Une des raisons pour lesquelles le feu reprend dans les banlieues françaises, pour dire les choses crûment, est qu’il n’existe pas de consensus sur le problème même. Est-ce juste un problème d’ordre ou plutôt de désordre et en ce moment la solution est purement répressive ? Est-ce un problème de terrorisme, c’est-à dire de jeunes manipulés par des réseaux terroristes qui veulent enflammer la France? Si la réponse est oui alors à ce moment la solution est non seulement répressive mais aussi débouche sur celle de l’identité française et de ceux qu’Ivan Rioufol aime appeler Français malgré eux en insistant sur le fait que l’Islam n’est pas Franco-compatible. Et finalement, les banlieues et le fait que de temps en autre des émeutes y sèment le trouble est-ce le symptôme d’un problème social ? Répondre oui à cette question complique la vie à un politique parce qu’elle/il sait que la compassion est inutile et qu’aussi elle donne l’image péjorative de l’angélisme. Si la question des banlieues est une question sociale cela voudrait dire que la répression est essentielle mais largement insuffisante car l’Etat est devenu illégitime puisqu’il n’assume plus ses responsabilités premières qui sont la protection et la rémunération d’acquis sociaux qui donnent au moins à chaque citoyen l’espoir que sa vie sera meilleure que celle de ses parents et que celle de ses enfants sera meilleure que la sienne.
Jules dans son billet montre bien qu’il existe un décalage entre le discours prononcé par Sarkozy qui n’est pas la cause du problème car son seul tort est de ne voir les banlieues que comme des zones de non droit parce que des personnages sinistres y résident et parce que les extrémistes musulmans y font la loi.
Hugues Serraf dit avec raison que toute cette violence n’honore pas la mémoire de Moushin et de Laramy mais hélas le problème est ailleurs puisque ces jeunes n’existent vraiment que lorsqu’ils deviennent violents et agissent comme de la racaille. Les étudiants qui se plaignent de la loi Pécresse savent tous très bien qu’à un moment ou un autre ils auront droit à voir la ministre, à une discussion qui même si elle ne débauche sur rien leur montrera qu’ils sont considérés comme des Français à part entière et non comme de simples voyous. C’est pour cette raison que même s’ils grognent, ils sont un peu comme des enfants gâtés (l’expression est volontairement simpliste et provocatrice) qui veulent qu’on leur montre une énième fois combien ils sont aimés et chéris. Les jeunes de banlieues eux n’ont pas ce privilège. On leur demande de se taire et d’accepter d’être invisibles parce que leurs parents n’étaient pas Français et parce qu’ils veulent en France une vie meilleure qu’ils auraient dans “leur vrai pays ” et surtout on leur demande d’aimer la France en acceptant qu’elle a le droit d’être injuste avec eux et de mal les aimer parce qu’ils sont les derniers de ses enfants et qu’elle n’a pas choisi de les avoir. Pour résumer, il est sûr que toute cette violence est non seulement inutile et contre-productive. Cependant, le problème, et c’est là le cœur de la question, est qu’elle reste le seul moyen de se rendre audibles et visibles pour trop de jeunes parce qu’alors ils font peur et qu’ils salissent l’image de leur mère patrie. On ne doit jamais justifier la violence mais l’erreur est de ne pas chercher à l’expliquer en croyant que toute explication est une forme de justification et de légitimation.
Je suis d’accord avec Azouz Begag lorsqu’il dit que cela fait 20 ans que les banlieues bouillent en France. Son tort est de mettre Sarkozy au centre d’un problème qui dépasse sa personne. Sarkozy n’est pas équipé pour résoudre cette question non pas parce qu’elle est trop complexe ou trop explosive mais parce qu’elle demande non pas un différent super héros qui ressemblerait à la mariée de Kill Bill qui à un moment donne la fessée à un de ses jeunes adversaires pour lui montrer qu’il n’est pas à sa place et qu’il n’est qu’un jeunot qui use de la violence parce qu'il veut faire peur et grandir trop vite. Les Français ont jugé qu’il leur fallait un super-héros plutôt qu'une super-nanny mais il se peut qu'ils se soint trompés mais comme le peuple ne trompe jamais (je suis ironique) il va bien falloir que Sarko accepte de jouer les super-nanny. La chance qu’il a est que le problème des banlieues Françaises peut durer encore 20 ans en explosant de temps à autre de manière spectaculaire parce qu’ils ne touchent premièrement que les pestiférés, ces français qu’on voit, aime ou exècre que lorsqu’on peut en faire des symboles. Debouzze, Bouras, Fofana (le meurtrier d’Ilan Halimi), Asloum, Alagna, Naceri, Zem, ils viennent tous de là, les autres savent qu’ils ne peuvent s’en sortir ou devenir qu’en les imitant mais combien de Jamel peut-il y avoir par génération alors qu’il est plus simple de fabriquer de centaines de Fofana après tout il y aura toujours de la place pour eux en Prison alors que les places au box office sont rarissimes.

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