Le Monde écrit ceci sur le “coup de gueule” de Rama Yade hier au sujet de la longue visite officielle de Kadhafi :
Elle a préparé son coup, a fait venir un conseiller dans son bureau. Quand les deux journalistes du Parisien se sont présentés, dimanche 9 décembre, dans son bureau du Quai d'Orsay pour recueillir l'interview qui lui vaut aujourd'hui les vivats de la gauche et la consternation de son camp, Rama Yade était prête à vider sa colère. Les mots ont cinglé : "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits."
Maladresse d'une femme de 30 ans guidée par ses seules convictions ou désir de se mettre en scène dans un secrétariat des droits de l'homme où elle peine à exister ? Quoi qu'il en soit, alors que la gauche et les intellectuels tels que Bernard-Henri Lévy avaient pris le prétexte de la visite du Guide de la révolution libyenne à Paris pour mettre Nicolas Sarkozy en contradiction avec sa promesse de campagne d'engager la France dans une "diplomatie morale", c'est elle qui aura porté le coup le plus rude.
A la fin de l'entretien, elle a demandé aux journalistes : "Vous ne m'interrogez pas sur la demande de réparation faite par Kadhafi à l'Italie pour la colonisation ?" Sur cette question aussi, elle tenait une nouvelle salve. "Le temps des godillots, c'est fini, explique-t-on dans son entourage. Elle a voulu montrer qu'elle n'était pas aux ordres.
Sur la personne de Rama Yade, je ne ferai aucun commentaire car je pense que ce n’est pas elle qui est en cause mais un nouveau système qui veut morceler et museler l’opposition. Si on réfléchit deux secondes, on se rend bien compte qu’en parlant, Rama Yade a renforcé l’idée qu’elle était d’accord avec la majorité des Français qui pensait que cette visite était immorale. Je crois que le but était de conforter les Français dans l’idée que le Sarkozysme est divers puisque Sarkozy est vraiment (je devrais dire Fillon mais il n’existe pas) le chef d’un gouvernement d’Union Nationale puisqu’il a autour de lui des personnes qui non seulement ont une image différente (Amara, Dati, Yade), qui viennent de la gauche (Besson, Bockel, Jouyet, Kouchner, Martin Hirsch) et qui ont des opinions différentes.
L’opposition n’existe pas en France puisque tous les Français de bonne volonté et de talent ont rejoint Sarkozy. C’est pour cette raison que Sarkozy ne se débarrassera pas de Dati, de Yade, de Amara que si il peut les remplacer par d’autres personnes qui lui donneront l’image d’un chef qui sait rassembler et qui accepte les différences mais finit toujours pas faire ce qui est dans l’intérêt national de la France. Pierre Moscovici et les Socialistes n’auraient pas dû demander la démission de Rama Yade, ils auraient dû être ironiques et tout simplement insister sur le fait que le Sarkozysme c’est du marketing et c’est pour cela que cela n’a pas de cohérence. Il aurait fallu qu’ils fassent semblant de ne pas voir Rama Yade mais qu’au contraire, ils disent une chose qui est vraie peut-on gouverner et construire la France avec autant de cacophonie, d’ambiguïté et sans trancher. Ils auraient dû tout simplement dire que Sarkozy c’est le fils de Chirac et arrêter de faire comme s’il avait réussi à réinventer la roue pour dire aux Français qu’il est dans la continuité et qu’en votant pour lui, ils ne font que continuer les années Chirac. Bref, la rupture n’est qu’illusoire puisque Sarkozy ne fait qu’un remake du même mauvais film en prenant juste des personnages plus modernes, plus frais et plus colorés et en changeant quelques petites scènes sans oser changer le scénario.
Les commentaires récents