Si 69 fùt une année érotique, il est possible de dire que 68 a été une année mystique. Elle représente tellement de choses pour tellement de gens qu’il est impossible de ne pas se demander si tout ce qui est dit sur cette année n’est pas volontairement magnifié. Valéry Rasplus offre un exemple de cette mystification dans son article dans Marianne :
A y regarder de plus près – à droite comme à gauche – on se retrouve plutôt dans une politique d'agit-prop là où l'esprit de mai 68 l'avait laissée en rade, le « bling-bling » en plus pour certains. Il ne faut pas « liquider » le changement révolutionnaire de 68, mais le détourner, le réinvestir, le remodeler. Le changement qui n'a pas eu lieu en mai 68, la droite va le réaliser, la « rupture » est en marche, aidée par une gauche complaisante. Alléluia ! Du côté de la gauche radicale, l'héritière attitrée de mai 68 et du changement révolutionnaire, comme du côté de sa petite soeur altermondialiste, à défaut d'avoir pu révolutionner la société, elle révolutionne en boucle ses structures d'appareil partisan, dans une sorte de pureté et d'absolutisme doctrinaire qui ne convainc que ceux qui le sont déjà. On s'occupe comme on peu tout en se donnant l'illusion que ça change ou que ça va bouger.
Finissons-en avec les illusions : à la fin de ces élections municipales prochaines, on n'aura pas plus révolutionné notre société qu'après la défaite de la droite, aux précédentes élections régionales, où cette dernière a perdu nombre de régions. Citoyens, rien de neuf à l'horizon. La conjoncture ne s'y prête pas, mais je vous promets… Droite et gauche seront quand même confortés dans leurs ambitions électorales, rassurés de continuer leurs ruptures immobiles. Stand-by à tous les étages. Le changement, la révolution, la rupture, c'est - encore une fois – que plus ça change, plus c'est la même chose.
68 est utilisée toujours comme un alibi soit pour évoquer et justifier un retour idéalisé aux valeurs traditionnelles qui anoblira une société amorale, désordonnée, indisciplinée et pas assez patriotique ou pour défendre un immobilisme politique et idéologique en affirmant tout simplement que tout a été transformé et réussi en 68 et que ceux qui croient aux libertés individuelles ne peuvent ni changer d’avis ou évoluer sans devenir aussi coincés que ne l’étaient leurs parents. Aux Etats-Unis, la droite ne parle pas de 68 mais des années soixante, des sixties. Elle décrit cette décennie comme celle qui a non pas libérer la société américaine mais menée au libertinage, au féminisme, et au relativisme moral et culturel ; tous ces “maux” que la gauche ne croit non seulelement plus à la nation mais devient complice de tous ceux qui veulent la détruire en lui disant qu’elle a les mains sales et sera donc toujours coupable surtout lorsqu’elle est forte.

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