Je ne sais plus ce que c’est que le racisme. La campagne américaine et d’autres événements m’ont poussée à poser quelques questions sur le sujet. La première est celle de savoir si on peut avoir et exprimer des idées racistes sans être racistes. La deuxième est aussi celle de savoir si pour ne pas être raciste, il faut tout accepter de l’autre sans jamais dire non et sans jamais refuser de le suivre s’il a la même couleur de peau. Finalement, je me demande ce qu’on doit faire des racistes, si on doit les traiter de malades, les bannir de la société en leur accrochant une lettre écarlate sur leurs vêtements pour les punir et surtout éviter qu’ils ne se reproduisent ou si on a, bêtement, l’obligation dans une société civilisée de combattre le racisme par l’éducation et plus de culture. Que de questions ! Je ne fais pas partie de ceux qui fustigent comme Finkielkraut l’antiracisme en le décrivant comme le communisme du 21e siècle. Néanmoins, je me rend compte que à quel point le racisme, l’antiracisme sont devenus des armes de guerres pour clouer des langues et surtout gagner des batailles idéologiques sans le mérite d'une argumentation rationnelle et convaincante. Il existe très peu d’accusations aussi violentes que celle de raciste parce qu’en général, surtout dans une société telle que la France où on peut se faire condamner pour injures raciales (ce que je n’approuve pas), il est impossible de prouver le contraire autrement qu’en s’agenouillant et en demandant un pardon qu’on réclame sans comprendre, sans apprendre pour ne être lapidé par la foule hystérique.
Je suis sûrement naïve mais je ne crois pas que le racisme est une maladie contagieuse ou un fléau qu’on peut éliminer par des lois sans discussion et sans volonté d’accepter que toutes les expressions de racisme ne sont pas égales même si elles sont toutes intolérables. Je n’ai jamais aimé le terme limite de la tolérance. J’ai toujours pensé que dans l’expression racisme anti-blanc, anti-blanc était de trop parce qu'il crée une distinction qui hierarchise et distingue les haines. Je crois que l’erreur que font ceux qui se battent contre le racisme ou l’antiracisme est de croire tellement en nos différences qu’elles deviennent les choses qui nous définissent et des éléments sacrées. L’exemple le plus frappant de cela est que personne ne trouve troublant qu’un métisse soit obligé de clamer qu’il est noir pour devenir président des Etats-Unis comme pour affirmer le fait que le sang était plus important que tout et que le sang noir est tellement à part qu’il prend toujours l’ascendance sur l’éducation, le fait d’avoir une mère blanche et de n’avoir été élevé que par elle et ses parents. Etre noir ne veut dire rien d’autre qu’avoir un certain ADN. Cela ne veut pas dire devoir porter une histoire comme un fardeau et être condamné à être une victime parce que la maxime de René Char qu’aimait citer Hannah Arendt selon laquelle notre histoire n’est précédée d’aucun testament exprime une réalité incontestable. La confusion entre la race l’ethnicité et la culture ou plutôt le fait d' égaler ces deux éléments est une abomination parce que cela mène à des perversions et à des dérives qui font croire aux autres que parce qu’on a une certaine couleur de peau, on a une certaine identité et on est comme tous ceux qui nous ressemblent. Tiger Woods, qui a une mère Thaïlandaise et un père noir, a toujours refusé de se définir comme étant noir même si au contraire d’Obama, son père a été omniprésent dans sa vie et a participé à son éducation. Il a toujours affirmé que dire qu’il était noir serait une insulte pour sa mère parce que cela voudrait dire qu’elle n’a jamais existé et qu’elle n’a pas contribué ni à son ADN ni au développement de sa personnalité. Je crois que Tiger Woods a raison mais je crois aussi qu’il peut se permettre cela parce qu’il n’est pas un politique et qu’il n’a pas à demander à des gens (surtout lorsqu’ils sont Africains Américains) qui n’aiment pas voter pour ceux qui refusent d’être dans leur camp de voter pour lui. Yannick Noah disait qu’en France il était noir et qu’en Afrique, il était blanc. Tout le problème il est là à mes yeux. Le racisme n’est pas une maladie mais une incapacité de reconnaître non que noir, blanc, c’est la même chose mais plutôt que le fait que cela ne détermine pas tout et ne veut en général pas dire grand-chose a priori.

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