'initiateur. Le ridicule enterre le reste.
Les combats de mémoire sont toujours, à mon avis, la preuve que le présent est devenu tellement compliqué qu’on n’arrive plus à prendre en main son destin ou celui de tout un pays pour le changer, le moderniser à mettant l’accent sur le vivre mieux. Je crois qu’en France et ailleurs les politiques et autres élites se sentent tellement impuissantes devant la mondialisation la globalisation qu’elles sont tentées de refaire des combats d’arrière garde pour faire justement oublier qu’elle n’ont pas le courage de prendre des risques parce que justement leurs populations, après pour la plus part avoir été gâtées par le 20 siècle, ne veulent pas renoncer à leur acquis en ayant moins en travaillant autant ou sinon plus. Elles ont non seulement peur de l’action terne, celle qui n’est pas motivée par l’exhibitionnisme et par le plaisir de bouger ou la peur de l’immobilisme. Elles n’ont pas l’imagination qu’il faut pour inventer un notre monde sans devenir altermondialiste et se contenter de détruire celui qui existe maintenant parce qu’on ne le supporte pas en refaisant un nouveau avec des rêves.
J’ai toujours dit que la globalisation faisait de tous les citoyens du monde des Africains parce qu’elle nous mettait en face de notre propre impuissance en nous forçant à réaliser la vie est non seulement injuste mais surtout que le fait d’être comme Sarkozy volontariste ne suffit pas pour changer son destin. Tout le problème est là est ce pour l’inoculer que le passé prend une forme sacrée parce qu’il est plus facile de le remodeler que de confronter le fait que notre présent et surtout notre avenir nous ressemblent bien qu’ils nous échappent.
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