Via Rue 89, des propos fascinants d’Amoz Oz sur la littérature et la politique :
En Israël, il est une tradition, incompréhensible, mais c’est une tradition: les écrivains seraient comme des prophètes. L’écrivain ne peut pas dire le bien, ne peut pas délivrer de prophéties. Les lecteurs, cependant, attendent cela…
On remarque d’ailleurs le même phénomène dans les pays slaves, en Russie, ou en Pologne. Un écrivain raconte des histoires, c’est un "storyteller". Car raconter et entendre des histoires, c’est aussi fondamental que de rêver. Et la littérature est le premier art, le premier langage, qui puisse se greffe directement sur ce besoin, précisément.
L’écrivain doit se distinguer de la politique, au premier abord. Mais si j’écris une histoire avec un père, une mère, une fille, et l’argent de poche, tout le monde dira immédiatement que, dans mon roman, le père représente le gouvernement, la mère, la tradition, la fille, la nouvelle génération, et l’argent de poche l’inflation!
Vous voyez donc que c’est le lecteur qui y verra de la politique. C’est par ce biais, par l’identification du lecteur, que la littérature doit parvenir à toucher au politique. Ceci étant, je en reste pas indifférent aux réalités sociales de mon pays. Bien entendu. Pour une raison toute simple: mes propres personnages eux-mêmes ne peuvent y être indifférents…
De la même manière, l’Histoire n’est pas une chose qui arrive seulement de l’autre côté du poste de télévision: elle intervient de manière extrêmement personnelle dans la vie intime de chacun. La littérature doit emprunter cette voix, elle aussi.

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