Alain Duhamel sur le Traité de Lisbonne et l’absence de référendum :
Les Français ont pu voter directement en 2005, sur ce même sujet, pourquoi est-ce qu'ils ne le feraient pas cette fois-ci? Et puis d'autre part, il y a une dimension juridique. Est-ce que le "non", qui a été obtenu par un vote populaire direct, peut ensuite être renversé par un vote parlementaire, indirect ?
Alors, la vraie réponse, celle qui ne se dissimule pas, se résume en un seul mot, c'est le réalisme.
Bien sûr, on peut trouver des arguments juridiques, ils sont nombreux. On peut dire que la dernière fois, le texte se présentait comme une constitution, pas cette fois-ci. Que la dernière fois, c'était un nouveau traité, que cette fois-ci il s'agit d'une série d'amendements techniques à des traités déjà existants. On peut dire aussi, ce qui est d'ailleurs plus convaincant, que l'article 89 de la Constitution prévoit très explicitement que c'est au Président de la République, et au Président de la République seulement, de décider si on passe par la voie du référendum ou si on passe par la voie du congrès, et que Nicolas Sarkozy a toujours pendant sa campagne, annoncé à l'avance que ce serait la voie du Congrès.
Donc Sarkozy tient ses promesses et le peuple doit manger ses bottes. Le vrai problème est que l’Europe sert désormais d’alibi aux politiques pour expliquer leur incapacité de bien gouverner leurs pays et surtout de réaliser leurs promesses électorales. Sarkozy sait très bien qu’en choisissant de ne pas laisser les Français voter encore une vois par référendum, il les éloignera encore plus de l’Europe en leur donnant l’impression qu’on essaye de leur faire avaler n’importe quoi. Hors, il sait aussi que cette distance lui sera utile politiquement puisqu’à chaque problème il pourra toujours taper sur la banque Europe, sur Bruxelles et sur ces lois absurdes qui empêchent la croissance ou même sur les autres pays qui ne respectent pas assez la France. Bref le calcul cynique de Sarkozy est de parier que puisque l’Europe a cessé de faire rêver, les Français vont se retourner vers la Nation et retomber follement amoureux d’elles en déifiant celui qui l’incarne : le président de la république.

Commentaires