Je n’ai pas envie de crier au scandale pour commenter la visite de Kadhafi à Paris parce que je n’ai plus de voix après mon week-end d’anniversaire et aussi parce que je crois que crier ne sert à rien. François Colette trouve les mots justes (comme toujours) pour décrire cette situation :
Mais attention, pas d’amalgame : bien qu’en grandes pompes, ceci n’est pas une visite d’Etat, c’est un très classique « voyage officiel ». Belle sémantique – langue de bois, diront certains - car comment qualifier une visite de cinq jours durant lesquels le Bédouin sera reçu trois fois par le Président de la République puis à l’Assemblée nationale et … sur la tombe du Général à Colombey-les-deux-Eglises ? C’est donc bien le « canada dry » d’une visite d’Etat, mais finalement, peu importe les mots, le tyran est parmi nous. Oui, le tyran.
Sarkozy justifie cette visite en plaidant l’ouverture : « Si nous n’accueillons pas des pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devons nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse ? ». On ne peut évidemment lui donner tort, le tout étant de savoir si Khadafi est bien sur le chemin de la respectabilité, lui qui n’a pas hésité tout récemment à affirmer que le terrorisme se justifiait dans le combat des faibles.
La question intéressante qu’il faut se poser est sur le Sarkozysme et non pas les droits de l’homme mais la politique étrangère française car après tout si le Sarkozysme considère qu’il faut être pragmatique et accepter de tendre la main aux ennemis et terroristes d’hier c’est une position réaliste et légitime que je ne défend pas mais qui doit être clairement énoncée au lieu de jouer au chat à la souris en prétendant que le Sarkozysme rompt avec un passé qui n’est pas toujours flatteur (ce qui normal puisqu’en diplomatie avoir les mains propres veut dire être neutre et immobile. Il y a une différence entre ne pas avoir les mains propres et avoir les mains sales). Une autre question est celle de savoir s’il existe pour le Sarkozysme des valeurs avec lesquelles son leader ne peut transiger ou bien est que la politique française est devenue une sorte d’entreprise qui ne prend en compte que le profit, le résultat surtout lorsqu’il est resplendissant. Je me demande par exemple si Sarkozy serait heureux d’accueillir Ahmadinejad à Paris pour une longue visite officielle avec tous les honneurs s’il renonçait clairement au Nucléaire. Accueillerait-il Mugabe si celui promettait de prendre sa retraite juste après et de dire que Sarkozy l’a convaincu que les vieux n’avaient pas de place en politique ? Le problème est là, une politique étrangère axée sur le résultat surtout lorsqu’il est spectaculaire donne toujours l’impression qui peut-être fausse qu’elle est sans principe.
Une leçon de cette visite de Kadhafi à Paris est qu’on devrait arrêter d’utiliser des expressions à charge et des mots explosifs comme Petit Hitler et troisième guerre mondial pour qualifier certaines situations et certains leaders politiques détestables parce qu’après tout Kadhafi c’était Saddam Hussein avant Saddam Hussein, et Ahmadinejad avant Ahmadinejad. Il a été qualifié d’Hitler et aujourd’hui comme par enchantement, il est simplement redevenu un simple dictateur avec lequel l’Occident peut à nouveau discuter. Il faut savoir respecter l’histoire et ne pas comparer tous les leaders politiques d’aujourd’hui qui dont dangereux à Hitler parce qu’alors la confrontation et la guerre, pour utiliser ce mot qui est hélas entré dans le langage Kouchnérien comme l'expression manger son chapeau, deviennent inévitables.

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