Sorman sur le plan banlieues de Sarkozy :
Souhaitons que le plan de Nicolas Sarkozy pour les banlieues soit plus efficace que ceux de ses prédécesseurs : vingt ans d’échec. Observons tout de même que la méthode n’a pas varié : l’Etat réserve un traitement spécial à certains quartiers, corrigeant les conséquences plutôt que les causes. Les causes, sans doute, sont-elles trop difficiles à gérer : le chômage provoqué par un code du travail inadapté, une politique du logement qui fabrique de la ségrégation, une éducation sans discipline, une immigration anarchique, une police démobilisée. Face à l’ampleur de la tâche, les gouvernements préfèrent l’imagination. De fait, on trouve une idée neuve dans le nouveau plan : le busing. Le transport obligatoire des enfants défavorisés vers les meilleures écoles, hors quartiers, est une technique qui nous vient des Etats-Unis en lutte contre la ségrégation des Noirs. Mais, avec trente ans de retard car le busing a été abandonné aux Etats-Unis où il a échoué.
Le “Busing” a échoué aux Etats-Unis parce que les gouvernements se sont focalisés dessus pour éviter de se poser des questions difficiles et de faire du social parce qu'engrainer dans le subconscient américain est la conviction qu’il existe une corrélation entre ce qu’on gagne et qui on est. Les pauvres sont pauvres parce qu’ils sont paresseux et qu’ils ne savent pas se débrouiller et c’est pour cela que le Busing a échoué parce qu’il était basé sur l’idée que tout était une question de volonté de la part des exclus une fois que l’état leur offrait un ticket de bus sans jamais accepter qu’il ne suffit pas d’inviter les pauvres quelques heures chez les moins pauvres ou chez les riches pour que tout change. Un bon exemple de cette politique schizophrène est ce qui se passe dans ma ville Washington, DC, la capitale du pays le puissant de la terre. DC est à moitié inhabitable et ceux qui habitent dans les coins riches comme Georgetown essayent de tout faire pour ne pas avoir à voir la racaille surtout lorsqu’elle ne se contente pas de traverser leur territoire dans un bus.
En France, la même erreur risque de se reproduire puisque Sarkozy pense qu’il suffit de plus d’argent et de faire de beaux discours sur la discrimination positive pour tout changer. Le problème avec le bling bling est qu’il brille tellement qu’il attire l’attention sur la lumière et non sur les zones d’ombre. C’est bien pour cette raison que les Sarkozystes et les rappeurs aiment le bling bling parce qu’ils leur donnent la sensation que tout s’achète même des choses hors de prix telles que la culture, l’éducation, et la morale. Nous savons que les rappeurs qui aiment le bling bling finissent en général soit par déposer la clé sur le paillasson ou par être confronter à la réalité que pour durer, la lumière de l’or ne suffit pas lorsqu’elle n’existe que pour cacher une honteuse et dangereuse vacuité. Qu'arrivera-t-il aux Sarkozystes? Le plan banlieues de Sarkozy est un plan bling bling parce qu’il ne met pas en avant les valeurs de la république française (certainement parce qu’il pense qu’on peut réussir sans valeurs ou plutôt que la réussite est non seulement une valeur mais la plus importante de toutes) et qu’il semble vouloir mettre un pansement coûteux sur une fracture sociale qui a mis en panne le fameux ascenseur social français.

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