Tout pouvoir produit quelques déclics qui modifient peu ou prou la personnalité. La course pour l’atteindre exige à la fois habileté, combativité et maîtrise de soi. Mais une fois le but atteint, son plein exercice peut rendre malade. L’histoire de Nicolas Sarkozy tourne à la fable. Le président hier tant applaudi, devient l’incarnation de sa caricature. Sa phrase lâchée devant un visiteur du Salon de l’agriculture – «casse-toi pauvre con» – collera longtemps à sa biographie. Jusqu’à quels bas-fonds de la vulgarité peut tomber un chef d’Etat? Le même jour, il traite les criminels récidivistes de «monstres», il qualifie la gastronomie française de «la meilleure du monde»: le poids des mots, le sens de la nuance lui échappent totalement. Il ne conjugue plus les verbes qu’à la première personne: je, je, et encore je.
(…) Pour le directeur du quotidien espagnol El País, Nicolas Sarkozy est simplement malade. Diagnostic: hypertrophie de l’ego, fébrilité insurmontable, perte de l’écoute, narcissisme, exhibitionnisme... Mise à part sa garde rapprochée, ses amis politiques sont effondrés. Ils tremblent pour leur poste. Ils savent bien que ce n’est pas ainsi que les réformes nécessaires pourront être mises en œuvre. Il y a quelques mois encore, ils se voyaient au pouvoir non pas pour cinq mais pour dix ou quinze ans. Le rêve devient cauchemar.
Quant aux partenaires étrangers, ils n’en reviennent pas. La France n’a jamais été commode, mais à ce point... Ils comptent sur le temps, l’expérience des rencontres pour que change enfin le comportement de ce président insaisissable. Comme on attend d’un ado remuant qu’il mûrisse dans la pratique d’un sport collectif.
Je disais dans mon premier billet de 2008 que le défi de Sarkozy était d’apprendre à faire du Clinton, du Bill Clinton, en prouvant qu’il est un libertin qui sait être un excellent manager et un homme d’état. Le problème de Sarkozy est qu’il a malheureusement donné l’impression qu’en étant hyperactif, il pouvait régler toutes les questions importantes en peu de temps. Les seules choses qui peuvent le sauver maintenant sont les bons résultats, les excès des critiques, et le désordre et le manque de réalisme de l’opposition. On oublie trop facilement que pour Bill Clinton aussi les choses avaient été très difficiles au début et qu’il avait en 1994 perdu sa majorité au Congrès. Il avait dû alors accepter ses échecs et changer sa manière de gouverner pour non pas forcer les Etats-Unis à s’adapter à lui mais se forcer à s’adapter aux Etats-Unis. L’un des grands challenges de Sarkozy est celui-là, il doit accepter que la France est un vieux pays têtu qui ne sera jamais vraiment Anglo-Saxon ou comme les autres et s’adapter à la réalité qu’il n’est pas le président d’une nation qui n’aime que le rêve et le show et pour laquelle l'argent est synonyme de vertu et de compétence.

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