Je me rends de plus en plus compte qu’Alain Finkielkraut est utile, je veux dire par là qu’il dit des choses qui peuvent paraître choquantes mais qui je pense doivent être dites même si elles ne sont pas toujours sensées et que parfois il arrête volontairement ou involontairement son raisonnement au moment même où il pourrait le conduire à avoir des conclusions qui contrediraient ses idées reçues. Finkielkraut est inutilement diabolisé surtout par des gens qui sont incapables de dialoguer avec lui et qui préfèrent délégitimer sa pensée en la qualifiant de mots dont le but est de la rendre abjecte. Je suis rarement d’accord avec Finkielkraut mais j’avoue aimer le lire ou l’écouter pour deux raisons. La première est qu’il me fait réfléchir et la deuxième raison est tout simplement est qu’on ne peut pas l’accuser de ne dire des choses que pour plaire ou séduire. Dans une interview dans Libé, le passage suivant illustre la complexité et les contradictions du personnage :
Le drame de notre temps, c’est la transformation de toutes choses matérielles ou spirituelles en droits de l’homme. Nous avons ainsi changé d’époque et d’idéal : l’enfant gâté succède à l’homme cultivé. Tout le monde, c’est vrai, n’est pas gâté - loin de là. Tout le monde n’est pas consommateur de tout, mais tout le monde veut l’être et le proclame. Le droit à la réussite constitue l’élève en client et en produit de la fabrique scolaire. Si le produit est défectueux, le client et ses parents sont fondés à se plaindre. Ce drôle de droit court-circuite la culture, c’est-à-dire l’effort, l’élévation que permet l’école mais qu’elle ne peut faire à la place de l’élève. La métaphore de l’ascenseur social procède du même infantilisme. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour connaître un destin meilleur. Et si la réussite est un droit, la sélection devient un sévice. Elle a donc disparu de l’enseignement secondaire. Ce qui fait que les universités sont des abattoirs et que les élèves nantis bénéficient soit des écoles privées, soit du soutien scolaire pour pallier, non leurs défaillances, mais celles de l’école publique elle-même ! L’idéal de l’enfant gâté détruit la culture sans réduire les inégalités. Comme vous le voyez, il a tout bon.

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